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Grève étudiante: le dialogue avec Québec reprend

Guillaume Bourgault-Côté   29 mars 2005 
Pour le porte-parole de la CASSEE, Xavier Lafrance, «le gouvernement n’a pas un chèque en blanc pour massacrer l’ensemble des programmes sociaux et le droit à l’éducation».
Photo : Pascal Ratthé
Pour le porte-parole de la CASSEE, Xavier Lafrance, «le gouvernement n’a pas un chèque en blanc pour massacrer l’ensemble des programmes sociaux et le droit à l’éducation».
Après un mois de grève et plusieurs tentatives vaines pour trouver une entente permettant le retour en classe des quelque 175 000 étudiants québécois actuellement en débrayage, les représentants de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) se sont entendus hier avec le gouvernement sur un calendrier de rencontres qui se tiendront au cours des prochains jours, dans l'espoir de débloquer la situation.

Exclue de ces séances, la Coalition de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (CASSEE) entend de son côté continuer cette semaine ses perturbations sociales et économiques pour faire plier Québec.

Pourtant, après le rejet, la semaine dernière, des dernières offres et contre-offres gouvernementales et étudiantes, la perspective d'une reprise de dialogue semblait lointaine, chaque camp demeurant campé sur ses positions dans ce qui avait toutes les allures d'une guerre de tranchées. «Nous n'étions alors qu'au stade d'avoir des échanges, nuançait hier le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard, nous sommes maintenant au stade d'avoir des rencontres. Personne ne peut prédire ce qui sortira de ces séances, mais, minimalement, le seul fait qu'il puisse y avoir cette annonce [hier] témoigne d'une volonté de part et d'autre de régler le conflit.»

Les rencontres se tiendront donc cette semaine, mais la FEUQ n'a pas voulu dévoiler quand exactement. Car les parties ont aussi convenu — dans un geste qui annonce généralement l'intention de négocier réellement — de ne plus utiliser l'espace public pour faire passer leur message. Dorénavant, et jusqu'à nouvel ordre, les discussions se tiendront loin des caméras et des micros. «Nous ne voulons pas dévoiler la teneur de ces discussions, confirme Pier-André Bouchard. Si on peut avoir des résultats sans que tout le monde soit au courant pendant qu'on discute et que ça peut être positif, alors tant mieux. Nos assemblées générales trancheront ensuite pour juger les résultats.»

Ainsi, la FEUQ n'a pas précisé sur quelles bases reprendraient les discussions. «Une chose est sûre: les 103 millions sont non négociables», a toutefois répété M. Bouchard, en rappelant la principale revendication des étudiants en grève, soit le réinvestissement sous forme de bourses de cette somme transformée en prêts lors du budget d'avril 2004.

Jeudi, les dernières tentatives de la FECQ et de la FEUQ pour trouver un terrain d'entente avec Québec avaient échoué. Le ministre de l'Éducation Jean-Marc Fournier a alors rejeté leur «contre-proposition» demandant que les bourses soient récupérées à même les promesses de baisses d'impôt du gouvernement Charest. La dernière proposition gouvernementale impliquait un programme de remise de dette échelonnée sur cinq ans, allant de 41,5 millions l'an prochain à 95,5 millions.

Hier, le cabinet du ministre n'a pas fait de commentaires, en raison du congé pascal. Mais selon Pier-André Bouchard, deux facteurs expliqueraient la décision du gouvernement d'accélérer les pourparlers. «On imagine qu'ils ont une marge de manoeuvre qu'ils n'avaient pas auparavant, avec les 30 millions de dollars supplémentaires qui viendront du programme canadien de prêts étudiants [à la suite de la bonification du régime décidée dans le budget Goodale]. Aussi, il semble que la date du 1er avril soit butoir pour le gouvernement», croit M. Bouchard. Car après un mois de grève, plusieurs institutions (surtout collégiales) atteindront bientôt un seuil critique pour sauver le trimestre actuel.

La CASSEE toujours active

Pour sa part, exclue des discussions avec le gouvernement parce que ses dirigeants ont refusé de condamner des actes que le ministre Fournier a jugés violents, la CASSEE a dévoilé hier, au terme d'un congrès tenu à Montréal, son plan d'action pour la semaine à venir, plan qui indique qu'elle n'entend pas être mise de côté dans cette grève.

Le programme comprend rassemblements, occupations et action de solidarité envers les assistés sociaux (la FEUQ et la FECQ organisent de leur côté un grand rassemblement mercredi). «On appelle les gens à perturber l'économie, à perturber l'ordre social», a lancé Mathieu Cousineau-DeGarie, un porte-parole de la CASSEE.

Selon la coalition, qui représente environ le tiers des grévistes, c'est maintenant «tout le gouvernement Charest et ses politiques antisociales qui sont sur la sellette» après un mois de grève. Les militants ont ainsi voté pour que les assemblées générales prennent position afin d'exiger la démission du premier ministre Jean Charest. Ils ont aussi suggéré au ministre Fournier d'aller chercher l'argent manquant du programme de bourses en mettant «fin aux crédits d'impôt des entreprises prospères» et en réduisant l'évasion fiscale.

«Le gouvernement n'a pas un chèque en blanc pour massacrer l'ensemble des programmes sociaux et le droit à l'éducation, estime Xavier Lafrance, porte-parole de la CASSEE [...]. Toutes les grèves étudiantes se font sur des revendications complètes, et aussi sur des perspectives d'avenir. C'est ce qu'on désire amener aujourd'hui» en élargissant les revendications aux domaines économique et social, a-t-il dit.

Mais pour Pier-André Bouchard, la grève actuelle n'est pas le lieu pour ce type de débat. «Ça risque de diluer le consensus. Nous sommes ouverts à discuter de notre vision de l'éducation, mais on ne fait pas la grève pour ça actuellement. Nous la faisons pour récupérer 103 millions.»
 
 
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