Fournier montre les dents
Photo : Jacques Nadeau
Des étudiants ont manifesté hier, rue University, devant les bureaux du Conseil du patronat, à Montréal.
Le conflit entre les étudiants et le gouvernement Charest provoquera un chambardement sans précédent du calendrier scolaire. À moins d'un règlement de dernière minute, les étudiants en grève d'une quinzaine de cégeps seront forcés de compléter leur trimestre en août seulement, a annoncé le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier.
Ce report en août de la reprise des journées de cours manquées retardera au printemps l'entrée à l'université de plusieurs cégépiens et remettra à plus tard l'arrivée de diplômés sur le marché du travail. Il repoussera même le début du trimestre automnal des cégeps concernés.
En conférence de presse hier, Jean-Marc Fournier a révélé le calendrier prévu de la reprise des cours si la grève se poursuit. Le ministre a martelé que les étudiants devront reprendre en classe chaque jour de grève, quitte à le faire aussi tard qu'à l'automne. «Nous n'entendons pas décerner de diplôme au rabais», a-t-il lancé.
Selon le Régime d'études collégiales, les cégeps sont obligés de donner 82 jours de classe par trimestre. En vertu des conventions collectives des professeurs, le calendrier scolaire des cégeps, qui se termine généralement lors des derniers jours de mai, doit prendre fin au plus tard le 15 juin. Or le nombre de journées de cours à reprendre dans plusieurs établissements est si important que le calendrier scolaire devra être prolongé après cette date. Dès demain, six cégeps — dont Lionel-Groulx, Saint-Laurent et celui du Vieux-Montréal — se retrouveront dans cette situation, puisque leurs étudiants sont en grève depuis maintenant plus de trois semaines. Le 1er avril, pas moins de quinze cégeps devront prolonger la reprise des cours après le 15 juin si les étudiants poursuivent le débrayage.
Dans tous les cégeps où le trimestre ne pourra être complété à temps pour le 15 juin, Jean-Marc Fournier a annoncé que les étudiants devront reprendre leurs cours aussi tard que le 15 août, la date prévue du retour au travail des professeurs. «Ça respecte la loi et les conventions collectives», a-t-il souligné.
Le ministre a précisé qu'un cégep pourrait conclure une entente avec ses étudiants et ses professeurs pour terminer la session au cours des jours suivant le 15 juin. Dans un tel cas, la facture de l'opération — 100 000 $ par jour pour un établissement de 5000 étudiants — sera assumée par le cégep et non par le gouvernement, a-t-il prévenu.
Cette reprise des cours en août aura des impacts considérables, surtout si le conflit perdure. D'abord, les cégépiens qui obtiendront leur diplôme en août ne pourront entrer à l'université qu'au printemps. Les universités seront donc privées de plusieurs étudiants cet automne. Ensuite, le trimestre automnal des cégeps débutera plus tard que prévu. Pour respecter le nombre de jours obligatoires d'enseignement, la semaine de relâche sera abolie. Les vacances de Noël seront même écourtées. Les élèves actuellement en cinquième secondaire qui feront leur entrée cet automne dans les cégeps concernés seront confrontés à un calendrier scolaire complètement chamboulé. Et c'est sans compter les cégépiens qui étaient en voie d'obtenir un diplôme et qui devront attendre en août ou en septembre pour l'obtenir et décrocher un emploi requérant un DEC. Pendant ce temps, le marché du travail sera privé de leurs compétences.
Selon le ministre Fournier, qui ne souhaite pas annuler la session pour l'instant, «les étudiants eux-mêmes se créent» des complications importantes en recourant à la grève. Contrairement aux cégépiens, les étudiants des universités sont dans une situation moins critique, a noté M. Fournier.
Le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, a été convoqué à un entretien avec le ministre, hier, au cours duquel Jean-Marc Fournier n'a pas indiqué qu'il allait soutenir financièrement les collèges qui devront payer les profs en sus pour les journées de cours à reprendre en dehors du calendrier permis par les conventions collectives. «Non, c'est clair, le ministre ne soutiendra pas les collèges qui devront payer», a expliqué hier M. Boucher. Le calendrier proposé par M. Fournier «est une manière de tenter d'éviter les coûts additionnels, mais il faut voir que ça ne sera pas simple, si on se rend là», a-t-il ajouté, invitant les deux parties à discuter jusqu'à la conclusion d'une entente.
Jean-Marc Fournier a de nouveau invité les leaders étudiants à lui présenter une contre-proposition raisonnable. Toute offre des étudiants devra cependant respecter le cadre budgétaire que le gouvernement s'est fixé, c'est-à-dire 41,5 millions pour cette année et 95,5 millions par an à compter de 2009-10, a-t-il prévenu.
Le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec, Pier-André Bouchard-Saint-Amant a riposté au nouvel appel du ministre Fournier en promettant une réponse «dans les prochains jours». «Nous proposerons dans les jours qui viennent une solution pour trouver les 62 millions qui manquent à sa proposition [pour atteindre les 103 millions réclamés], a-t-il indiqué. Nous allons démontrer au gouvernement qu'il peut trouver l'argent qui manque.»
La journée d'hier a de nouveau permis d'illustrer la hausse de la tension chez les étudiants. Quelques centaines d'étudiants liés à la Coalition pour une ASSE élargie (CASSEE) ont investi les bureaux du Conseil du patronat du Québec, rue University, à Montréal, pendant que 200 autres manifestaient bruyamment à l'extérieur. L'intervention des policiers a de nouveau été nécessaire pour les disperser.
À Montréal, une coalition d'employés des collèges et des universités de toutes les bannières ont par ailleurs offert leur soutien à la cause des étudiants et à leur quête des 103 millions. Enseignants des collèges, employés de soutien et professionnels, de même que professeurs d'université ont dénoncé d'une seule voix «l'attitude du ministre Jean-Marc Fournier», qui «tente de détourner les enjeux de l'aide financière dans le but de faire des économies sur le dos des étudiants».
«C'est au ministre de faire un pas», a expliqué l'un des porte-parole de cette coalition inédite, Alain Dion, président de la FAC (Fédération autonome du collégial). «Ce sont ces gens-là qui sèment le trouble, c'est à eux de ramener la paix sociale.»
Les syndiqués, eux aussi en négociation avec le gouvernement, dénoncent la «manière scandaleuse» avec laquelle «le débat est détourné». «La pression n'est pas sur les étudiants, contrairement à ce qu'on essaie de nous faire croire, a expliqué Alain Dion. La pression, elle est sur le ministre de l'Éducation.»
Notons aussi que la Commission des études de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) a dû être annulée mardi à cause de l'impossibilité pour le recteur Roch Denis de s'y rendre. Devant les piquets de grève, le chef de l'établissement a choisi de ne pas tenter d'entrer à l'université mardi, ce qui reporte à mardi prochain la Commission des études. L'instance doit statuer sur les manières de valider les suites du trimestre.
«Il y a moyen de s'organiser», a expliqué hier le recteur, qui estime que le trimestre «n'est pas en péril». «L'autonomie des groupes-cours commande que les professeurs et les étudiants s'entendent pour la reprise des cours, afin que la matière soit couverte. Des aménagements sont encore possibles.»
Ce report en août de la reprise des journées de cours manquées retardera au printemps l'entrée à l'université de plusieurs cégépiens et remettra à plus tard l'arrivée de diplômés sur le marché du travail. Il repoussera même le début du trimestre automnal des cégeps concernés.
En conférence de presse hier, Jean-Marc Fournier a révélé le calendrier prévu de la reprise des cours si la grève se poursuit. Le ministre a martelé que les étudiants devront reprendre en classe chaque jour de grève, quitte à le faire aussi tard qu'à l'automne. «Nous n'entendons pas décerner de diplôme au rabais», a-t-il lancé.
Selon le Régime d'études collégiales, les cégeps sont obligés de donner 82 jours de classe par trimestre. En vertu des conventions collectives des professeurs, le calendrier scolaire des cégeps, qui se termine généralement lors des derniers jours de mai, doit prendre fin au plus tard le 15 juin. Or le nombre de journées de cours à reprendre dans plusieurs établissements est si important que le calendrier scolaire devra être prolongé après cette date. Dès demain, six cégeps — dont Lionel-Groulx, Saint-Laurent et celui du Vieux-Montréal — se retrouveront dans cette situation, puisque leurs étudiants sont en grève depuis maintenant plus de trois semaines. Le 1er avril, pas moins de quinze cégeps devront prolonger la reprise des cours après le 15 juin si les étudiants poursuivent le débrayage.
Dans tous les cégeps où le trimestre ne pourra être complété à temps pour le 15 juin, Jean-Marc Fournier a annoncé que les étudiants devront reprendre leurs cours aussi tard que le 15 août, la date prévue du retour au travail des professeurs. «Ça respecte la loi et les conventions collectives», a-t-il souligné.
Le ministre a précisé qu'un cégep pourrait conclure une entente avec ses étudiants et ses professeurs pour terminer la session au cours des jours suivant le 15 juin. Dans un tel cas, la facture de l'opération — 100 000 $ par jour pour un établissement de 5000 étudiants — sera assumée par le cégep et non par le gouvernement, a-t-il prévenu.
Cette reprise des cours en août aura des impacts considérables, surtout si le conflit perdure. D'abord, les cégépiens qui obtiendront leur diplôme en août ne pourront entrer à l'université qu'au printemps. Les universités seront donc privées de plusieurs étudiants cet automne. Ensuite, le trimestre automnal des cégeps débutera plus tard que prévu. Pour respecter le nombre de jours obligatoires d'enseignement, la semaine de relâche sera abolie. Les vacances de Noël seront même écourtées. Les élèves actuellement en cinquième secondaire qui feront leur entrée cet automne dans les cégeps concernés seront confrontés à un calendrier scolaire complètement chamboulé. Et c'est sans compter les cégépiens qui étaient en voie d'obtenir un diplôme et qui devront attendre en août ou en septembre pour l'obtenir et décrocher un emploi requérant un DEC. Pendant ce temps, le marché du travail sera privé de leurs compétences.
Selon le ministre Fournier, qui ne souhaite pas annuler la session pour l'instant, «les étudiants eux-mêmes se créent» des complications importantes en recourant à la grève. Contrairement aux cégépiens, les étudiants des universités sont dans une situation moins critique, a noté M. Fournier.
Le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, a été convoqué à un entretien avec le ministre, hier, au cours duquel Jean-Marc Fournier n'a pas indiqué qu'il allait soutenir financièrement les collèges qui devront payer les profs en sus pour les journées de cours à reprendre en dehors du calendrier permis par les conventions collectives. «Non, c'est clair, le ministre ne soutiendra pas les collèges qui devront payer», a expliqué hier M. Boucher. Le calendrier proposé par M. Fournier «est une manière de tenter d'éviter les coûts additionnels, mais il faut voir que ça ne sera pas simple, si on se rend là», a-t-il ajouté, invitant les deux parties à discuter jusqu'à la conclusion d'une entente.
Jean-Marc Fournier a de nouveau invité les leaders étudiants à lui présenter une contre-proposition raisonnable. Toute offre des étudiants devra cependant respecter le cadre budgétaire que le gouvernement s'est fixé, c'est-à-dire 41,5 millions pour cette année et 95,5 millions par an à compter de 2009-10, a-t-il prévenu.
Le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec, Pier-André Bouchard-Saint-Amant a riposté au nouvel appel du ministre Fournier en promettant une réponse «dans les prochains jours». «Nous proposerons dans les jours qui viennent une solution pour trouver les 62 millions qui manquent à sa proposition [pour atteindre les 103 millions réclamés], a-t-il indiqué. Nous allons démontrer au gouvernement qu'il peut trouver l'argent qui manque.»
La journée d'hier a de nouveau permis d'illustrer la hausse de la tension chez les étudiants. Quelques centaines d'étudiants liés à la Coalition pour une ASSE élargie (CASSEE) ont investi les bureaux du Conseil du patronat du Québec, rue University, à Montréal, pendant que 200 autres manifestaient bruyamment à l'extérieur. L'intervention des policiers a de nouveau été nécessaire pour les disperser.
À Montréal, une coalition d'employés des collèges et des universités de toutes les bannières ont par ailleurs offert leur soutien à la cause des étudiants et à leur quête des 103 millions. Enseignants des collèges, employés de soutien et professionnels, de même que professeurs d'université ont dénoncé d'une seule voix «l'attitude du ministre Jean-Marc Fournier», qui «tente de détourner les enjeux de l'aide financière dans le but de faire des économies sur le dos des étudiants».
«C'est au ministre de faire un pas», a expliqué l'un des porte-parole de cette coalition inédite, Alain Dion, président de la FAC (Fédération autonome du collégial). «Ce sont ces gens-là qui sèment le trouble, c'est à eux de ramener la paix sociale.»
Les syndiqués, eux aussi en négociation avec le gouvernement, dénoncent la «manière scandaleuse» avec laquelle «le débat est détourné». «La pression n'est pas sur les étudiants, contrairement à ce qu'on essaie de nous faire croire, a expliqué Alain Dion. La pression, elle est sur le ministre de l'Éducation.»
Notons aussi que la Commission des études de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) a dû être annulée mardi à cause de l'impossibilité pour le recteur Roch Denis de s'y rendre. Devant les piquets de grève, le chef de l'établissement a choisi de ne pas tenter d'entrer à l'université mardi, ce qui reporte à mardi prochain la Commission des études. L'instance doit statuer sur les manières de valider les suites du trimestre.
«Il y a moyen de s'organiser», a expliqué hier le recteur, qui estime que le trimestre «n'est pas en péril». «L'autonomie des groupes-cours commande que les professeurs et les étudiants s'entendent pour la reprise des cours, afin que la matière soit couverte. Des aménagements sont encore possibles.»
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