Mauvaise humeur
Serge Truffaut
24 mars 2005
L'humeur des Français à l'égard de l'Europe est actuellement maussade. Trois sondages publiés au cours des dix derniers jours laissent entrevoir un rejet de la Constitution européenne, à moins évidemment qu'un changement de tendance ne se dessine et se confirme le 29 mai, date du référendum prévu à ce sujet. Pour l'heure, on constate que l'impact de ces résultats sur la classe politique du pays a été et demeure d'autant plus puissant que les sondages antérieurs révélaient un sentiment contraire.
Cette volte-face a eu l'effet d'un électrochoc, notamment au sein du Parti socialiste (PS), où les notables se crêpent vigoureusement le chignon en s'affublant mutuellement de noms d'oiseaux. Faute d'avoir respecté le référendum interne au moyen duquel les militants du PS ont exprimé leur préférence pour le oui à la Constitution, des mandarins décidés à poursuivre leur campagne pour le non ont été menacés de sanctions au point où on a sérieusement évoqué un schisme, une implosion du PS. Bonjour l'ambiance!
À droite, rien de tel. Les bonzes de l'UMP marchent dans les pas du président Chirac tout en se contentant de faire le service minimum pour ce qui a trait à cette constitution dont la rédaction fut dirigée par un des leurs, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing. En attendant la suite, Chirac a profité du sommet tenu à Bruxelles par les chefs d'État des 25 nations membres de l'Union en utilisant le non éventuel des Français comme un joker. Il a obtenu la révision en profondeur d'un arrêt émis par Bruxelles.
De quoi s'agit-il? De la directive Bolkestein, qui donne le coup d'envoi à la libéralisation des services. Jugée comme étant le cheval de Troie des adhérents à une conception libérale de l'Europe au sens économique du terme, la directive en question s'est mêlée, si on peut dire, au débat sur la Constitution au point de le faire déraper. Si on ajoute à cela un zeste de Turquie et un autre sur les frontières de l'Europe, on obtient tous les ingrédients qui expliquent la rebuffade infligée par une majorité de Français.
Toujours est-il qu'à Bruxelles, les leaders européens ont acquiescé à la requête de Chirac voulant qu'une mise à plat de la directive était d'autant plus nécessaire qu'elle permettrait de briser l'élan du non en France. Cela reste évidemment à voir. En plus de satisfaire Paris, la révision du texte satisfait Berlin, Madrid, Copenhague et Oslo mais contrarie passablement Londres et les nouveaux membres de l'Union. Qui plus est, Chirac a profité de la carte qu'il avait en main pour mieux contrarier les Britanniques en demandant l'abolition du «rabais» budgétaire dont ils jouissent. Ce rabais fait en sorte que la Grande-Bretagne alloue moins d'espèces sonnantes au budget de l'Union que l'Allemagne, la France et autres.
Cet échange aigre-doux entre Européens survient après un sommet étrange. La semaine dernière à Paris, le chancelier allemand Schröder, le premier ministre espagnol Zapatero et bien évidemment Chirac ont rencontré le président russe Poutine en dehors du cadre de... l'Union. Le geste en a heurté plusieurs. Il se pourrait bien que toute l'Europe soit actuellement maussade.
Cette volte-face a eu l'effet d'un électrochoc, notamment au sein du Parti socialiste (PS), où les notables se crêpent vigoureusement le chignon en s'affublant mutuellement de noms d'oiseaux. Faute d'avoir respecté le référendum interne au moyen duquel les militants du PS ont exprimé leur préférence pour le oui à la Constitution, des mandarins décidés à poursuivre leur campagne pour le non ont été menacés de sanctions au point où on a sérieusement évoqué un schisme, une implosion du PS. Bonjour l'ambiance!
À droite, rien de tel. Les bonzes de l'UMP marchent dans les pas du président Chirac tout en se contentant de faire le service minimum pour ce qui a trait à cette constitution dont la rédaction fut dirigée par un des leurs, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing. En attendant la suite, Chirac a profité du sommet tenu à Bruxelles par les chefs d'État des 25 nations membres de l'Union en utilisant le non éventuel des Français comme un joker. Il a obtenu la révision en profondeur d'un arrêt émis par Bruxelles.
De quoi s'agit-il? De la directive Bolkestein, qui donne le coup d'envoi à la libéralisation des services. Jugée comme étant le cheval de Troie des adhérents à une conception libérale de l'Europe au sens économique du terme, la directive en question s'est mêlée, si on peut dire, au débat sur la Constitution au point de le faire déraper. Si on ajoute à cela un zeste de Turquie et un autre sur les frontières de l'Europe, on obtient tous les ingrédients qui expliquent la rebuffade infligée par une majorité de Français.
Toujours est-il qu'à Bruxelles, les leaders européens ont acquiescé à la requête de Chirac voulant qu'une mise à plat de la directive était d'autant plus nécessaire qu'elle permettrait de briser l'élan du non en France. Cela reste évidemment à voir. En plus de satisfaire Paris, la révision du texte satisfait Berlin, Madrid, Copenhague et Oslo mais contrarie passablement Londres et les nouveaux membres de l'Union. Qui plus est, Chirac a profité de la carte qu'il avait en main pour mieux contrarier les Britanniques en demandant l'abolition du «rabais» budgétaire dont ils jouissent. Ce rabais fait en sorte que la Grande-Bretagne alloue moins d'espèces sonnantes au budget de l'Union que l'Allemagne, la France et autres.
Cet échange aigre-doux entre Européens survient après un sommet étrange. La semaine dernière à Paris, le chancelier allemand Schröder, le premier ministre espagnol Zapatero et bien évidemment Chirac ont rencontré le président russe Poutine en dehors du cadre de... l'Union. Le geste en a heurté plusieurs. Il se pourrait bien que toute l'Europe soit actuellement maussade.
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