Libre opinion: L'assassinat de Mgr Romero: 25 ans déjà! - Un coup de feu qui résonne encore
José Héctor Paz - Laval
24 mars 2005
Le 24 mars 1980, Oscar Arnulfo Romero, archevêque de San Salvador, était assassiné d'un coup de feu tiré en pleine poitrine alors qu'il célébrait l'eucharistie dans la petite chapelle de l'hôpital de la Divine Providence, hôpital pour malades atteints du cancer en phase terminale.
La veille, il avait demandé aux soldats de refuser d'obéir aux ordres de tuer. Dans sa dernière homélie, il appelle les soldats à la désobéissance: «Frères, vous êtes du même peuple que nous, vous tuez vos frères paysans. Devant l'ordre de tuer donné par un homme, c'est la loi de Dieu qui doit prévaloir, la loi qui dit: tu ne tueras point. Un soldat n'est pas obligé d'obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter. Au nom de Dieu, au nom du peuple souffrant dont les cris toujours plus grands montent jusqu'au ciel, je vous en supplie, je vous le demande, je vous l'ordonne: arrêtez la répression!»
Vingt-cinq ans plus tard, ce coup de feu résonne encore, non seulement au Salvador et dans toute l'Amérique latine mais jusqu'en Europe et dans le monde entier, où l'Église ne peut rester indifférente au «choix préférentiel des pauvres». Résonne aussi la voix d'Oscar Romero, qui s'était élevée pour parler de la justice et de la fraternité au nom de l'Évangile, pour rappeler à ceux qui l'entouraient que le message de Jésus de Nazareth pouvait se vivre au quotidien.
Instrumentaliser l'Église
Le pouvoir politique supporte mal d'être contesté par une Église que, dans l'histoire, il s'est toujours efforcé d'instrumentaliser. Ce qu'il a d'ailleurs souvent réussi, quitte à concéder quelques faveurs en échange de sa collaboration, au minimum de son silence. Aussi, lorsqu'une voix épiscopale s'élève contre les abus du pouvoir politique, elle est entendue par le peuple; elle prend des risques en ébranlant ce pouvoir auquel elle rappelle qu'il est avant tout au service du peuple et ne saurait se prévaloir de ses droits pour opprimer au lieu de protéger.
Oscar Romero appartenait à cette grande lignée d'évêques latino-américains qui ont mis en oeuvre, au risque de leur propre vie, la défense inlassable du droit des pauvres et la recherche de la paix dans la justice. Mgr Romero considérait l'Église comme un moyen de défier l'oppresseur et de protéger les persécutés. «Une Église qui ne s'unit pas aux pauvres et, à partir d'eux, ne dénonce pas les injustices commises contre eux, déclare-t-il, n'est pas la véritable Église de Jésus-Christ.»
Prédicateur hors pair, Mgr Romero parlait avec clarté, avec simplicité. Sa parole s'adressait à tous, de façon sereine; sa parole ne consistait pas seulement à transmettre un savoir, à proposer une nouvelle vision de Dieu, de l'homme et du monde, mais à offrir dans une parole fraternelle et prophétique la Parole vivante qui fait de celui qui l'accueille un sujet capable de prendre la parole à son tour, capable de responsabilité, d'engagement et d'alliance avec d'autres.
Elle reflétait aussi le courage qui fut le sien, de faire face aux conflits, sans chercher à les esquiver. Chaque dimanche, dans sa cathédrale ainsi qu'à des stations de radio, il dénonçait les exactions commises par le gouvernement et les militaires au pouvoir, massacres, assassinats et autres atteintes aux droits de l'homme, proclamant haut et fort que «les torturés et les assassinés sont de nouveaux Christ mis à mort par le péché». Il est devenu «la voix des sans-voix».
Pas entendu
Vivant, Mgr Romero était au milieu du peuple dans lequel il reconnaissait ses racines et dont il ne pouvait pas supporter les souffrances engendrées par les injustices structurelles, l'égoïsme et l'aveuglement des riches, toutes choses qu'il ne cessait de dénoncer. Il avait vu venir la guerre civile, et il avait multiplié les démarches et les injonctions pour l'éviter. Il n'a pas été entendu.
Sa voix qui réclamait une société plus juste et des richesses mieux partagées n'a pas été entendue non plus.
Le serait-il davantage aujourd'hui? Les armes se sont tues au Salvador, il y a eu des élections mais les structures qui ont engendré le conflit n'ont pas vraiment été changées. Le pays est contraint de se plier aux règles libérales du marché; la majorité de la population continue à s'appauvrir ou est appauvrie. Certaines politiques gouvernementales (privatisations, réduction des programmes sociaux, etc.) ont eu des conséquences sociales graves: chômage, appauvrissement, corruption, violence, etc.
Certainement, Mgr Romero, témoin et prédicateur de l'Évangile, ne pourrait pas demeurer indifférent devant ces faits. Il a déjà montré le chemin à suivre: nous devons tous coopérer activement à la construction d'un monde différent et lutter contre l'injustice, les inégalités, les déséquilibres économiques, sociaux et culturels. Nous devons tous être solidaires des personnes engagées dans la lutte pour la réduction de la pauvreté. «Notre foi chrétienne exige que nous nous impliquions en ce monde», disait Oscar Romero. [...]
La veille, il avait demandé aux soldats de refuser d'obéir aux ordres de tuer. Dans sa dernière homélie, il appelle les soldats à la désobéissance: «Frères, vous êtes du même peuple que nous, vous tuez vos frères paysans. Devant l'ordre de tuer donné par un homme, c'est la loi de Dieu qui doit prévaloir, la loi qui dit: tu ne tueras point. Un soldat n'est pas obligé d'obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter. Au nom de Dieu, au nom du peuple souffrant dont les cris toujours plus grands montent jusqu'au ciel, je vous en supplie, je vous le demande, je vous l'ordonne: arrêtez la répression!»
Vingt-cinq ans plus tard, ce coup de feu résonne encore, non seulement au Salvador et dans toute l'Amérique latine mais jusqu'en Europe et dans le monde entier, où l'Église ne peut rester indifférente au «choix préférentiel des pauvres». Résonne aussi la voix d'Oscar Romero, qui s'était élevée pour parler de la justice et de la fraternité au nom de l'Évangile, pour rappeler à ceux qui l'entouraient que le message de Jésus de Nazareth pouvait se vivre au quotidien.
Instrumentaliser l'Église
Le pouvoir politique supporte mal d'être contesté par une Église que, dans l'histoire, il s'est toujours efforcé d'instrumentaliser. Ce qu'il a d'ailleurs souvent réussi, quitte à concéder quelques faveurs en échange de sa collaboration, au minimum de son silence. Aussi, lorsqu'une voix épiscopale s'élève contre les abus du pouvoir politique, elle est entendue par le peuple; elle prend des risques en ébranlant ce pouvoir auquel elle rappelle qu'il est avant tout au service du peuple et ne saurait se prévaloir de ses droits pour opprimer au lieu de protéger.
Oscar Romero appartenait à cette grande lignée d'évêques latino-américains qui ont mis en oeuvre, au risque de leur propre vie, la défense inlassable du droit des pauvres et la recherche de la paix dans la justice. Mgr Romero considérait l'Église comme un moyen de défier l'oppresseur et de protéger les persécutés. «Une Église qui ne s'unit pas aux pauvres et, à partir d'eux, ne dénonce pas les injustices commises contre eux, déclare-t-il, n'est pas la véritable Église de Jésus-Christ.»
Prédicateur hors pair, Mgr Romero parlait avec clarté, avec simplicité. Sa parole s'adressait à tous, de façon sereine; sa parole ne consistait pas seulement à transmettre un savoir, à proposer une nouvelle vision de Dieu, de l'homme et du monde, mais à offrir dans une parole fraternelle et prophétique la Parole vivante qui fait de celui qui l'accueille un sujet capable de prendre la parole à son tour, capable de responsabilité, d'engagement et d'alliance avec d'autres.
Elle reflétait aussi le courage qui fut le sien, de faire face aux conflits, sans chercher à les esquiver. Chaque dimanche, dans sa cathédrale ainsi qu'à des stations de radio, il dénonçait les exactions commises par le gouvernement et les militaires au pouvoir, massacres, assassinats et autres atteintes aux droits de l'homme, proclamant haut et fort que «les torturés et les assassinés sont de nouveaux Christ mis à mort par le péché». Il est devenu «la voix des sans-voix».
Pas entendu
Vivant, Mgr Romero était au milieu du peuple dans lequel il reconnaissait ses racines et dont il ne pouvait pas supporter les souffrances engendrées par les injustices structurelles, l'égoïsme et l'aveuglement des riches, toutes choses qu'il ne cessait de dénoncer. Il avait vu venir la guerre civile, et il avait multiplié les démarches et les injonctions pour l'éviter. Il n'a pas été entendu.
Sa voix qui réclamait une société plus juste et des richesses mieux partagées n'a pas été entendue non plus.
Le serait-il davantage aujourd'hui? Les armes se sont tues au Salvador, il y a eu des élections mais les structures qui ont engendré le conflit n'ont pas vraiment été changées. Le pays est contraint de se plier aux règles libérales du marché; la majorité de la population continue à s'appauvrir ou est appauvrie. Certaines politiques gouvernementales (privatisations, réduction des programmes sociaux, etc.) ont eu des conséquences sociales graves: chômage, appauvrissement, corruption, violence, etc.
Certainement, Mgr Romero, témoin et prédicateur de l'Évangile, ne pourrait pas demeurer indifférent devant ces faits. Il a déjà montré le chemin à suivre: nous devons tous coopérer activement à la construction d'un monde différent et lutter contre l'injustice, les inégalités, les déséquilibres économiques, sociaux et culturels. Nous devons tous être solidaires des personnes engagées dans la lutte pour la réduction de la pauvreté. «Notre foi chrétienne exige que nous nous impliquions en ce monde», disait Oscar Romero. [...]
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