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Les étudiants en conflit avec le gouvernement - «Je veux perdre ma session»

Valérie Provost - Étudiante en création littéraire à l'Université de Sherbrooke  24 mars 2005 
Je suis étudiante, en grève depuis trois semaines, en comptant la relâche. Samedi matin, dans un article de La Tribune, le directeur aux communications de mon université, Jacques Viens, a lancé une menace à tous ceux qui sont dans la même situation que moi: si nous continuons à faire la grève encore plusieurs jours, nous risquons de perdre notre session.

C'est inquiétant. Cela appuie les menaces du ministre Fournier, qui répète lui aussi à tous les étudiants de la province qu'ils risquent gros en continuant la grève. Cela ajoute à la campagne de peur qui vise présentement à diviser le mouvement étudiant québécois, uni fortement et de si belle manière.

Cette stratégie, elle fait effectivement peur. On nous dit clairement que nos plans d'études, de carrière et de vie seront bouleversés d'une manière significative si la lutte se poursuit, et cela crée sans aucun doute un sentiment d'insécurité profond chez tous les étudiants.

Mais j'aimerais cesser d'avoir peur et repenser au 24 février dernier, lorsque nous avons décidé de lancer un message clair au gouvernement. Ce jour-là, nous nous sommes tenus bien en équilibre sur nos deux pieds, solidement ancrés dans ce que nous croyions être juste, et nous avons dit au ministre de l'Éducation: «Si tu ne nous redonnes pas ce que tu nous as enlevé, nous bouleverserons le système d'éducation en entier. Si tu ne nous rends pas les 103 millions, nous te menaçons de perdre notre session.» C'était en effet la raison de faire la grève, et 170 000 étudiants ont lancé ce message depuis.

Aujourd'hui, M. Fournier reprend cette menace et nous dit que si nous continuons la grève, nous allons perdre notre session. Je le sais déjà; c'est ce qui donne un poids à notre moyen de pression, la grève.

M. Fournier tente de nous faire croire qu'il détient une arme contre nous alors que c'est nous qui la tenons dans nos mains, plus fort que jamais. Vais-je plier devant une arme que je possède moi-même? Vais-je laisser la peur et la désinformation me rendre à ce point aveugle que je laisserai tomber une arme de taille dans les mains de celui qui tente de me voler depuis un an? Non.

Si MM. Fournier et Viens me disent que je risque de perdre ma session si je continue de me battre, je réponds: «Oui, effectivement. Et ça vous fout la chienne!»

Je réponds également que je continuerai la lutte jusqu'à récupérer les 103 millions. Pas 29 millions, pas 42 millions non plus.

Je regarde le gouvernement en face et je lui dis: «Je veux perdre ma session.»
 
 
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