dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Libre opinion: Inaction meurtrière au Darfour

Pierre-Alexandre Henri - Montréal  21 mars 2005 
Je suis déconcerté et outragé de constater la passivité des actions de l'Organisation des Nations unies (ONU) et de la communauté internationale dans le dossier du Darfour. Je ne remets pas en question les principes, les valeurs et les priorités des Nations unies, mais je m'interroge sur la pertinence de sa démarche dans le cadre d'une crise impliquant la potentialité d'un génocide ou d'un nettoyage ethnique.

Étant donné que la crise du Darfour ne défraie pas très souvent les manchettes, je me propose de présenter brièvement en quoi elle consiste.

Le Darfour, région de l'ouest du Soudan, est le foyer d'un conflit à la fois politique et économique, mais surtout de nature ethnique. En effet, le conflit est basé sur la race: Arabes contre non-Arabes. Le régime dictatorial en place à Khartoum, d'origine arabe, fait la guerre à la population non arabe et aux groupes rebelles du Darfour — le Mouvement pour la justice et l'égalité, l'Armée de libération Soudan et le Mouvement pour la libération du Soudan.

Comme le gouvernement ne dispose pas d'effectifs militaires suffisants dans la région du Darfour, il fait appel à une milice, Janjaweed, qu'il arme et finance. C'est cette milice arabe qui commet les atrocités envers la population civile, c'est elle qui tue et viole les femmes.

Le conflit a fait, jusqu'à maintenant, entre 200 000 et 300 000 morts et plus de deux millions de déplacés. Cela a causé une grave crise humanitaire dans une région déjà peu choyée. Les Nations unies et la communauté internationale s'occupent de la crise humanitaire, mais ne s'attaquent pas à la source du problème.

Dernier d'une longue liste

Le Darfour est le dernier élément d'une effrayante liste d'échecs où nombre de gens ont trouvé la mort. Au lendemain de la libération des camps de la mort nazis, le monde, par la voix de l'ONU, s'était juré que plus jamais il ne tolérerait que des horreurs et des atrocités soient commises contre l'homme. Il a lamentablement failli à sa promesse; la Yougoslavie et le Rwanda en sont des exemples frappants.

Le cas du Rwanda en est un autre, grave et morbide. L'ONU avait un contingent de Casques bleus, la MINUAR, au Rwanda. Le commandant de la force, le lieutenant-général Roméo Dallaire, a maintes fois prévenu New York de la montée de la tension et de la violence. Il a également demandé, à plusieurs reprises, le mandat d'intervenir afin de saisir les armes qui allaient perpétrer les massacres. Ce mandat lui a été refusé. Conséquemment, 800 000 personnes sont mortes en quelques semaines sous le regard de l'ONU, ce qui a démontré sa flagrante incompétence dans la gestion de la crise.

Pendant que les différents ambassadeurs auprès de l'ONU discutent du problème à New York, des gens sont tués et massacrés au Darfour. La population non arabe se fait tuer, mutiler, torturer et violer par la milice arabe soutenue par Khartoum. Janjaweed brûle également les villages non arabes.

Voici un exemple de sévices infligés: un homme est ligoté à un arbre et doit être témoin du viol et du meurtre de sa fille; les miliciens lui laissent la vie sauve pour qu'il vive avec l'humiliation et l'horreur. Imaginez, le temps d'un instant, être témoin du viol de votre enfant et ne pouvoir rien faire. Imaginez également que quelqu'un ayant un certain pouvoir est au fait de la situation et qu'il ne fait rien pour l'empêcher ou la stopper. N'est-ce pas effroyable?

Obligation morale

Devant cette cruauté, l'inaction des Nations unies et de la communauté internationale est fort troublante, voire même choquante. Ce n'est pas parce qu'on ne nomme pas ce qui se passe au Darfour un génocide (on nomme plutôt cela un nettoyage ethnique!) qu'on n'a pas l'obligation morale d'intervenir. Génocide et nettoyage ethnique ne sont que des mots; ils signifient, de façon très similaire, la même chose: le meurtre d'une population à cause de ce qu'elle est.

Le Canada doit intervenir dans le conflit et se doit d'assumer un certain ascendant afin de rallier d'autres pays à la cause d'une intervention urgente au Darfour. Le premier ministre Paul Martin a affirmé lors du Discours du trône et dans son budget que l'une de ses priorités était que le Canada occupe une place plus importante, qu'il joue un rôle plus actif sur la scène mondiale. La crise du Darfour serait un important point de départ dans la perspective de ce nouvel ascendant canadien.

De plus, une majorité de députés de la Chambre des Communes, tous partis confondus, affirment que le Canada doit agir même si l'ONU reste léthargique. C'est également ce qu'a dit le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire alors qu'il recevait la Médaille de la paix Pearson. En effet, il a dit que le Canada pouvait envoyer des soldats au Darfour même si le Conseil de sécurité de l'ONU n'agissait pas.

Il y a quelques jours, la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Louise Arbour, a elle aussi affirmé que les Nations unies ne pouvaient plus rester immobiles devant de tels crimes. Le temps des paroles et des sanctions est écoulé, l'action est maintenant nécessaire.

J'affirme que si l'ONU n'est pas décidée à agir immédiatement dans le dossier pour quelque raison que ce soit, des pays devront s'en occuper au côté de l'Union africaine. J'estime aussi que le Canada, au nom de ses valeurs de paix et du respect des droits de l'homme, ne peut plus rester inerte devant ces crimes, ce génocide. Le monde doit se réveiller et s'activer pour freiner l'intolérable.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012