Endettés, en grève, en colère
Plus de 80 000 étudiants descendent dans la rue
Marie-Andrée Chouinard
17 mars 2005
Photo : Jacques Nadeau
Le Service de police de la Ville de Montréal a noté une seule arrestation, et «indirecte» de surcroît.
En grève. En colère. En... dettés. Le centre-ville de Montréal a été pris d'assaut hier après-midi par plus de 80 000 étudiants gonflés à bloc, venus scander pacifiquement leur ras-le-bol quant au refus du gouvernement Charest de retourner les 103 millions de dollars de bourses convertis en prêts.
Écrivant l'histoire, les jeunes sont sortis massivement des universités, des cégeps et même des écoles secondaires pour former un impressionnant serpent qui s'est joyeusement mais calmement animé des bureaux du ministre de l'Éducation — angle Fullum et Sainte-Catherine — jusqu'à ceux du grand chef Jean Charest — angle Sherbrooke et McGill College.
Si les organisateurs ont parlé d'une horde de 100 000 manifestants, le regroupement a été évalué par les forces de l'ordre à quelques conservatrices «dizaines de milliers», une donnée qui a trouvé des échos différents dans les médias. On peut présumer que les étudiants venus dire un non ferme aux dernières offres du ministre Jean-Marc Fournier dépassaient les 80 000, ce qui ferait de cette marche étudiante la plus imposante de l'histoire du Québec.
Venus des quatre coins du Québec — de Rimouski et Québec, en passant par Sherbrooke —, les jeunes ont répété sur tous les tons qu'ils souhaitaient voir revenir dans la cagnotte des bourses les 103 millions convertis en prêts en mars dernier.
«C'est hallucinant de voir à quel point on est nombreux», a lancé la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Julie Bouchard, aux jeunes massés devant les bureaux du premier ministre, après deux heures de marche sans incident. «Charest est tout seul dans son coin et nous sommes 230 000 en grève!»
Ravi de la riposte des étudiants, qui ont entendu l'appel à la manifestation lancé par la FECQ et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard-Saint-Amant, a invité ses troupes à «crier haut et fort» qu'elles n'accepteraient pas «une entente à rabais». «Le ministre nous dit que ses offres ne sont pas négociables? On est 230 000 en grève qui vous disent non!»
Avant le grand départ, les groupes étudiants avaient indiqué le rejet de cette dernière offre présentée hier matin par M. Fournier pour atténuer les effets de la réforme sur l'endettement étudiant. «Le calcul n'est pas long à faire pour moi, a indiqué M. Bouchard-Saint-Amant. Les étudiants sont perdants là-dedans, c'est clair et net.»
Participante elle aussi à l'événement d'hier, comme en faisaient foi les centaines de petits carrés de feutre rouge arborés par les manifestants, la Coalition pour une ASSE élargie (CASSEE) a de nouveau déploré son absence aux pourparlers avec Québec et dénoncé le contenu des offres présentées par le ministre. «Nous, on ne fait pas de la gestion de compressions», a indiqué Xavier Lafrance, porte-parole de la CASSEE, qui appelle ses troupes à une autre manifestation à Québec, le 24 mars. «On lance un débat de société beaucoup plus large que ça sur le droit à l'éducation.»
Alors que certains avaient craint des débordements et de la «casse», les étudiants ont manifesté dans le calme le plus absolu, scandant joyeusement de multiples slogans et brandissant des pancartes aux messages destinés presque exclusivement au premier ministre. À côté de «Jean dette» ou de «Jean peux pus», on pouvait croiser les sempiternels «Nous sommes prêt$» et «Sabotage libéral = grève générale», le «Carrément dans le rouge» de la CASSEE et les colorés «Charest, salaud, le peuple aura ta peau».
En fin de journée hier, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait noté une seule arrestation, et «indirecte» de surcroît. Sans doute furieux d'être arrêté dans sa voiture pour laisser passer l'escadron de militants, un conducteur impatient a littéralement avancé son véhicule sur un policier, le blessant à une jambe. L'homme a été arrêté, mais il s'agit du seul incident noté par les policiers, qui étaient déployés aux quatre coins de la ville de manière impressionnante.
Aux abords des bureaux de M. Charest, sis dans l'édifice du groupe bancaire HSBC, des dizaines de policiers membres des groupes d'intervention ont envahi l'immeuble, prêts à réagir. Le long de la rue Sherbrooke, où le plus clair de la manifestation s'est transportée, les policiers encadraient les marcheurs, et des dizaines de véhicules étaient garés dans les quadrilatères avoisinants, dirigeant d'importantes redirections de circulation.
Les fédérations étudiantes avaient également fait appel à quelque 80 fiers-à-bras liés à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) pour soutenir l'opération et ont fermement retenu ceux et celles qui souhaitaient s'aventurer au-delà des limites permises.
La manifestation nationale a eu des échos jusque sur la colline parlementaire, à Québec, où un millier de jeunes ont bruyamment dénoncé les retouches faites au régime d'aide financière l'an dernier, que les étudiants dénoncent sans relâche depuis un an.
D'autres groupes d'irréductibles ont rejoint le mouvement de grève, qui a franchi hier le cap des 230 000 étudiants: l'École des hautes études commerciales a voté pour la grève, qui commencera demain, une première dans leur histoire. Les 22 000 membres de la Student Society of McGill (SSMU), liés à la FEUQ, ont aussi opté pour un débrayage d'un jour, demain.
Écrivant l'histoire, les jeunes sont sortis massivement des universités, des cégeps et même des écoles secondaires pour former un impressionnant serpent qui s'est joyeusement mais calmement animé des bureaux du ministre de l'Éducation — angle Fullum et Sainte-Catherine — jusqu'à ceux du grand chef Jean Charest — angle Sherbrooke et McGill College.
Si les organisateurs ont parlé d'une horde de 100 000 manifestants, le regroupement a été évalué par les forces de l'ordre à quelques conservatrices «dizaines de milliers», une donnée qui a trouvé des échos différents dans les médias. On peut présumer que les étudiants venus dire un non ferme aux dernières offres du ministre Jean-Marc Fournier dépassaient les 80 000, ce qui ferait de cette marche étudiante la plus imposante de l'histoire du Québec.
Venus des quatre coins du Québec — de Rimouski et Québec, en passant par Sherbrooke —, les jeunes ont répété sur tous les tons qu'ils souhaitaient voir revenir dans la cagnotte des bourses les 103 millions convertis en prêts en mars dernier.
«C'est hallucinant de voir à quel point on est nombreux», a lancé la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Julie Bouchard, aux jeunes massés devant les bureaux du premier ministre, après deux heures de marche sans incident. «Charest est tout seul dans son coin et nous sommes 230 000 en grève!»
Ravi de la riposte des étudiants, qui ont entendu l'appel à la manifestation lancé par la FECQ et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard-Saint-Amant, a invité ses troupes à «crier haut et fort» qu'elles n'accepteraient pas «une entente à rabais». «Le ministre nous dit que ses offres ne sont pas négociables? On est 230 000 en grève qui vous disent non!»
Avant le grand départ, les groupes étudiants avaient indiqué le rejet de cette dernière offre présentée hier matin par M. Fournier pour atténuer les effets de la réforme sur l'endettement étudiant. «Le calcul n'est pas long à faire pour moi, a indiqué M. Bouchard-Saint-Amant. Les étudiants sont perdants là-dedans, c'est clair et net.»
Participante elle aussi à l'événement d'hier, comme en faisaient foi les centaines de petits carrés de feutre rouge arborés par les manifestants, la Coalition pour une ASSE élargie (CASSEE) a de nouveau déploré son absence aux pourparlers avec Québec et dénoncé le contenu des offres présentées par le ministre. «Nous, on ne fait pas de la gestion de compressions», a indiqué Xavier Lafrance, porte-parole de la CASSEE, qui appelle ses troupes à une autre manifestation à Québec, le 24 mars. «On lance un débat de société beaucoup plus large que ça sur le droit à l'éducation.»
Alors que certains avaient craint des débordements et de la «casse», les étudiants ont manifesté dans le calme le plus absolu, scandant joyeusement de multiples slogans et brandissant des pancartes aux messages destinés presque exclusivement au premier ministre. À côté de «Jean dette» ou de «Jean peux pus», on pouvait croiser les sempiternels «Nous sommes prêt$» et «Sabotage libéral = grève générale», le «Carrément dans le rouge» de la CASSEE et les colorés «Charest, salaud, le peuple aura ta peau».
En fin de journée hier, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait noté une seule arrestation, et «indirecte» de surcroît. Sans doute furieux d'être arrêté dans sa voiture pour laisser passer l'escadron de militants, un conducteur impatient a littéralement avancé son véhicule sur un policier, le blessant à une jambe. L'homme a été arrêté, mais il s'agit du seul incident noté par les policiers, qui étaient déployés aux quatre coins de la ville de manière impressionnante.
Aux abords des bureaux de M. Charest, sis dans l'édifice du groupe bancaire HSBC, des dizaines de policiers membres des groupes d'intervention ont envahi l'immeuble, prêts à réagir. Le long de la rue Sherbrooke, où le plus clair de la manifestation s'est transportée, les policiers encadraient les marcheurs, et des dizaines de véhicules étaient garés dans les quadrilatères avoisinants, dirigeant d'importantes redirections de circulation.
Les fédérations étudiantes avaient également fait appel à quelque 80 fiers-à-bras liés à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) pour soutenir l'opération et ont fermement retenu ceux et celles qui souhaitaient s'aventurer au-delà des limites permises.
La manifestation nationale a eu des échos jusque sur la colline parlementaire, à Québec, où un millier de jeunes ont bruyamment dénoncé les retouches faites au régime d'aide financière l'an dernier, que les étudiants dénoncent sans relâche depuis un an.
D'autres groupes d'irréductibles ont rejoint le mouvement de grève, qui a franchi hier le cap des 230 000 étudiants: l'École des hautes études commerciales a voté pour la grève, qui commencera demain, une première dans leur histoire. Les 22 000 membres de la Student Society of McGill (SSMU), liés à la FEUQ, ont aussi opté pour un débrayage d'un jour, demain.
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