La proposition de Fournier est finale
Québec — Quelques heures seulement après que les leaders étudiants eurent claqué la porte de son bureau, le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, a décidé subitement de revoir à la hausse sa proposition de réinvestissement dans l'aide financière aux études, qui passe de 29 millions à 41,5 millions de dollars pour cette année. Le résultat demeure cependant le même: les étudiants balaient du revers de la main la nouvelle proposition du gouvernement Charest.
Jean-Marc Fournier avait mis de côté une «marge de manoeuvre» de douze millions de dollars dans l'éventualité où les leaders étudiants se seraient montrés intéressés à entreprendre des négociations mardi soir, ce qui n'est pas survenu. «On n'avait pas eu le temps de discuter des problématiques pour lesquelles j'avais une certaine marge», a-t-il expliqué en conférence de presse hier. Se défendant bien d'avoir tenté de conclure une entente à rabais avec les étudiants, le ministre a joué cartes sur table hier matin et a révélé l'existence de cette marge de manoeuvre. La nouvelle proposition de 41,5 millions de dollars est finale et ne fera l'objet d'aucune négociation, a affirmé Jean-Marc Fournier. À preuve, Québec entend mettre en vigueur les mesures que contient sa proposition dès le mois de juin.
Québec abolit le système de remboursement des dettes d'études proportionnel au revenu, qu'il venait à peine de créer après des mois de réflexion, et le remplacera, dès ce printemps, par un programme de remise de dette. Seuls 35 % des étudiants bénéficiaires du régime d'aide financière — principalement ceux qui reçoivent le montant maximal de prêts — profiteront de ce programme, puisque deux conditions d'admission s'appliquent. L'État remboursera en effet une partie du montant de la dette des étudiants qui auront obtenu leur diplôme dans un délai ne dépassant pas deux trimestres au-delà de la durée normale de leurs études. Et pour toucher à ce remboursement, les diplômés devront avoir accumulé au cours de leurs études des prêts dont le montant total sera supérieur à 6070 $ pour la formation technique au collégial ou 8840 $ pour le baccalauréat. Cette année, l'État épongera 15 % de la dette des diplômés qui répondront à ces critères. La remise de la dette sera de 20 % en 2006-07, de 30 % en 2007-08, de 35 % en 2008-09 et de 40 % en 2009-10.
«C'est ce qu'on appelle une mesure progressiste avec les moyens qui étaient mis à ma disposition», a lancé Jean-Marc Fournier, en conférence de presse hier. Le ministre a précisé qu'il n'offre cette année qu'une remise de dette de 15 % puisque les étudiants qui compléteront leur formation ce printemps n'auront subi l'impact des compressions de 103 millions de dollars qu'au cours de deux trimestres et non tout au long de leur formation.
La remise de dette ne sera pas accessible aux étudiants qui n'auront complété qu'une formation préuniversitaire au collégial. Les prêts contractés par un étudiant à la maîtrise ou au doctorat sont exclus du calcul de la remise de la dette.
Une hausse moindre des prêts
Par ailleurs, le gouvernement Charest réduit l'augmentation des plafonds de prêts qu'il a décrétée l'année dernière. Dès l'automne, le montant du prêt maximal sera diminué de 500 $ à l'université et de 250 $ au collégial et au secondaire professionnel. Par exemple, la hausse du plafond des prêts au premier cycle universitaire est limitée à 1450 $ au lieu de
1950 $. Le plafond atteindra donc 4130 $. Il s'agit d'une réduction de 25 % de la hausse du plafond de prêts imposée par le gouvernement. En vertu de sa décision de transformer 103 millions de dollars de bourses en prêts, le plafond de prêts a bondi de 72 % au premier cycle universitaire, de 52 % à la maîtrise et au doctorat, de 49 % au collégial technique et de 41 % au secondaire professionnel.
Les deux mesures proposées par Québec représentent un investissement de 41,5 millions de dollars cette année. Dans cinq ans, l'effort financier du gouvernement atteindra 95,5 millions annuellement. Jean-Marc Fournier a refusé de réinvestir 103 millions de dollars dans l'aide financière aux études dès cette année comme le réclament les étudiants. «Je pense que notre proposition est plus juste, plus généreuse et, en même temps, elle est un incitatif à la diplomation», a-t-il expliqué.
Dans cinq ans, prévoit le gouvernement, les diplômés auront un niveau d'endettement à peu près équivalent ou inférieur à celui des étudiants qui ont terminé leurs études en 2004-05, c'est-à-dire avant la majoration des prêts de 103 millions de dollars.
Jean-Marc Fournier a décidé d'abolir le système de remboursement des dettes d'études proportionnel au revenu (RPR) que son prédécesseur, Pierre Reid, avait annoncé en grande pompe au début de l'année. «On annonce un programme qui est souhaité et désiré depuis des années, et qu'aucun gouvernement avant nous n'a eu le courage de faire», avait même déclaré M. Reid le 12 janvier. Le ministre Fournier économise 22 millions de dollars cette année avec l'abolition du RPR, qui aurait coûté 60 millions par année à long terme. Il prétend vouloir répondre aux étudiants qui ont déploré que le RPR ne fait que rembourser les intérêts d'une portion de la dette d'un étudiant au lieu de réduire le capital. Seuls les diplômés qui ont un revenu d'emploi de moins de 25 620 $ par année auraient été admissibles au RPR à compter de cet automne, c'est-à-dire 15 % de l'ensemble des diplômés qui ont bénéficié de prêts et bourses.
Le ministre des Finances, Michel Audet, «ne comprend pas» la réaction des étudiants à la proposition «très, très, très intéressante» de son gouvernement. «Je pense que les étudiants doivent l'étudier très sérieusement», a-t-il dit. Le ministre du Développement économique, Claude Béchard, estime que les leaders étudiants l'ont rejetée uniquement parce qu'une manifestation était organisée depuis plusieurs jours. Aujourd'hui, «ils vont se rendre compte qu'il y a une belle offre sur la table», a-t-il prédit.
«Absurde», dit Landry
Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, déplore que le gouvernement Charest n'ait pas décidé de répondre à la demande des étudiants, c'est-à-dire réinvestir dès cette année 103 millions de dollars dans l'aide financière aux études. La proposition du ministre Fournier, «c'est du progrès par rapport à leur sottise, mais ça reste globalement un recul. Tout ça vire à l'absurde», a-t-il affirmé. M. Landry a critiqué Jean-Marc Fournier qui, selon lui, s'apprête à commettre un «autre gâchis» après avoir piloté le dossier des défusions municipales dans ses anciennes fonctions. «Vraiment, ce gars-là, il va avoir toute une biographie», a-t-il lancé.
Selon la critique péquiste en matière d'éducation, Pauline Marois, la proposition du gouvernement est «insuffisante et incomplète». Malgré sa nouvelle proposition, a-t-elle ajouté, le ministre «prive les étudiants d'au moins 60 millions de dollars dès cette année». La députée a déposé en Chambre un avis du comité consultatif sur l'accessibilité aux études, daté du mois d'août 2004, qui conclut que la diminution du plafond de prêt a un impact plus significatif sur l'endettement qu'un programme de réduction de la dette.
Bernard Landry et Pauline Marois ont ajouté que, malgré les mesures proposées hier, le gouvernement Charest viole toujours l'entente intervenue avec la Fondation canadienne des bourses du millénaire qui, pour cette raison, retient 70 millions de dollars destinés à l'aide financière aux études. Jean-Marc Fournier a bon espoir de pouvoir récupérer ces 70 millions malgré tout, parce que «la proposition que nous faisons est meilleure que de retourner à la situation antérieure»
Jean-Marc Fournier avait mis de côté une «marge de manoeuvre» de douze millions de dollars dans l'éventualité où les leaders étudiants se seraient montrés intéressés à entreprendre des négociations mardi soir, ce qui n'est pas survenu. «On n'avait pas eu le temps de discuter des problématiques pour lesquelles j'avais une certaine marge», a-t-il expliqué en conférence de presse hier. Se défendant bien d'avoir tenté de conclure une entente à rabais avec les étudiants, le ministre a joué cartes sur table hier matin et a révélé l'existence de cette marge de manoeuvre. La nouvelle proposition de 41,5 millions de dollars est finale et ne fera l'objet d'aucune négociation, a affirmé Jean-Marc Fournier. À preuve, Québec entend mettre en vigueur les mesures que contient sa proposition dès le mois de juin.
Québec abolit le système de remboursement des dettes d'études proportionnel au revenu, qu'il venait à peine de créer après des mois de réflexion, et le remplacera, dès ce printemps, par un programme de remise de dette. Seuls 35 % des étudiants bénéficiaires du régime d'aide financière — principalement ceux qui reçoivent le montant maximal de prêts — profiteront de ce programme, puisque deux conditions d'admission s'appliquent. L'État remboursera en effet une partie du montant de la dette des étudiants qui auront obtenu leur diplôme dans un délai ne dépassant pas deux trimestres au-delà de la durée normale de leurs études. Et pour toucher à ce remboursement, les diplômés devront avoir accumulé au cours de leurs études des prêts dont le montant total sera supérieur à 6070 $ pour la formation technique au collégial ou 8840 $ pour le baccalauréat. Cette année, l'État épongera 15 % de la dette des diplômés qui répondront à ces critères. La remise de la dette sera de 20 % en 2006-07, de 30 % en 2007-08, de 35 % en 2008-09 et de 40 % en 2009-10.
«C'est ce qu'on appelle une mesure progressiste avec les moyens qui étaient mis à ma disposition», a lancé Jean-Marc Fournier, en conférence de presse hier. Le ministre a précisé qu'il n'offre cette année qu'une remise de dette de 15 % puisque les étudiants qui compléteront leur formation ce printemps n'auront subi l'impact des compressions de 103 millions de dollars qu'au cours de deux trimestres et non tout au long de leur formation.
La remise de dette ne sera pas accessible aux étudiants qui n'auront complété qu'une formation préuniversitaire au collégial. Les prêts contractés par un étudiant à la maîtrise ou au doctorat sont exclus du calcul de la remise de la dette.
Une hausse moindre des prêts
Par ailleurs, le gouvernement Charest réduit l'augmentation des plafonds de prêts qu'il a décrétée l'année dernière. Dès l'automne, le montant du prêt maximal sera diminué de 500 $ à l'université et de 250 $ au collégial et au secondaire professionnel. Par exemple, la hausse du plafond des prêts au premier cycle universitaire est limitée à 1450 $ au lieu de
1950 $. Le plafond atteindra donc 4130 $. Il s'agit d'une réduction de 25 % de la hausse du plafond de prêts imposée par le gouvernement. En vertu de sa décision de transformer 103 millions de dollars de bourses en prêts, le plafond de prêts a bondi de 72 % au premier cycle universitaire, de 52 % à la maîtrise et au doctorat, de 49 % au collégial technique et de 41 % au secondaire professionnel.
Les deux mesures proposées par Québec représentent un investissement de 41,5 millions de dollars cette année. Dans cinq ans, l'effort financier du gouvernement atteindra 95,5 millions annuellement. Jean-Marc Fournier a refusé de réinvestir 103 millions de dollars dans l'aide financière aux études dès cette année comme le réclament les étudiants. «Je pense que notre proposition est plus juste, plus généreuse et, en même temps, elle est un incitatif à la diplomation», a-t-il expliqué.
Dans cinq ans, prévoit le gouvernement, les diplômés auront un niveau d'endettement à peu près équivalent ou inférieur à celui des étudiants qui ont terminé leurs études en 2004-05, c'est-à-dire avant la majoration des prêts de 103 millions de dollars.
Jean-Marc Fournier a décidé d'abolir le système de remboursement des dettes d'études proportionnel au revenu (RPR) que son prédécesseur, Pierre Reid, avait annoncé en grande pompe au début de l'année. «On annonce un programme qui est souhaité et désiré depuis des années, et qu'aucun gouvernement avant nous n'a eu le courage de faire», avait même déclaré M. Reid le 12 janvier. Le ministre Fournier économise 22 millions de dollars cette année avec l'abolition du RPR, qui aurait coûté 60 millions par année à long terme. Il prétend vouloir répondre aux étudiants qui ont déploré que le RPR ne fait que rembourser les intérêts d'une portion de la dette d'un étudiant au lieu de réduire le capital. Seuls les diplômés qui ont un revenu d'emploi de moins de 25 620 $ par année auraient été admissibles au RPR à compter de cet automne, c'est-à-dire 15 % de l'ensemble des diplômés qui ont bénéficié de prêts et bourses.
Le ministre des Finances, Michel Audet, «ne comprend pas» la réaction des étudiants à la proposition «très, très, très intéressante» de son gouvernement. «Je pense que les étudiants doivent l'étudier très sérieusement», a-t-il dit. Le ministre du Développement économique, Claude Béchard, estime que les leaders étudiants l'ont rejetée uniquement parce qu'une manifestation était organisée depuis plusieurs jours. Aujourd'hui, «ils vont se rendre compte qu'il y a une belle offre sur la table», a-t-il prédit.
«Absurde», dit Landry
Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, déplore que le gouvernement Charest n'ait pas décidé de répondre à la demande des étudiants, c'est-à-dire réinvestir dès cette année 103 millions de dollars dans l'aide financière aux études. La proposition du ministre Fournier, «c'est du progrès par rapport à leur sottise, mais ça reste globalement un recul. Tout ça vire à l'absurde», a-t-il affirmé. M. Landry a critiqué Jean-Marc Fournier qui, selon lui, s'apprête à commettre un «autre gâchis» après avoir piloté le dossier des défusions municipales dans ses anciennes fonctions. «Vraiment, ce gars-là, il va avoir toute une biographie», a-t-il lancé.
Selon la critique péquiste en matière d'éducation, Pauline Marois, la proposition du gouvernement est «insuffisante et incomplète». Malgré sa nouvelle proposition, a-t-elle ajouté, le ministre «prive les étudiants d'au moins 60 millions de dollars dès cette année». La députée a déposé en Chambre un avis du comité consultatif sur l'accessibilité aux études, daté du mois d'août 2004, qui conclut que la diminution du plafond de prêt a un impact plus significatif sur l'endettement qu'un programme de réduction de la dette.
Bernard Landry et Pauline Marois ont ajouté que, malgré les mesures proposées hier, le gouvernement Charest viole toujours l'entente intervenue avec la Fondation canadienne des bourses du millénaire qui, pour cette raison, retient 70 millions de dollars destinés à l'aide financière aux études. Jean-Marc Fournier a bon espoir de pouvoir récupérer ces 70 millions malgré tout, parce que «la proposition que nous faisons est meilleure que de retourner à la situation antérieure»
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