Pianissimo
Josée Boileau
16 mars 2005
Le bon sens a encore quelques droits: les musiciens de l'OSM ont accepté hier d'accueillir «avec dignité et professionnalisme» Kent Nagano, qui donnera à la fin du mois ses premiers concerts à titre de chef désigné. Il leur reste encore à comprendre que l'enjeu de leur conflit est bel et bien la capacité de Montréal à maintenir un statut de métropole culturelle internationale.
Déjà ébranlée par toutes les chicanes entourant «les» festivals de cinéma, l'image de Montréal ne sort pas grandie du conflit qui sévit présentement à l'Orchestre symphonique de Montréal. Après un an de négociations, bien peu a bougé. Les musiciens ne voient que la virgule de leurs conditions de travail, alors que la direction tente de sortir du cadre imposé en misant sur la «flexibilité» si prisée dans le monde du travail.
Le malheur pour les musiciens, c'est que la direction a raison. Peut-être pas sur toutes les virgules (quoique certaines — comme de faire payer en temps supplémentaire les applaudissements du public — tiennent du point d'exclamation!) mais assurément sur le contexte.
Les orchestres symphoniques d'aujourd'hui ont pour atout le prestige. Et c'est tout. Le public peine à s'y renouveler; l'éducation musicale est en déclin; la concurrence d'une offre culturelle diversifiée et accessible est monstrueuse; les mécènes se raréfient; et les activités complémentaires, comme les enregistrements, sont elles-mêmes en butte à de rudes contraintes. Évidemment, cela se traduit par de véritables numéros d'équilibriste de la part des directions d'orchestre pour tenir le cap. Le phénomène n'est pas particulier à Montréal mais à toute l'Amérique du Nord. Dernier en liste, l'orchestre symphonique de Cincinnati, qui a dû annuler des concerts en 2004, augmenter le prix des billets et geler le salaire de tout son personnel. L'année 2005 s'annonce tout aussi anémique.
À Montréal, il n'y a pas péril en la demeure au plan financier, mais il devient urgent de sortir de la stagnation artistique. Il y aura trois ans en avril que Charles Dutoit a claqué la porte. L'OSM en a eu le souffle coupé, et les concerts, depuis, se sont avérés fort inégaux. Il faut un chef, ont clamé les critiques! Et bien il y en a un, prestigieux, qui attend son tour. À moins de vouloir rester l'orchestre de province auquel ils sont de plus en plus confinés, les musiciens de l'OSM n'ont d'autre choix que de dérouler le tapis rouge pour Kent Nagano en répondant à ses exigence. Car comme le décrivait bien, hier, notre collaborateur Christophe Huss, il est clair que M. Nagano avalise les demandes de la direction de l'OSM, qui veut de la souplesse sur les horaires et les tournées.
Les musiciens ont accepté de mettre le conflit «en veilleuse» pour les quatre concerts de M. Nagano. C'est déjà un début. Mais remiser les t-shirts ne suffira pas. Il leur faudra aussi jeter du lest sur le fond des points en litige. Comment peut-on, comme le fait l'Association des musiciens de l'OSM, contester les changements demandés par la direction en affirmant que ceux-ci vont compromettre «la qualité artistique et donc le rayonnement local et international de l'orchestre». Personne n'a donc noté que l'OSM n'a pas fait de tournée depuis cinq ans en raison de la lourdeur de la convention? Et qu'il y a déjà un moment que l'orchestre ne rayonne plus au niveau local?
On peut imaginer que Kent Nagano n'a que faire de ces chamailleries; à l'inverse, les musiciens ont besoin de lui, et Montréal a du lustre à retrouver. Ce sont là les vraies balises de la négociation.
jboileau@ledevoir.ca
Déjà ébranlée par toutes les chicanes entourant «les» festivals de cinéma, l'image de Montréal ne sort pas grandie du conflit qui sévit présentement à l'Orchestre symphonique de Montréal. Après un an de négociations, bien peu a bougé. Les musiciens ne voient que la virgule de leurs conditions de travail, alors que la direction tente de sortir du cadre imposé en misant sur la «flexibilité» si prisée dans le monde du travail.
Le malheur pour les musiciens, c'est que la direction a raison. Peut-être pas sur toutes les virgules (quoique certaines — comme de faire payer en temps supplémentaire les applaudissements du public — tiennent du point d'exclamation!) mais assurément sur le contexte.
Les orchestres symphoniques d'aujourd'hui ont pour atout le prestige. Et c'est tout. Le public peine à s'y renouveler; l'éducation musicale est en déclin; la concurrence d'une offre culturelle diversifiée et accessible est monstrueuse; les mécènes se raréfient; et les activités complémentaires, comme les enregistrements, sont elles-mêmes en butte à de rudes contraintes. Évidemment, cela se traduit par de véritables numéros d'équilibriste de la part des directions d'orchestre pour tenir le cap. Le phénomène n'est pas particulier à Montréal mais à toute l'Amérique du Nord. Dernier en liste, l'orchestre symphonique de Cincinnati, qui a dû annuler des concerts en 2004, augmenter le prix des billets et geler le salaire de tout son personnel. L'année 2005 s'annonce tout aussi anémique.
À Montréal, il n'y a pas péril en la demeure au plan financier, mais il devient urgent de sortir de la stagnation artistique. Il y aura trois ans en avril que Charles Dutoit a claqué la porte. L'OSM en a eu le souffle coupé, et les concerts, depuis, se sont avérés fort inégaux. Il faut un chef, ont clamé les critiques! Et bien il y en a un, prestigieux, qui attend son tour. À moins de vouloir rester l'orchestre de province auquel ils sont de plus en plus confinés, les musiciens de l'OSM n'ont d'autre choix que de dérouler le tapis rouge pour Kent Nagano en répondant à ses exigence. Car comme le décrivait bien, hier, notre collaborateur Christophe Huss, il est clair que M. Nagano avalise les demandes de la direction de l'OSM, qui veut de la souplesse sur les horaires et les tournées.
Les musiciens ont accepté de mettre le conflit «en veilleuse» pour les quatre concerts de M. Nagano. C'est déjà un début. Mais remiser les t-shirts ne suffira pas. Il leur faudra aussi jeter du lest sur le fond des points en litige. Comment peut-on, comme le fait l'Association des musiciens de l'OSM, contester les changements demandés par la direction en affirmant que ceux-ci vont compromettre «la qualité artistique et donc le rayonnement local et international de l'orchestre». Personne n'a donc noté que l'OSM n'a pas fait de tournée depuis cinq ans en raison de la lourdeur de la convention? Et qu'il y a déjà un moment que l'orchestre ne rayonne plus au niveau local?
On peut imaginer que Kent Nagano n'a que faire de ces chamailleries; à l'inverse, les musiciens ont besoin de lui, et Montréal a du lustre à retrouver. Ce sont là les vraies balises de la négociation.
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