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Un million de Libanais dans la rue

N/A ZZZN/A , N/A ZZZN/A   15 mars 2005 
L’ombre de la mosquée Mohammed al-Amin, où repose l’ancien premier ministre assassiné Rafic Hariri, se profile sur la foule immense qui a envahi hier la place des Martyrs, à Beyrouth, tout juste un mois après la mort d’Hariri, afin de réclame
Photo : Agence Reuters
L’ombre de la mosquée Mohammed al-Amin, où repose l’ancien premier ministre assassiné Rafic Hariri, se profile sur la foule immense qui a envahi hier la place des Martyrs, à Beyrouth, tout juste un mois après la mort d’Hariri, afin de réclame
Beyrouth — «Liberté, souveraineté, indépendance!» À l'appel de l'opposition, plusieurs centaines de milliers de Libanais, entre 800 000 et un million selon les estimations, soit près du quart de la population du pays, ont scandé ces trois mots hier à Beyrouth, tout en exigeant un retrait total des troupes syriennes, la démission du président prosyrien Émile Lahoud et des responsables des services de sécurité, ainsi que la vérité sur l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri.

L'opposition anti-syrienne libanaise a ainsi réussi son pari de rassembler une foule au moins aussi nombreuse, dans le centre de Beyrouth, que celle rassemblée par le Hezbollah, soutenu par la Syrie, le 8 mars.

Venus notamment du Nord et de l'Est en car, camion, voiture et même en bateau, des centaines de milliers de manifestants — un million selon les organisateurs — ont envahi la place des Martyrs.

Six jours auparavant, le Hezbollah avait éclipsé la marée montante des manifestations anti-syriennes en parvenant lui aussi à réunir place Riad al Solh, à quelque centaines de mètres de celle des Martyrs, près de un million de partisans du maintien du «protectorat» de facto de la Syrie.

En l'absence de toute confirmation indépendante des chiffres des uns et des autres, observateurs et témoins estiment que la manifestation monstre d'hier a surpassé en ampleur celle du 8 mars.

De mémoire de Libanais, il s'agit du rassemblement le plus important jamais organisé au Liban qui compte environ quatre millions d'habitants.

Certains médias libanais ont parlé de 1,5 million en comptant les manifestants qui ne sont pas parvenus à rejoindre le centre-ville.

Selon le Conseil municipal, plus de 800 000 personnes étaient massées dans le centre-ville, outre des centaines de milliers de manifestants rassemblés dans les places adjacentes et les grandes artères de la capitale, jusqu'à des dizaines de kilomètres.

Quoi qu'il en soit, ce rassemblement est le plus important réussi par l'opposition depuis qu'elle a entrepris de descendre pacifiquement dans les rues à la suite de l'assassinat de l'ancien premier ministre sunnite Rafic Hariri, il y a un mois jour pour jour.

Pour la première fois, elle a drainé de nombreux sunnites, aux côtés des Druzes et des chrétiens maronites, fers de lance de l'opposition.

Cette manifestation conforte et renforce la position de l'opposition qui a rejeté la désignation le 10 mars par M. Lahoud de Omar Karamé pour former un nouveau gouvernement, dix jours après la démission de celui-ci sous la pression de la rue et des opposants.

Bahiya Hariri, la soeur de l'ex-chef du gouvernement et elle-même députée, n'a pas mâché ses mots à propos des responsables libanais soutenus par la Syrie. Mais elle a en même temps tendu la main vers la Syrie et le Hezbollah.

«Nous demeurerons aux côtés de la Syrie jusqu'à ce que son territoire soit libéré, jusqu'à ce qu'elle retrouve sa pleine souveraineté sur le Plateau du Golan [occupé par Israël]», a-t-elle dit, avant de qualifier la Syrie de pays frère du Liban, en s'attirant les sifflets de la foule.

À Nabatieh, dans son fief du Sud, le Hezbollah avait réitéré dimanche son succès du 8 mars à Beyrouth en réunissant encore des centaines de milliers de manifestants pro-syriens dénonçant les présumées «ingérences» de Paris et Washington, qui réclament la levée de la mainmise militaire et politique syrienne sur le pays.

Cette surenchère de manifestations au nom de la souveraineté nationale illustre l'accentuation vertigineuse du clivage qui divise les Libanais depuis le début de la crise, il y a un mois.

Le président pro-syrien Émile Lahoud a réclamé ce week-end l'arrêt des manifestations et a pressé une opposition réticente d'engager le dialogue avec le premier ministre Omar Karamé, reconduit la semaine dernière dans ses fonctions après avoir démissionné sous la pression de la rue.

Les opposants, qui réclament la démission des dirigeants des services de sécurité libanais, excluent de participer au cabinet d'unité nationale que propose Karamé tant que toutes leurs exigences ne sont pas satisfaites, et ce, avant les élections prévues — en principe — en mai.

Considéré comme un des plus ardents opposants à la présence syrienne, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a, lui aussi, réclamé dimanche l'«arrêt des démonstrations de force dans la rue» et mis en garde la population contre leurs conséquences possibles pour la stabilité du pays. Le patriarche maronite s'est ensuite rendu aux États-Unis pour une première rencontre avec le président George W. Bush.

«Vous voulez la vérité sur l'assassinat [de Hariri]? Elle croupit dans les chambres obscures des services de renseignement qui nous gouvernent et que vous êtes en train de balayer», a lancé de la place des Martyrs, noire de monde, le député Marwan Hamadé, ouvrant la cérémonie organisée par l'opposition à la mémoire de Hariri assassiné le 14 février à Beyrouth.

«Ils ont tué Abou Baha [surnom de Hariri], car il gênait leur plan de soumission du Liban», a dit M. Hamadé, lui-même blessé dans une tentative d'assassinat en 2004.

Des dizaines d'orateurs, députés et personnalités, se sont succédé, insistant sur l'unité pour un Liban «libre, souverain et indépendant». Des centaines de pancartes ont été hissées par les manifestants demandant le départ du président Lahoud.

L'un des ténors de l'opposition, le député druze Walid Joumblatt, a réclamé à la radio américaine Sawa, le départ d'Émile Lahoud et des chefs des renseignements «dans le dernier camion syrien» évacuant le Liban.

M. Lahoud, de même que le procureur général et les chefs de services de sécurité libanais sont considérés comme les instruments d'une pérennisation de la tutelle syrienne par l'opposition qui réclame aussi un cabinet «impartial» chargé de superviser le retrait syrien total et les législatives prévues avant fin mai.

M. Karamé entame aujourd'hui ses consultations avec les blocs parlementaires pour tenter de former un gouvernement d'unité nationale.

Après la mort de Hariri, la Syrie, sous une énorme pression internationale, a entrepris le redéploiement de ses soldats au Liban, dont une bonne partie a regagné leur pays.

Le quotidien britannique The Independent affirme, sans citer de source, que la commission d'enquête de l'ONU est sur le point de conclure «qu'il y a eu une tentative de dissimuler des preuves au plus haut niveau des services de renseignement syriens et libanaise» sur le meurtre de Hariri.

Enfin, à Paris, le général Michel Aoun, qui revendique le rôle d'instigateur de la résistance à l'occupation syrienne, a confirmé son retour au pays après quinze ans d'exil.






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