Tel père, tel fils
Photo : Jacques Nadeau
Éric Lafleur (ci-dessus) doit sa bonne fortune à son père, qui a refilé à Publicité Dezert des contrats de 6,4 millions de dollars de 1996 à 2000, soit les deux tiers de son chiffre d’affaires, permettant au jeune entrepreneur de se dégager des
Tel père, tel fils, dit l'adage. Éric Lafleur se dégageait des marges bénéficiaires de 40 à 60 % lorsqu'il fournissait des articles promotionnels au gouvernement fédéral, à la belle époque du programme des commandites, alors qu'il se contente aujourd'hui de marges de 30 à 40 %.
Une telle pratique a occasionné des dépenses considérables à l'État canadien, entre autres pour la production de manteaux à broderies réalisés en l'honneur du célèbre voilier Bluenose, en 1997. Jean Lafleur Communication Marketing (JLCM) a décroché le contrat du ministère fédéral des Travaux publics pour le refiler en sous-traitance à la compagnie du fils de son propriétaire, Publicité Dezert. Le jeune Lafleur, 36 ans, s'est à son tour tourné vers une tierce entreprise pour la fourniture des manteaux. Résultat? Ces manteaux acquis par Dezert au coût de 190 $ à 240 $ pièce ont été facturés 675 $ l'unité à JLCM. L'agence de Jean Lafleur a refilé aux Travaux publics une note de 30 375 $ avant taxes, réclamant en sus une commission de 15 % (4556 $).
Les frais de broderie, d'imperméabilisation, d'empaquetage et de transport des manteaux pourraient justifier cet écart, a avancé Éric Lafleur, une explication que le juge John Gomery a accueillie avec un étonnement visible.
Autre affaire, même scénario: les 5000 boules de Noël du Bluenose, payées 5 $ l'unité par Dezert auprès d'un de ses fournisseurs, ont été facturées 10 $ à JLCM. L'agence a par la suite réclamé 10 $ pour chacune de ces boules de Noël aux Travaux publics, pour un total de 50 000 $, sans oublier la commission de 15 %.
Éric Lafleur ne peut pas expliquer pourquoi son père a facturé 1350 $ pour les services de Michel Octeau, un employé de Dezert, pour neuf heures de travail sur ce projet. De même, la valeur ajoutée par JLCM dans le dossier des boules du Bluenose était moindre, a-t-il reconnu. Mais il faut examiner la question des commissions selon le principe des vases communicants, a-t-il enchaîné. À certaines occasions, l'agence du paternel devait réaliser beaucoup plus de travail et méritait amplement sa commission, sinon davantage.
Millionnaire de la pub
Éric Lafleur doit sa bonne fortune à son père, qui a refilé à Publicité Dezert des contrats de 6,4 millions de dollars de 1996 à 2000, soit les deux tiers de son chiffre d'affaires, permettant au jeune entrepreneur de se dégager des salaires et bonis personnels de 978 500 $. C'est 17 fois plus de son principal employé, Michel Octeau.
En plus de diriger Publicité Dezert, Éric Lafleur était aussi vice-président de JLCM, ce qui lui a permis de toucher 1,2 million de dollars en salaires et bonis de 1994 à 2000. Au bout du compte, il s'est donc enrichi de 2,1 millions, essentiellement grâce au programme des commandites.
À l'instar de JLCM, Publicité Dezert a connu une croissance inespérée dès le moment où elle a pu bénéficier, même indirectement, du programme des commandites. En 1995, la petite agence d'Éric Lafleur dégage un profit de 12 708 $. À la même époque, son père décroche les premiers de ses lucratifs contrats avec le ministère des Travaux publics, totalisant une dizaine de millions de dollars en 1995-96.
Dès l'automne 1996, Jean Lafleur obtient l'autorisation du directeur du programme des commandites, Charles Guité, pour recourir systématiquement aux services de Publicité Dezert pour la fourniture d'articles promotionnels au gouvernement (plumes, vêtements, balles de golf, boules de Noël, etc.). La règle habituelle en matière de contrats avec le gouvernement, consistant à obtenir des soumissions de trois fournisseurs différents, ne tient plus. L'entente entre le père et le fils permet à Publicité Dezert de dégager des bénéfices nets de 188 203 $ en 1996 et de 136 471 $ en 1997.
C'est également en 1997 que le jeune Éric Lafleur, alors âgé de 29 ans, fait sa première incursion dans le domaine de la politique en proposant ses services bénévoles à Jean Carle, le directeur des opérations au cabinet du premier ministre. Il a rencontré M. Carle pour la première fois en 1996, lorsque celui-ci faisait la sélection des fameuses balles de golf de Jean Chrétien avec l'aide de Charles Guité.
Reçu dans le camp Chrétien, Éric Lafleur passe les mois de mai et juin 1997 à orchestrer la campagne de Jean Chrétien sur le terrain. Il fait également une contribution de 2223 $ au Parti libéral du Canada (PLC). Hier, le juge John Gomery a demandé au prolifique entrepreneur s'il avait déjà fait un lien entre le succès de son agence de publicité et son implication au sein du Parti libéral. «Non, jamais», a répondu Éric Lafleur.
Les relations d'affaires développées par Jean Lafleur se sont avérées profitables pour son fils. Après avoir travaillé pour le premier ministre Chrétien, Éric Lafleur s'est retrouvé adjoint exécutif de M. Carle pour la mission d'Équipe Canada en Amérique du Sud, en janvier 1998. Il a aussi accompagné en Chine le patron de la Société canadienne des postes, André Ouellet, un client et ami de son père, pour le lancement d'un timbre en 1997. Éric Lafleur a d'ailleurs rencontré M. Ouellet à plusieurs reprises à une époque où les parents de sa copine entretenaient une relation d'amitié avec les Ouellet. En fait, Éric Lafleur connaissait la plupart des amis et clients de son père mais, contrairement à celui-ci, il «déteste» le cigare et la pêche.
Une telle pratique a occasionné des dépenses considérables à l'État canadien, entre autres pour la production de manteaux à broderies réalisés en l'honneur du célèbre voilier Bluenose, en 1997. Jean Lafleur Communication Marketing (JLCM) a décroché le contrat du ministère fédéral des Travaux publics pour le refiler en sous-traitance à la compagnie du fils de son propriétaire, Publicité Dezert. Le jeune Lafleur, 36 ans, s'est à son tour tourné vers une tierce entreprise pour la fourniture des manteaux. Résultat? Ces manteaux acquis par Dezert au coût de 190 $ à 240 $ pièce ont été facturés 675 $ l'unité à JLCM. L'agence de Jean Lafleur a refilé aux Travaux publics une note de 30 375 $ avant taxes, réclamant en sus une commission de 15 % (4556 $).
Les frais de broderie, d'imperméabilisation, d'empaquetage et de transport des manteaux pourraient justifier cet écart, a avancé Éric Lafleur, une explication que le juge John Gomery a accueillie avec un étonnement visible.
Autre affaire, même scénario: les 5000 boules de Noël du Bluenose, payées 5 $ l'unité par Dezert auprès d'un de ses fournisseurs, ont été facturées 10 $ à JLCM. L'agence a par la suite réclamé 10 $ pour chacune de ces boules de Noël aux Travaux publics, pour un total de 50 000 $, sans oublier la commission de 15 %.
Éric Lafleur ne peut pas expliquer pourquoi son père a facturé 1350 $ pour les services de Michel Octeau, un employé de Dezert, pour neuf heures de travail sur ce projet. De même, la valeur ajoutée par JLCM dans le dossier des boules du Bluenose était moindre, a-t-il reconnu. Mais il faut examiner la question des commissions selon le principe des vases communicants, a-t-il enchaîné. À certaines occasions, l'agence du paternel devait réaliser beaucoup plus de travail et méritait amplement sa commission, sinon davantage.
Millionnaire de la pub
Éric Lafleur doit sa bonne fortune à son père, qui a refilé à Publicité Dezert des contrats de 6,4 millions de dollars de 1996 à 2000, soit les deux tiers de son chiffre d'affaires, permettant au jeune entrepreneur de se dégager des salaires et bonis personnels de 978 500 $. C'est 17 fois plus de son principal employé, Michel Octeau.
En plus de diriger Publicité Dezert, Éric Lafleur était aussi vice-président de JLCM, ce qui lui a permis de toucher 1,2 million de dollars en salaires et bonis de 1994 à 2000. Au bout du compte, il s'est donc enrichi de 2,1 millions, essentiellement grâce au programme des commandites.
À l'instar de JLCM, Publicité Dezert a connu une croissance inespérée dès le moment où elle a pu bénéficier, même indirectement, du programme des commandites. En 1995, la petite agence d'Éric Lafleur dégage un profit de 12 708 $. À la même époque, son père décroche les premiers de ses lucratifs contrats avec le ministère des Travaux publics, totalisant une dizaine de millions de dollars en 1995-96.
Dès l'automne 1996, Jean Lafleur obtient l'autorisation du directeur du programme des commandites, Charles Guité, pour recourir systématiquement aux services de Publicité Dezert pour la fourniture d'articles promotionnels au gouvernement (plumes, vêtements, balles de golf, boules de Noël, etc.). La règle habituelle en matière de contrats avec le gouvernement, consistant à obtenir des soumissions de trois fournisseurs différents, ne tient plus. L'entente entre le père et le fils permet à Publicité Dezert de dégager des bénéfices nets de 188 203 $ en 1996 et de 136 471 $ en 1997.
C'est également en 1997 que le jeune Éric Lafleur, alors âgé de 29 ans, fait sa première incursion dans le domaine de la politique en proposant ses services bénévoles à Jean Carle, le directeur des opérations au cabinet du premier ministre. Il a rencontré M. Carle pour la première fois en 1996, lorsque celui-ci faisait la sélection des fameuses balles de golf de Jean Chrétien avec l'aide de Charles Guité.
Reçu dans le camp Chrétien, Éric Lafleur passe les mois de mai et juin 1997 à orchestrer la campagne de Jean Chrétien sur le terrain. Il fait également une contribution de 2223 $ au Parti libéral du Canada (PLC). Hier, le juge John Gomery a demandé au prolifique entrepreneur s'il avait déjà fait un lien entre le succès de son agence de publicité et son implication au sein du Parti libéral. «Non, jamais», a répondu Éric Lafleur.
Les relations d'affaires développées par Jean Lafleur se sont avérées profitables pour son fils. Après avoir travaillé pour le premier ministre Chrétien, Éric Lafleur s'est retrouvé adjoint exécutif de M. Carle pour la mission d'Équipe Canada en Amérique du Sud, en janvier 1998. Il a aussi accompagné en Chine le patron de la Société canadienne des postes, André Ouellet, un client et ami de son père, pour le lancement d'un timbre en 1997. Éric Lafleur a d'ailleurs rencontré M. Ouellet à plusieurs reprises à une époque où les parents de sa copine entretenaient une relation d'amitié avec les Ouellet. En fait, Éric Lafleur connaissait la plupart des amis et clients de son père mais, contrairement à celui-ci, il «déteste» le cigare et la pêche.
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