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Pour une prise en charge de la marijuana

David Turgeon - Compositeur, directeur artistique  22 août 2002 
Je ne peux m'empêcher de répondre à l'argumentaire fallacieux du psychologue Frankie Bernèche paru dans Le Devoir du 14 août dernier sous le titre «Dangereux, le pot? Oui, monsieur le sénateur!» (http://ledevoir.com/2002/08/14/7127.html).

Fallacieux parce qu'il y manque cruellement de perspective. M. Bernèche omet des détails qui n'ont sans doute pas échappé au sénateur Pierre-Claude Nolin que M. Bernèche critique tant.

L'argument principal de M. Bernèche est qu'une décriminalisation de la marijuana donnerait une image paradoxale de l'État, disant aux jeunes, d'un côté: «Ce n'est pas bon de fumer du pot»; et de l'autre: «Vas-y, c'est correct, tu peux en prendre!»

M. Bernèche, comme beaucoup de prohibitionnistes avant lui, oublie que sans un cadre légal, la vente de cette drogue douce continuera de fleurir sur le marché noir. On y trouvera de la mari vendue sans aucun contrôle, à la qualité variable et parfois douteuse, et dans certains cas «coupée» avec des drogues plus dures, plus nocives.

On pourrait bien sûr donner (encore) davantage d'argent aux policiers afin qu'ils tentent d'empêcher ce commerce, mais, on l'a vu, cette solution miracle plutôt brutale s'avère créer au moins autant de problèmes qu'elle n'en règle: souvent, elle marginalise les consommateurs à problèmes et les pousse à une consommation d'autant plus dangereuse.

M. Bernèche pourfend, peut-être à raison, une attitude qu'il nomme le «laisser-faire». Mais est-ce bien de laisser-faire qu'il s'agit ici? En réalité, la décriminalisation amènerait non seulement un meilleur encadrement des consommateurs et des producteurs mais elle assurerait également la qualité du produit. Hors du marché noir, le pot peut être vendu avec les avertissements qui s'imposent, comme c'est déjà le cas avec le tabac et l'alcool, substances tout aussi toxiques, sinon davantage. Résultat: pour un mineur, l'achat de marijuana sera contrecarré par des restrictions légales dont la plupart des pushers ne s'embarrassent pas. Sans compter que la possession et l'achat n'entraîneront plus pour les jeunes en difficulté le lourd et inutile fardeau psychologique d'un dossier criminel.

La décriminalisation relève donc d'une prise en charge de la part de l'État, et non pas d'un laisser-faire, comme M. Bernèche le laisse entendre. Le véritable laisser-faire, le véritable paradoxe serait de laisser ce commerce aux mains des organisations criminelles que l'État prétend combattre...
 
 
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