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Que de bruit! - Il y a du Ritalin qui se perd

Raymond Joly - pres  22 août 2002 
Le Devoir du mercredi 14 août rapportait une nette augmentation de la consommation du Ritalin chez les enfants, dès l'âge de deux ans. Au rythme où vont les choses, il y aura bientôt assez de nourrissons dopés pour envisager des Olympiques de la petite enfance.

Mais je me demande si on ne se trompe pas de génération. C'est dans le tout jeune âge seulement que se déclarent l'inattention et l'hyperactivité? Seuls les «enfants à problèmes» souffrent d'un vide intérieur qui les laisse ballottés entre l'apathie et l'énervement? C'est évidemment l'enfant, le problème?

Je ne revois pas seulement, en écrivant ceci, ces messieurs que j'ai observés quelques fois cet été au volant de leur 4X4, avec leur gamin à côté d'eux. À deux pâtés de maisons, on les entendait déjà approcher. Sur le trottoir, on se bouchait les oreilles; dans le véhicule, papa et fiston tressautaient comme des épileptiques en suivant la cadence de leur radio.

Ça s'entend

Non, je pense simplement à tous ces braves gens qui vous regardent comme un Martien lorsque vous vous plaignez d'être obligé d'entendre de la musique sans interruption du matin jusqu'au soir dès que vous mettez le pied hors de chez vous.

Ça n'arrête pas un instant dans les magasins, même dans les librairies, au bureau, à la gare, au restaurant, dans les antichambres ou au guichet automatique; bref, ça n'arrête jamais. Et le volume monte régulièrement. Même chose dans la rue, car nul ne songe à protéger l'espace public; n'importe quel commerçant peut s'en déclarer propriétaire, sortir ses haut-parleurs et imposer sa pollution à tous ceux qui ont affaire dans le quartier ou qui y habitent. Les bibliothèques tiennent encore (pour combien de temps?), mais les musées commencent déjà à céder.

À la télé, l'image et la parole ne suffisent plus pour composer un documentaire ou un reportage; on a parfois du mal à suivre les propos du commentateur, à moitié enterrés par l'agitation frénétique et sans aucun rapport de quelque band à l'«arrière-plan».

Quel amour?

Les goûts ne se discutent pas, dit l'adage, mais il est permis de faire observer que, dans l'immense majorité des cas, la musique en question reproduit le ronflement des camions, les cliquetis et les martèlements des machines-outils ou le pas d'un régiment nazi qui défile: voisinages qui passent généralement pour intolérables. Et notons également deux faits qui autorisent le scepticisme quand certains veulent expliquer les choses par l'amour de la musique: d'abord, dans beaucoup d'endroits, le son est fourni par un poste de radio allumé le matin une fois pour toutes et qui déverse indistinctement météo, publicité, conseils aux ménagères, etc., aussi bien que musique; puis, dans une multitude de lieux, on est soumis à la cacophonie de trois, de quatre ou de onze sources déchaînées en même temps. Les gens interrogés vous répondent en vous regardant avec de grands yeux que ça les calme ou que ça met de la vie.

Autrement dit, ils ne trouvent pas en eux-mêmes de quoi sortir de l'apathie sans tomber dans la surexcitation. Il leur faut une stimulation artificielle ininterrompue. Sans leur security blanket — la machine qui leur dicte un rythme et les enveloppe dans une capsule sonore —, ils deviendraient moroses, irritables ou incapables de se concentrer.

Auraient-ils par hasard le même problème que leurs enfants déclarés malades par l'industrie pharmaceutique? Faudrait-il commencer par eux le traitement au Ritalin?
 
 
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