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Emplacement du CHUM - Le maire Tremblay évite de se mouiller

Kathleen Lévesque   3 mars 2005 
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a refusé hier de prendre position en faveur d'un emplacement ou d'un autre pouvant accueillir le futur CHUM. Comme à l'époque où il était ministre de l'Industrie, du Commerce et de la Technologie, M. Tremblay a plutôt fait la promotion d'une «grappe» des sciences de la vie.

Tant le ministre de la Santé, Philippe Couillard, que l'opposition officielle se sont étonnés de l'absence de point de vue sur la question de l'emplacement à privilégier de la part du maire Tremblay, d'autant plus que le choix de cet emplacement constitue l'objet central de la commission parlementaire en cours depuis lundi. Le maire Tremblay a éludé toutes les questions sur sa préférence. Ce silence a été mis en exergue par la position très ferme défendue la veille par l'ancien premier ministre Daniel Johnson.

Après un plaidoyer dévastateur pour le projet d'Outremont, M. Johnson, qui était invité à présenter son analyse sur le dossier, a vanté les caractéristiques du 1000, Saint-Denis (l'hôpital Saint-Luc). Ce projet permettrait de revitaliser l'est du centre-ville et d'y «planter le phare de la médecine francophone en Amérique», a-t-il fait valoir.

Une victoire

Se référant à cette dernière expression, le ministre Couillard a demandé au maire de Montréal s'il ne voyait pas là, comme lui, «une expression très mobilisatrice, très rassembleuse» et même «emballante». Gérald Tremblay a répondu par une question: est-ce que le gouvernement a la volonté d'investir dans une technopole? Le ministre a alors confirmé l'adhésion gouvernementale à l'idée d'établir une synergie entre le futur CHUM, les centres de recherche, le monde universitaire et le milieu biopharmaceutique.

Gérald Tremblay a immédiatement interprété la déclaration du ministre comme une victoire. Après tout, comme il l'a indiqué, «le site importe peu». Aux journalistes, M. Tremblay s'est ainsi borné à marteler le même discours sur la «grappe» des sciences de la vie. «Je prends fait et cause pour le développement de la métropole avec un projet de centre intégré de santé et de savoir. Ce n'est pas à moi de choisir le site», a-t-il dit.

En coulisse, il semblait clair pour l'équipe de M. Tremblay qu'il était hors de question que le maire aide le gouvernement à démêler l'écheveau qu'est devenu le dossier du CHUM. Ainsi, le maire de Montréal a choisi de parler d'un concept, un préalable au choix d'un emplacement, a soutenu le maire. Du coup, la députée Louise Harel, critique de l'opposition en matière de santé, a dit avoir ainsi reconnu «l'enthousiasme de l'ancien ministre de l'Industrie et du Commerce» pour son idée de «grappes industrielles».

Collaboration assurée

Le maire Tremblay a assuré les parlementaires de la collaboration de Montréal à partir du moment où il y aura un emplacement choisi. Le maire s'est d'ailleurs dit prêt à faire «sa juste part» sur le plan financier, mais tout reste à être négocié avec le promoteur, soit le gouvernement du Québec. Ce financement pourrait être fait en ce qui concerne les infrastructures hors de l'emplacement choisi. Bien que des professionnels de la Ville de Montréal évaluent que ces frais pourraient s'élever à quelque 200 millions pour le projet d'Outremont, le maire Tremblay s'est dit incapable de donner un chiffre.

Par comparaison, il a mentionné que l'ancien emplacement du 6000, Saint-Denis aurait nécessité un investissement municipal d'environ 150 millions alors que pour le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) les discussions en cours oscillent entre 50 et 100 millions. M. Tremblay a toutefois précisé que la préparation du projet du 1000, Saint-Denis est plus avancée et plus détaillée.

De fait, le maire de l'arrondissement de Ville-Marie, Martin Lemay, a expliqué devant la commission parlementaire que les fonctionnaires étaient déjà à l'oeuvre depuis l'automne dernier pour accueillir le futur CHUM au 1000, Saint-Denis. «Il serait regrettable de créer un trou au centre-ville, ce qui en freinerait le développement», a affirmé M. Lemay, qui a rappelé que le projet fait consensus auprès des élus locaux, des résidants ainsi que des commerçants du quartier. Plans à l'appui, M. Lemay a démontré les possibilités d'expansion du futur CHUM et de la création d'une technopole.

Quelques minutes plus tôt, la mairesse de l'arrondissement de Mont-Royal, Suzanne Caron, a dénoncé le déficit démocratique majeur qu'entraîne le dossier du CHUM et plus particulièrement le projet d'Outremont. «Un des problèmes est le manque de transparence et le processus décisionnel. Cela a teinté de façon négative le projet d'Outremont», a dit Mme Caron.

Cette dernière a également souligné que le maire Tremblay ne pouvait pas prendre d'engagement financier qui toucherait Mont-Royal, qui redeviendra une municipalité à part entière à compter de janvier prochain. Or le prolongement de certaines rues sur le côté nord de la gare de triage d'Outremont est de la responsabilité de Mont-Royal. Considérant ces éléments, Mme Caron ne peut que s'opposer au projet promu par l'Université de Montréal.

Le président du Comité des usagers du CHUM, Jean-Marie Dumesnil, est également venu ajouter sa voix aux tenants de l'implantation du CHUM au centre-ville, le seul emplacement à répondre aux besoins des citoyens, selon lui. Il a d'ailleurs rappelé les résultats du sondage Léger Marketing que son organisme a commandé et dont Le Devoir a rendu publics les résultats mardi. Ainsi, 62 % de la population est favorable à la construction du CHUM au 1000, Saint-Denis alors que seulement 17 % opte pour Outremont.

Les besoins de la population

Pour cette troisième journée de la commission parlementaire, il a également été question des besoins de la population en matière de services de santé. L'Agence de développement des réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal et des chercheurs de l'Université de Montréal ont présenté des thèses totalement opposées quant à la desserte des soins.

Le p.-d.g. de l'agence, David Levine, a indiqué que son évaluation n'était pas basée sur des hypothèses mais bien sur des faits, notamment le nombre d'hospitalisations. Le ministre Couillard a convenu avec M. Levine que, si le gouvernement choisit Outremont, «il faudra un jour ajuster les services au centre-ville», ce qui impliquerait de nouveaux investissements. M. Levine a d'ailleurs souligné que l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, avec 83 000 visites par année, ne peut offrir davantage de services.

Pour ce qui est de la sécurité de l'emplacement d'Outremont, le directeur de la planification à l'agence, Louis Côté, a affirmé qu'«on ne peut pas jouer à la roulette russe dans ce dossier». La prudence devrait guider le gouvernement pour éloigner le plus possible le futur CHUM des voies ferrées, a plaidé M. Levine. Un hôpital doit aider s'il arrive un sinistre et non pas être au coeur du problème, a renchéri M. Côté.

Quant aux consultions défendues par les chercheurs de l'Université de Montréal, le ministre Couillard s'est montré fort critique. Les chercheurs estiment que le CHUM à Outremont répondrait mieux aux besoins de la population, qui est davantage concentrée au nord de l'île.

Les derniers invités à cette consultation particulière seront entendus aujourd'hui. La présentation du Canadien Pacifique, qui vend la gare de triage à l'Université de Montréal, est fort attendue.






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