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Landry rejette l'arme de la peur

Robert Dutrisac   21 août 2002 
Malbaie — Le gouvernement Landry ne se lancera pas dans une campagne de peur économique, dont le député de Charlevoix, Rosaire Bertrand, a fourni un avant-goût lundi, pour discréditer l'Action démocratique du Québec.

C'est l'assurance qu'a donnée le premier ministre Bernard Landry en marge de la réunion du caucus des députés du Parti québécois qui s'est déroulé au Manoir Richelieu. «Je n'aime pas les campagnes de peur. J'ai passé ma vie à en subir comme militant souverainiste.»

Lundi, le responsable de l'organisation électorale du PQ, Rosaire Bertrand, a prédit que la décote financière attendait le Québec si l'ADQ remportait les prochaines élections générales pour former un gouvernement minoritaire. M. Landry a parlé «d'un accident de langage», préférant les affirmations positives. «La cote du Québec est solide à cause du Parti québécois», a-t-il dit, signalant que les agences veulent «recoter» le Québec.

Le premier ministre n'a pas manqué de réserver quelques flèches à l'ADQ. Le PQ a toujours été le parti du changement, a-t-il dit. «Nous avons la crédibilité pour le faire. Quelqu'un peut dire: "Moi, je propose du changement", mais c'est l'inconnu: pas d'équipe, pas vraiment d'idées modernes.»

Hier, en marge du caucus, des élus péquistes ont proposé des variations sur le thème de l'incertitude économique causée par l'inexpérience des adéquistes.

Le député de Laprairie et président du caucus, Serge Geoffrion, ne s'est pas gêné pour évoquer le spectre de l'insécurité économique qui suivrait l'élection d'un gouvernement adéquiste. «Il y a beaucoup de gens d'affaires qui commencent à nous poser des questions sur un éventuel gouvernement de M. Dumont. Ils sont inquiets de l'avenir», a soutenu M. Geoffrion.

La capacité de gouverner des adéquistes est mise en doute. «La gouvernance dès le début souffrirait beaucoup de leur inexpérience et aussi de leur tendance à la démagogie», a fait valoir le ministre des Transports, Serge Ménard. C'est en démontrant à la population que les péquistes sont beaucoup plus expérimentés que les adéquistes et qu'ils peuvent ainsi mieux assurer l'avenir du Québec que le Parti québécois pourra reprendre l'initiative, estime M. Ménard.

Au caucus de ses députés, le premier ministre a présenté un plan d'action gouvernemental dont il sera question au conseil des ministres aujourd'hui. M. Landry s'est fait avare de détails, les réservant pour le début de septembre.

Il a toutefois révélé que ce plan d'action contiendra des objectifs économiques que le gouvernement promettra d'atteindre. «Nous avons, contrairement à une longue perception, détrôné complètement le Parti libéral comme parti du développement économique», a-t-il dit, rappelant qu'il s'était créé au Québec 125 000 emplois en six mois et que le taux d'activité de la population atteignait un sommet inégalé, à près de 70 %. Le gouvernement Landry cherche à capitaliser sur cette bonne performance économique, sans y parvenir pour l'heure.

Le premier ministre a cité aussi les annonces du gouvernement en matière d'environnement faites cet été (interdiction des pesticides, gel sur les nouvelles porcheries et désignation d'aires protégées), la loi spéciale sur la santé, l'union civile et le consensus atteint lors de la Conférence des premiers ministres provinciaux à Halifax.

Le gouvernement Landry tentera de remettre le projet souverainiste sur ses rails et de le replacer au coeur de son action. «Oui, il y aura un référendum au cours du prochain mandat si nous avons l'assurance morale de pouvoir gagner un référendum», a-t-il dit, réitérant sa position. L'objectif d'arriver au Sommet des peuples en 2005 à Buenos Aires à titre de pays souverain sera renforcé «parce que c'est au coeur de notre engagement politique et que ce n'est pas vrai que cette nation aura discuté de son indépendance pendant 40 ans pour faire comme si rien n'était arrivé et oublier cela». Il y voit encore «le courant politique le plus profond au Québec actuellement et le plus puissant».

M. Landry a lancé un appel aux millions de souverainistes québécois. «Nous ne pouvons pas mettre ce combat en veilleuse parce qu'on ne sait jamais le jour où il deviendra impossible à mener», a-t-il dit.

Tandis que Serge Geoffrion tentait de minimiser les craintes que peut susciter la montée de l'ADQ dans la faveur populaire, le député de Matane, Matthias Rioux, a reconnu que la réélection du PQ dans les circonscriptions à forte proéminence francophone est loin d'être assurée. Le PQ n'est pas en difficulté dans Matane, «un comté sûr», a dit M. Rioux, mais «ce n'est pas le cas dans les autres» circonscriptions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.

Le député de Matane croit que le PQ doit s'affirmer «résolument» comme un parti souverainiste et social-démocrate. À cet égard, les moyens pour parvenir à la souveraineté devront être précisés en vue des prochaines élections et l'option souverainiste ne pourra pas être balayée sous le tapis. «On ne peut pas réalistement aller devant le peuple québécois sans leur parler de souveraineté, a dit M. Rioux. Si on n'en parle pas, c'est une erreur et si on ne fait pas de référendum, c'est une autre erreur.»

Pour le ministre d'État à la Santé et aux Services sociaux, François Legault, cependant, le gouvernement péquiste ne peut aller plus vite que la population. Entre-temps, d'autres enjeux s'imposent. M. Legault en appelle à un «vrai débat d'idées» pour contrer l'ADQ. «On a au Québec des décisions importantes à prendre. Est-ce qu'on veut protéger les acquis de la Révolution tranquille? Est-ce qu'on veut assurer les coûts des programmes sociaux qu'on a mis en place depuis la Révolution tranquille ou si on veut se laisser porter par ce vent de droite vers une société plus individualiste?»






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