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Que doit être le CHUM?

Kathleen Lévesque   28 février 2005 
La principale mission d'un centre hospitalier universitaire n'est pas d'offrir des services surspécialisés, mais bien de donner accès à des soins généraux à la population des alentours qui a besoin d'une équipe médicale pour l'ablation des amygdales du petit ou la réparation de la dislocation de l'épaule de la grande soeur. Et le futur centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) ne fait pas exception.

Selon le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, qui entame aujourd'hui quatre jours de consultations particulières dans le cadre de la commission parlementaire spéciale sur le choix d'un emplacement pour le futur CHUM, la «mission de proximité» d'un centre hospitalier universitaire (CHU) occupe les trois quarts des activités d'un tel l'hôpital. Et l'ancien premier ministre Daniel Johnson, qui a signé un avis sur le CHUM qu'il présentera demain devant les parlementaires, abonde dans ce sens.

La définition même d'un CHU n'est pas banale, même si le débat politique tourne principalement autour de l'adresse à donner au futur CHUM. C'est d'autant plus vrai que, après trois mois d'une controverse qui a pris des allures de saga, les 17 députés auront à s'interroger cette semaine sur les effets pour la population de construire le futur CHUM au centre-ville (1000, Saint-Denis) ou dans la gare de triage d'Outremont.

Avant même que ne débute la commission parlementaire, MM. Couillard et Johnson avaient une réponse bien en poche. Et elle apparaît à l'opposé de la définition soutenue par le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, qui fait la promotion d'Outremont.

Mardi dernier, lors des travaux de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 83 sur la réorganisation du réseau de la santé, le ministre de la Santé a vraisemblablement préparé le terrain pour la commission sur le CHUM. «Dans la réalité des choses, et on a les chiffres pour le démontrer, 75 % des activités d'un centre hospitalier universitaire sont de niveau 1 et 2 et 25 % de niveau 3. Parfois, on laisse véhiculer l'idée qu'un centre hospitalier universitaire est uniquement composé d'activités surspécialisées de niveau 3. Ce n'est pas le cas, c'est le contraire», a soutenu M. Couillard

Son interlocuteur, le directeur général du Centre hospitalier universitaire de Québec, René Rouleau, l'a appuyé. «Tout n'est pas universitaire dans les hôpitaux universitaires. Il faut quand même faire des activités courantes d'enseignement; pour donner la chance d'apprendre la profession, il faut commencer par des activités de base et évoluer progressivement. [...] Il ne faut jamais perdre de vue que 75 % de la population vient pour des activités courantes, et il faut donner accès aux services», a déclaré M. Rouleau qui a aussi souligné que ce constat s'appliquait tant à Montréal qu'à Québec.

De son côté, Daniel Johnson qui a travaillé en collaboration avec Marcel Villeneuve, explique dans son rapport que, des 700 lits prévus au futur CHUM, 525 seront monopolisés par les soins de proximité. «Il a été déjà dit, mais peu compris, qu'un hôpital de 700 lits comme [...] le CHUM, ne comprend en tout et pour tout, qu'environ 175 lits de troisième et quatrième lignes, c'est-à-dire des lits surspécialisés. [...] 75 % des lits du nouvel hôpital sont de première et deuxième lignes, c'est-à-dire assimilables à ceux d'un hôpital de soins généraux et spécialisés», peut-on lire.

MM. Johnson et Villeneuve approuvent par ailleurs l'évaluation faite par l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal selon laquelle l'érection du CHUM à Outremont créerait une pénurie de 125 lits de soins généraux au centre-ville de Montréal et un surplus dans le secteur d'Outremont. Le risque est que «des hôpitaux déjà surchargés comme Maisonneuve-Rosemont et Santa Cabrini soient l'objet de pressions accrues».

Impact sur la Rive-Sud

Mais il n'y a pas qu'à Montréal que l'on s'inquiète des effets de l'emplacement du projet Outremont. Une bonne partie des patients qui bénéficient des soins surspécialisés de l'actuel CHUM provient de la Rive-Sud. Or, si le CHUM est érigé à Outremont, d'aucuns estiment qu'il pourrait y avoir un glissement de clientèle vers le Centre universitaire de santé McGill. Ce dernier sera construit dans la gare de triage Glen, à proximité du pont Champlain qui relie la Rive-Sud ou sud-ouest montréalais.

La députée libérale de la circonscription de La Pinière, au sud de l'île de Montréal, Fatima Houda-Pepin, ne cache pas sa préoccupation devant le problème d'accès aux services de santé pour la population de la Montérégie. «Il y a entre 30 et 40 % de la population de la Rive-Sud qui se fait soigner à Montréal. Si le CHUM va à Outremont, cela réduira l'accessibilité des soins. C'est évident. Sans minimiser l'importance du débat sur les sites, il ne faut pas perdre de vue les impacts majeurs sur la population», a affirmé au Devoir Mme Houda-Pepin qui dit avoir confiance dans le bon jugement du ministre de la Santé dans le dossier.

C'est le promoteur du projet d'Outremont, le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, qui ouvre le bal aujourd'hui en commission parlementaire. Suivront les représentants du CHUM actuel.






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Vos réactions

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  • Marc-André Morency
    Abonné
    lundi 28 février 2005 11h15
    Qui gouverne?
    « Robert Dahl publiait, il y a une quarantaine d'années, un livre de science politique intitulé "Who Governs?". Le recteur de l'UdM a t-il une responsabilité devant la population? Je ne crois pas. Il répond de ses actes devant le collège qui l'a choisi. Le ministre, lui, en a une, responsabilité publique. Les deniers publics doivent être engagés par des gens responsables et imputables, en considération de l'ensemble des facteurs et impacts. Le secteur privé, l'université, ne sont pas le gouvernement! Ou bien est-ce que je me trompe?..... »

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