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Une famille de réfugiés palestiniens évite l'expulsion

Claude Turcotte   28 février 2005 
Enfin, après 391 jours passés confinés au sous-sol de l’église Notre-Dame-de-Grâce, les membres de la famille palestinienne Ayoub ont pu franchir le seuil de l’église et d’un premier pas sur le parvis laisser éclater leur loie devant la libe
Photo : Jacques Nadeau
Enfin, après 391 jours passés confinés au sous-sol de l’église Notre-Dame-de-Grâce, les membres de la famille palestinienne Ayoub ont pu franchir le seuil de l’église et d’un premier pas sur le parvis laisser éclater leur loie devant la libe
Après 391 jours dans le sous-sol de l'église de la paroisse Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, Thérèse, Nabih et Khalil Ayoub obtiennent enfin la permission de vivre en liberté, ce qui leur ouvre la porte à l'obtention de la citoyenneté canadienne dans moins de trois ans. Cette annonce faite à la fin de la célébration dominicale, hier, a donné lieu à une heure de réjouissances pour tous ceux qui ont pris fait et cause pour cette famille au destin tragique, du moins jusqu'à maintenant.

Mme Ayoub a 63 ans, son mari et son beau-frère sont âgés de 68 et 70 ans. Ils ont passé les 13 derniers mois dans le sous-sol de l'église pour éviter l'expulsion, qui les menaçait depuis quatre ans au Canada. Avant cela, ces Palestiniens avaient passé 56 ans dans des camps de réfugiés. Hier midi, Mme Ayoub déclarait son intention de faire à sa première sortie une visite au supermarché, situé tout près de l'église, pour y acheter des produits afin de préparer des mets pour ses amis. Elle avouait cependant que son mari avait peur de quitter le sous-sol, traumatisé par toutes ces années de privation de liberté.

Bien évidemment, les Ayoub auront encore besoin du soutien matériel de la paroisse pour survivre. Toutefois, l'acceptation de leur «demande de résidence permanente pour raisons humanitaires avec risques» leur donne l'assurance de ne plus jamais être expulsés. La partie «risques» qui demeure est une mise en garde contre ce qui pourrait leur arriver en sortant du Canada avant d'avoir obtenu leur statut de résident d'ici 10 mois au plus tard. Le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration donnera par écrit dans environ une semaine les motifs de sa décision qui a été officiellement confirmée vendredi dernier, assure Me Maurice Sauvé, un membre du comité d'appui à la famille Ayoub.

Plusieurs personnalités étaient présentes à l'église hier matin pour participer à cette célébration de la liberté accordée à trois réfugiés qui peuvent pour la première fois en près de 60 ans aspirer à la possibilité prochaine d'avoir un pays. Après la messe, le choeur de l'église s'est transformé en salle de conférence de presse, au cours de laquelle ont pris la parole les uns après les autres Me Sauvé, les trois Ayoub, Ahmad Mustafa de la Coalition contre les réfugiés palestiniens, le sénateur libéral Pierre DeBané, la député bloquiste Francine Lalonde et le père Claude Julien, curé de la paroisse.

Loin de voir cette décision favorable aux Ayoub comme un aboutissement, ils ont tous proclamé que le combat devait se poursuivre pour obtenir du gouvernement canadien le droit d'appel qu'il avait promis d'appliquer dans le cadre de sa loi de 2002 sur l'immigration et la protection des réfugiés. Celui-ci s'est plutôt contenté de faire sauter l'un des deux commissaires qui avaient pour fonction de statuer sur le statut des réfugiés et il n'y a toujours pas de droit d'appel. Pour le faire, selon Me Sauvé, il faudrait un an et deux millions. Par la suite, il en coûterait huit millions par année pour assurer le fonctionnement de ce tribunal d'appel qui permettrait de corriger des erreurs qui parfois entraînent la mort de la personne qui est renvoyée dans son pays d'origine ou son camp de réfugiés.

Me Sauvé a rappelé que le ministre Joe Volpe avait demandé à ses fonctionnaires de régulariser le cas de 200 000 «illégaux» au Canada. En 1989, une révision administrative avait amené l'acceptation de 80 000 réfugiés au Canada, dont 35 000 au Québec. En 1995/1996, il y a eu l'acceptation de 10 000 autres réfugiés au Québec. Contrairement à ce que soutenait l'ex-ministre de l'Immigration, Judy Sgro, Me Sauvé pense que le droit d'appel permettrait d'accélérer le processus au lieu de le ralentir, tout en permettant «d'avoir plus d'humanité dans ce pays».

Avant les Ayoub hier, il y a eu d'autres familles qui se sont réfugiées dans des églises pour éviter l'expulsion, comme les Vega qui ont passé 567 jours dans l'église St.Andrew's-Norwood et la famille Yyele à l'église Union United. Ces cas se sont soldés par «des victoires pour les réfugiés qui contestent les injustices de l'immigration au Canada», soutenait hier M. Mustafa, en notant qu'il reste actuellement au Québec une quarantaine de Palestiniens menacés d'être expulsés dans des camps de réfugiés, d'où l'importance, selon lui, de continuer à mettre de la pression sur le gouvernement fédéral.

À cet égard, il peut continuer de compter sur le Bloc québécois. Francine Lalonde, députée de la Pointe-de-l'île, a rappelé que le Bloc continuait de demander un moratoire sur les expulsions de réfugiés et affirme que «sans droit d'appel pour les réfugiés, le Canada ne peut pas se dire le défenseur des droits et libertés».

Le père Claude Julien, curé de la paroisse, a pour sa part soutenu avec vigueur que «l'un des idéaux de l'Église était d'être là où la loi est impuissante à protéger les personnes», tout en concédant qu'elle n'avait pas «le monopole de la défense des sans pouvoirs». Il a poursuivi en disant qu'il fallait être de ceux qui refusent de se contenter de regarder la télévision et d'assister comme des voyeurs à des scènes de martyr, qu'il y ait caméras ou pas. Il s'est réjoui de l'engagement de sa communauté en prédisant que le combat ne faisait que commencer.

Enfin, le sénateur DeBané, qui a lui-même vu le jour en Palestine, a constaté que la vie est injuste, puisque, lui, avait pu venir au Canada, s'instruire et exercer une profession, tout cela avant que des mesures restrictives soient imposées à d'autres par la suite, comme la famille Ayoub qui est, à son avis, «la preuve vivante que la seule vérité qui compte est l'action concrète».






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