Lettres: À la défense de Laure Waridel: plus que de la bonne conscience
Roméo Bouchard - Directeur général, Union paysanne. Le 24 février 2005
26 février 2005
La critique qu'a faite Jean-François Nadeau du dernier livre de Laure Waridel dans Le Devoir du samedi 19 février est de celles qu'on peut sans exagération qualifier d'injustes et d'irresponsables.
L'action de Laure Waridel porte sur les choix de consommation et les solutions de rechange aux circuits de production et de consommation contrôlés par les multinationales. Elle ne prétend pas remplacer une action politique directe visant à provoquer une réforme des structures économiques dominantes: au contraire, la critique qu'elle en fournit y invite. Mais la création de circuits alternatifs fait bien plus que donner bonne conscience.
S'il ne peut à lui seul anéantir le système en place, le commerce équitable permet à des milliers de personnes de vivre mieux et de participer concrètement à l'opposition démocratique à un tel système. Permettre à des milliers de travailleurs du café d'obtenir une rémunération décente et à des milliers de familles québécoises de se nourrir d'une agriculture biologique soutenue par la communauté, c'est bien plus que de donner bonne conscience à quelques consommateurs.
M. Nadeau n'a fait que détruire pour détruire, croyant sans doute ainsi faire valoir une lucidité plus apparente que réelle. Il est bien facile d'accuser Laure Waridel de se faire la «garde-malade d'un système condamnable» dans une chronique méprisante et superficielle, mais je doute fort qu'il ait personnellement fait grand-chose pour «apporter des principes de changement structurel au système», pour reprendre son langage académique.
Changer le monde n'est pas si simple dans la réalité. S'il avait voulu le faire au moins par sa plume, M. Nadeau aurait pu s'attaquer aux écrits de Wal-Mart ou de Monsanto, voire aux publicités mensongères sur les poulets de la société Le Choix du président qu'on nous impose présentement. Il a préféré discréditer bêtement une des militantes les plus intelligentes, les plus sereines et les plus conséquentes qu'on ait au Québec. C'est lamentable et tout à son déshonneur. Il faudra juste un peu plus de courage à ceux qui agissent chaque jour au ras des humains.
***
Réplique
Faut-il s'étonner ou se désoler de voir Roméo Bouchard confondre ainsi la condition véritable des paysans québécois de son mouvement et celle, dite «équitable», de producteurs de café de l'hémisphère sud? Loin de prendre en compte les critiques adressées à la pensée de gestionnaires dont Laure Waridel se fait la porte-parole, M. Bouchard me chicane plutôt pour ne pas avoir parlé de Wal-Mart ou de Monsanto. Je l'aurais bien sûr fait volontiers si cela avait été mon propos.
Une partie de la gauche mondiale remet déjà fortement en cause la validité de l'approche dite équitable. J'estime tout simplement qu'il doit aussi être possible au Québec de présenter les limites de cette pensée dans une critique publique et raisonnable.
Jean-François Nadeau
L'action de Laure Waridel porte sur les choix de consommation et les solutions de rechange aux circuits de production et de consommation contrôlés par les multinationales. Elle ne prétend pas remplacer une action politique directe visant à provoquer une réforme des structures économiques dominantes: au contraire, la critique qu'elle en fournit y invite. Mais la création de circuits alternatifs fait bien plus que donner bonne conscience.
S'il ne peut à lui seul anéantir le système en place, le commerce équitable permet à des milliers de personnes de vivre mieux et de participer concrètement à l'opposition démocratique à un tel système. Permettre à des milliers de travailleurs du café d'obtenir une rémunération décente et à des milliers de familles québécoises de se nourrir d'une agriculture biologique soutenue par la communauté, c'est bien plus que de donner bonne conscience à quelques consommateurs.
M. Nadeau n'a fait que détruire pour détruire, croyant sans doute ainsi faire valoir une lucidité plus apparente que réelle. Il est bien facile d'accuser Laure Waridel de se faire la «garde-malade d'un système condamnable» dans une chronique méprisante et superficielle, mais je doute fort qu'il ait personnellement fait grand-chose pour «apporter des principes de changement structurel au système», pour reprendre son langage académique.
Changer le monde n'est pas si simple dans la réalité. S'il avait voulu le faire au moins par sa plume, M. Nadeau aurait pu s'attaquer aux écrits de Wal-Mart ou de Monsanto, voire aux publicités mensongères sur les poulets de la société Le Choix du président qu'on nous impose présentement. Il a préféré discréditer bêtement une des militantes les plus intelligentes, les plus sereines et les plus conséquentes qu'on ait au Québec. C'est lamentable et tout à son déshonneur. Il faudra juste un peu plus de courage à ceux qui agissent chaque jour au ras des humains.
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Réplique
Faut-il s'étonner ou se désoler de voir Roméo Bouchard confondre ainsi la condition véritable des paysans québécois de son mouvement et celle, dite «équitable», de producteurs de café de l'hémisphère sud? Loin de prendre en compte les critiques adressées à la pensée de gestionnaires dont Laure Waridel se fait la porte-parole, M. Bouchard me chicane plutôt pour ne pas avoir parlé de Wal-Mart ou de Monsanto. Je l'aurais bien sûr fait volontiers si cela avait été mon propos.
Une partie de la gauche mondiale remet déjà fortement en cause la validité de l'approche dite équitable. J'estime tout simplement qu'il doit aussi être possible au Québec de présenter les limites de cette pensée dans une critique publique et raisonnable.
Jean-François Nadeau
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