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    Des barrages laissés presque sans surveillance

    Hydro-Québec n’a pu empêcher la diffusion d’un reportage montrant de sérieuses failles dans la sécurité

    16 février 2005 |Paul Cauchon
    Le barrage Daniel-Johnson, sur la Manicouagan. Un journaliste de la SRC a pu se promener sur cet ouvrage gigantesque sans être importuné.
    Photo: Le barrage Daniel-Johnson, sur la Manicouagan. Un journaliste de la SRC a pu se promener sur cet ouvrage gigantesque sans être importuné.
    La télévision de Radio-Canada a démontré hier qu’on pouvait se promener au coeur des installations les plus stratégiques d’Hydro-Québec avec une facilité déconcertante.

    Un journaliste de la télévision publique, Christian Latreille, a en effet circulé librement sur le barrage Daniel-Johnson, à La Manic, et au coeur de la centrale LG-2 à la baie James sans rencontrer âme qui vive, constatant même l’absence de caméras de surveillance. Il aurait pu détruire sans aucun problème une partie des installations avec des explosifs.
    Hydro-Québec avait tout fait pour tenter de bloquer ce reportage dévastateur, qui devait d’abord être diffusé lundi soir, mais la société publique avait demandé une injonction pour en empêcher la diffusion.
    Le reportage a été tourné la semaine dernière et la direction de Radio-Canada a décidé de le montrer aux représentants d’Hydro-Québec afin d’obtenir une réaction du p.-d.g. de la société, André Caillé, qui était invité au Point lundi soir.
    Au lieu d’accepter l’invitation, les représentants du service des communications d’Hydro-Québec qui avaient vu les images ont informé Radio-Canada qu’ils demandaient une intervention judiciaire pour en empêcher la diffusion.
    Dans sa demande d’injonction, Hydro-Québec a soutenu que la diffusion des reportages représenterait un danger pour ses installations et un danger pour la sécurité nationale, en plus de «causer un préjudice sérieux et irréparable à son image».
    Après avoir entendu les parties hier, la Cour supérieure du Québec a rejeté la demande d’injonction en début de soirée au nom de l’intérêt public. Radio-Canada et RDI ont commencé la diffusion du reportage peu après 18 heures.
    Le journaliste se demandait si Hydro-Québec avait mis en place des mesures de sécurité spéciales à la suite des attentats du 11 septembre 2001. La réponse à cette question laisse bouche bée. L’équipe de tournage s’est en effet promenée librement sur le barrage Daniel-Johnson et dans la centrale électrique à La Manic, ainsi qu’à LG-2, pénétrant au coeur de la centrale, ne rencontrant aucun gardien de sécurité, enjambant des barrières. Les portes de certaines installations n’étaient même pas verrouillées à clé. Aucun système d’alarme n’a été déclenché.
    En deux jours de tournage, le journaliste affirme avoir rencontré un seul employé d’Hydro-Québec lui ayant demandé ce qu’il faisait là.
    Peu après 18 heures hier soir, Hydro-Québec a émis un communiqué pour déclarer que les faits rapportés étaient «d’autant plus préoccupants» que, quatre jours avant le passage de Radio-Canada, soit du 1er au 4 février, la Direction sécurité industrielle d’Hydro-Québec, appuyée par des firmes externes, avait inspecté et vérifié les accès aux installations!
    Le président André Caillé s’est dit «troublé par les informations qui sont divulguées» et il a promis qu’une série de «mesures fermes visant à consolider la sécurité entourant [ses] installations seront mises en place».
    Cependant, interviewé au Téléjournal, hier soir, M. Caillé a laissé entendre que le reportage mené à LG-2 ressemblait à «une mise en scène pour montrer ce que pourrait être un éventuel problème de sécurité dans les installations d’Hydro-Québec.» M. Caillé se base sur des images captées par une caméra installée à l’entrée de la centrale Robert-Bourassa montrant le véhicule de Radio-Canada suivre un camion d’Hydro-Québec. N’eût été du passage des employés d’Hydro, les reporters n’auraient pu pénétrer dans la centrale dont les portes sont toujours fermées, a assuré M. Caillé, ajoutant que les installations d’Hydro-Québec sont maintenant surveillées «24 heures sur 24».
    Le p.-d. g. d’Hydro a toutefois reconnu que des images du reportage montraient «des choses inacceptables» et il a déclaré que l’ensemble des faits révélés font actuellement l’objet d’une enquête. «On fera le ménage qui est nécessaire, j’en prends l’engagement solennel», a-t-il dit.
    Avant même la diffusion du reportage, cette affaire faisait grand bruit. «Je pense qu’Hydro-Québec fait tout pour s’assurer de la sécurité», avait déclaré en après-midi le ministre de l’Énergie, Sam Hamad. D’ailleurs, la dernière visite que j’ai faite à Eastmain et l’avant-dernière visite à LG-2, j’ai vu beaucoup de gens de sécurité autour.» Mais Radio-Canada a révélé hier que le ministre était furieux d’apprendre lundi soir qu’Hydro-Québec tentait d’empêcher la diffusion du reportage.
    Après le Téléjournal d’hier soir, M. Hamad était moins catégorique, qualifiant certaines lacunes mises au jour «d’inacceptables» et promettant de demander des comptes à la société d’État.
    Pour sa part, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a indiqué «qu’on ne doit pas être capable d’entrer dans des barrages ou dans le contrôle des barrages sans avoir d’autorisation préalable, qu’on soit journaliste ou autrement».
    N’ayant pas encore vu le reportage, le ministre a ajouté que, s’il est vrai qu’on ne trouve pas de gardiens sur les lieux, «Hydro-Québec devra répondre de ces questions parce que, évidemment, Hydro-Québec est responsable de la sécurité de ses barrages».
    Hydro-Québec avait soutenu devant le tribunal que les informations contenues dans le reportage pouvaient inciter des hurluberlus, d’anciens employés mécontents ou d’autres personnes à commettre des actes de vandalisme.












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