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Les pays signataires de Kyoto réunis à Montréal à l'automne

Le budget fédéral ne dévoilera pas les éléments du plan canadien de lutte contre le réchauffement

Louis-Gilles Francoeur   16 février 2005 
Le ministre fédéral de l’Environnement, Stéphane Dion, s’est exprimé hier aux Communes sur la question du protocole de Kyoto. Il a déclaré que le plan canadien ne sera pas dévoilé dans le budget du 23 février mais dans les semaines qui suivr
Photo : Agence Reuters
Le ministre fédéral de l’Environnement, Stéphane Dion, s’est exprimé hier aux Communes sur la question du protocole de Kyoto. Il a déclaré que le plan canadien ne sera pas dévoilé dans le budget du 23 février mais dans les semaines qui suivr
Malgré la faible performance du Canada dans sa lutte aux changements climatiques, le gouvernement fédéral a accepté d'être l'hôte à Montréal en novembre prochain de la 11e Conférence des parties (COP-11) signataires du protocole de Kyoto, la première à se tenir après l'entrée en vigueur des règles qui régissent depuis minuit les réductions de gaz à effet de serre (GES) des 39 pays les plus développés de la planète, à l'exception des États-Unis.

L'annonce du choix de Montréal, qui a été préféré à Toronto et à Vancouver, sera faite ce matin en grande pompe à l'hôtel de ville par le premier ministre Paul Martin, accompagné du premier ministre québécois, Jean Charest, et des ministres fédéraux Stéphane Dion et John Efford, respectivement de l'Environnement et des Ressources naturelles, ainsi que du ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair.

La tenue de cette conférence à Montréal, qui réunira entre 6000 et 7000 délégués de pays signataires et d'ONG des quatre coins de la planète, ne semble pas modifier à ce moment-ci les stratégies fédérales et provinciales en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Hier, le ministre Dion précisait en effet que les règles du futur plan canadien de réduction n'apparaîtront pas dans le prochain budget fédéral, ce qui surprend d'autant plus que des sommes considérables sont en jeu. Et l'annonce du plan canadien se fera à une date qu'Ottawa n'ose pas encore déterminer officiellement car il n'arrive à aucun résultat dans certaines négociations névralgiques, comme celles en cours avec les constructeurs automobiles. Ces derniers refusent de réduire volontairement de 25 % la consommation de leurs véhicules de peur de se nuire dans leurs poursuites intentées contre la Californie, qui exige le même rendement énergétique.

En visite à l'université Carleton où un étudiant lui demandait si la conférence de Montréal servirait d'écran de fumée à la faiblesse du plan canadien de lutte aux changements climatiques, le ministre Dion répondait, selon la Presse canadienne: «Je n'aime pas prétendre à des réalisations. J'aime en faire. Je veux qu'on se souvienne de moi comme d'un talentueux bâtisseur [superb achiever]», a déclaré le ministre.

Du côté québécois, aucun nouveau plan de lutte contre le réchauffement climatique n'est annoncé, tout comme aucune entente ne lie encore Ottawa et Québec, pourtant la première province à avoir appuyé le gouvernement fédéral en vue de la ratification du protocole de Kyoto en 2002. Question sans doute d'annoncer les couleurs du gouvernement Charest, Québec a confirmé hier, veille de l'entrée en vigueur de Kyoto, son projet d'aller de l'avant avec le prolongement de l'autoroute 50 entre Lachute et Gatineau, un projet qui se conjugue avec celui de prolonger par une autre autoroute la 25 vers Laval.

Pour Steven Guilbeault, porte-parole de Greenpeace-Québec en matière de changements climatiques, «la conférence de Montréal pourrait bien être une manière de masquer la faible performance du Canada jusqu'à présent. Et aussi du Québec. Mais Ottawa doit comprendre que les groupes canadiens ne feront pas de quartier et, si c'est nécessaire, ils vont exposer très clairement la faiblesse de la stratégie canadienne à la communauté internationale. Si Ottawa se met, par contre, vraiment au travail, nous le dirons très clairement. Il reste huit mois au Canada pour faire la preuve qu'il peut passer de la parole aux actes, sinon il risque de perdre la face à cette occasion comme jamais.»

Pour Matthew Bramley, de l'Institut Pembina à Ottawa, la tenue de cette conférence au Canada apparaît comme un «signe encourageant car cela va mettre une réelle pression sur le gouvernement pour mettre en place un plan crédible: mais il est clair que le Canada joue sa crédibilité et qu'il doit en tenir compte».

L'entrée en vigueur, ce matin, du protocole de Kyoto a été rendue possible par la ratification récente de la Russie. Le protocole se donne comme objectif de réduire de 5,2 % sous le niveau de 1990, d'ici 2012, les émissions de GES annuelles, d'origine anthropique. L'Europe s'est engagée à réduire de 8 % ses émissions alors que les États-Unis, responsables de 25 % des émissions planétaires actuelles avec 4,5 % de la population mondiale, prenaient l'engagement de réduire les leurs de 7 %. Et le Canada, de 6 %. En décidant en 2001 de se soustraire aux règles du protocole, les États-Unis ont failli compromettre sa mise en oeuvre, mais ils n'y auront pas réussi en raison de l'exceptionnelle détermination de l'Union européenne et de ses alliés.

En effet, la règle d'application exigeait la ratification du traité par 55 pays, dont une partie des 39 pays développés représentant ensemble 55 % des émissions de ce groupe dont faisaient partie les États-Unis. Ces pays sont responsables historiquement du réchauffement climatique en raison de leur intense développement industriel. De leur côté, les pays en voie de développement, y compris ceux qui ont ratifié le protocole, sont exemptés de réduction jusqu'en 2012. Les négociations en vue de leur participation après 2012 ont démarré sur un mauvais pied au Brésil en décembre alors que les États-Unis et la Chine, les deux principales sources d'émissions de GES actuelles, faisaient littéralement avorter les pourparlers. La COP-11 de Montréal en décembre sera donc un rendez-vous d'autant plus critique que les signataires vont devoir commencer à se poser la question de l'après-Kyoto. Les États-Unis, responsables de 33 % des émissions globales depuis le début de l'ère industrielle, expliquent leur retrait du protocole par le fait que la Chine ne se voit présentement imposer aucune réduction de ses GES.

Pour l'économiste en chef du mouvement Desjardins, Gilles Soucy, la pression économique exercée par les 39 pays liés par le protocole va influencer grandement l'évolution des marchés internationaux à moyen terme parce que les pays réfractaires aux réductions de leurs GES vont devenir progressivement des pays «délinquants», fussent-ils les États-Unis ou la Chine. Le système économique international, explique M. Soucy, s'est toujours policé à long terme pour mettre au pas ceux des pays qui pratiquent diverses formes de concurrence déloyale. Certes, dit-il, des changements de cet ordre vont prendre du temps, mais ils sont inéluctables.

«Ces questions, dit-il, vont confronter les pays qui vont vouloir produire en marge des règles que se donnent la majorité de la communauté internationale. Les enjeux de l'économie du carbone vont devenir des sujets d'affrontement devant l'OMC, de nouveaux enjeux de négociation, comme le dossier agricole en est devenu un. Il n'est pas impensable dans un tel contexte d'imaginer que, même avec la force qu'on leur connaît, les États-Unis ou la Chine pourraient se retrouver isolés par l'Europe et leurs puissants et nombreux alliés.»

Mais les États-Unis, poursuit l'économiste, pourraient changer d'attitude beaucoup plus rapidement que d'autres pays parce que, chez eux, «il y a beaucoup de gens qui veulent prendre le train de Kyoto et l'administration Bush n'est pas éternelle», explique Gilles Soucy, et les multinationales américaines ont intérêt à ne pas se marginaliser sur la scène internationale si elles veulent conserver tous leurs marchés.

En réalité, les États-Unis, qui perdent, comme beaucoup d'autres pays, plusieurs industries polluantes au profit de pays émergents comme la Chine, vont pouvoir se retourner d'autant plus facilement que leur économie est déjà fortement axée vers les technologies du savoir. Et ils peuvent atteindre leurs objectifs de réduction en réduisant simplement l'usage des gros véhicules et en produisant leur électricité de manière moins polluante qu'avec le charbon.
 
 
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