Le protocole de Kyoto - L'humanité à une croisée des chemins
Pierre Dansereau - Professeur émérite à l'Institut des sciences de l'environnement de l'Université du Québec à Montréal
16 février 2005
De plus en plus de scientifiques tirent la sonnette d'alarme pour avertir l'humanité que nous devons changer fondamentalement notre développement car les limites écologiques de la Terre vont bientôt être dépassées. En 1992, c'étaient 1600 scientifiques, dont 102 lauréats du prix Nobel, qui avaient lancé un tel avertissement. Il y a quelques semaines, ce sont des chercheurs sur les changements climatiques qui ont prévenu l'humanité qu'un seuil de la concentration de CO2 dans l'atmosphère pourrait être franchi d'ici dix ans, entraînant une accélération irréversible des changements climatiques.
Tout cela est on ne peut plus clair: la croissance économique actuelle pousse vers l'effondrement des ressources renouvelables (forêts, poissons, terres arables) nécessaires au développement de l'humanité et des perturbations majeures des écosystèmes planétaires avec les changements climatiques, la contamination des eaux, des sols, des océans et de l'air.
Il faut nous engager sur la voie d'un développement durable de nos sociétés et de nos richesses collectives où on respecte les limites écologiques de la planète, les limites sociales des communautés et les limites économiques des marchés une fois internalisés les coûts sociaux et écologiques. Et cela est possible si nous parvenons à neutraliser les forces conservatrices pour le maintien du statu quo qui se manifestent par les puissants lobbys auprès des gouvernements.
Le retard dans la mise en place de l'accord de Kyoto et la réduction au Canada des objectifs de l'accord est une manifestation évidente de ces forces conservatrices.
Un nouveau contrat social
Si nous sommes incapables de passer à un développement durable des richesses planétaires, nous, nos enfants et nos petits-enfants vivrons un effondrement de nos qualités de vie et un retour au Moyen Âge, et ce, pour des siècles, c'est-à-dire jusqu'à ce que la nature retrouve un nouvel équilibre de l'écosystème terrestre.
Pour neutraliser ces forces conservatrices du statu quo, nos sociétés doivent s'engager, avec un nouveau contrat social, à changer leurs habitudes de consommation et leurs modes de production. Il s'agit d'un contrat social dans lequel nous déterminerons le partage des responsabilités entre les citoyens, les entreprises et l'État afin de nous engager sur la voie du développement durable. [...] Ce contrat social, en reformulant les balises fondamentales pour le développement de nos sociétés, pourra contrer le poids des forces conservatrices car les intérêts collectifs à long terme pourront ainsi être pris en compte, et non plus seulement les groupes d'intérêts socioéconomiques.
Mais la réalisation du contrat social doit être accompagnée d'un processus politique de droit de veto de la population sur les choix de société pris par l'État. De manière plus générale, l'instauration de processus de démocratie participative devrait venir compléter notre démocratie représentative actuelle, qui est en perte de légitimité, comme le reflète la diminution de la participation aux élections.
La consommation
Il nous faut alors réfléchir ensemble sur différents aspects du développement de notre société pour se demander comment faire autrement et s'y engager. Un des aspects à retenir porte sur notre consommation, dans les pays riches, des richesses planétaires, c'est-à-dire les ressources naturelles, les capitaux, les richesses culturelles et les richesses humaines.
À l'heure actuelle, 20 % de la population planétaire, celle des pays riches, accapare 80 % des richesses planétaires. Les quatre cinquièmes de l'humanité n'ont accès qu'à 20 % des richesses planétaires pour survivre. De là, évidemment, de plus en plus de tensions dans le monde: terrorisme, guerre au terrorisme, guerre du pétrole, guerre de l'eau.
Vivants dans un pays riche, pourrions-nous nous donner comme objectif de réduire de 50 % d'ici 20 ans notre consommation des richesses planétaires afin de réduire notre empreinte écologique sur la planète et permettre aux pays pauvres de mieux satisfaire leurs besoins fondamentaux et d'accroître leur qualité de vie? Un tel engagement à réduire de moitié la part des richesses planétaires que nous accaparons, s'il est appliqué par l'ensemble des pays riches, permettra à 80 % de l'humanité de tripler sa part des richesses planétaires, et ce, sans passer par le recours aux armes.
Durant cette transition d'une vingtaine d'années, nous devrons imaginer d'autres modes de vie que l'American way of life, des modes de vie à partir desquels nos enfants pourront faire d'autres pas pour atteindre l'équité dans le partage des richesses planétaires entre les nations riches et les nations pauvres. Nous pourrions atteindre un tel objectif par cinq moyens:
- en enrayant la surconsommation et le gaspillage;
- en réparant, réutilisant et recyclant nos déchets domestiques et industriels;
- en réduisant notre rythme de vie;
- en libérant notre économie de sa dépendance au pétrole;
- en produisant, consommant et vivant mieux avec moins.
Les inventeurs et les chercheurs du Québec pourraient être mis à contribution pour trouver des solutions technologiques et mettre le Québec et ses entreprises à l'avant-garde technologique des pays riches.
Création d'emplois
Des milliers d'emplois seront créés lors de l'implantation des multiples mesures pour atteindre un tel objectif. Un partage plus équitable du travail permettrait également de ralentir le rythme de vie de notre société. De nombreuses personnes pourraient participer à donner plus de services à la communauté et ainsi contribuer à son enrichissement collectif en créant du travail tout en réduisant sa consommation de richesses planétaires.
En plus des PME québécoises, un bon nombre d'entreprises multinationales, déjà engagées sur la voie du développement durable, trouveront un lieu où leurs investissements participeront à un virage durable d'une société nord-américaine et prendront le leadership mondial dans ce virage tant souhaité vers un développement durable de l'humanité. [...]
Une éducation permanente de la population sur les limites écologiques, sociales et économiques à respecter pour un développement durable, en plus d'instaurer une démocratie cognitive, permettrait de prendre collectivement de plus sages décisions et d'instaurer une société du savoir, voire une économie du savoir exportable partout dans le monde sans brûler de pétrole.
L'engagement à ne laisser tomber personne dans le trou de la pauvreté serait un autre pilier de ce nouveau contrat social. La dynamique ainsi générée permettrait d'améliorer la qualité de vie de tous et l'épanouissement de chacun. Des transports en commun gratuits permettraient aux plus démunis et à la classe moyenne d'améliorer significativement leur qualité de vie en n'ayant plus à se procurer de véhicule pour aller travailler. Le secteur de l'activité automobile pourrait être remplacé en partie par celui des transports en commun électrifié. Les chauffeurs de camion pourraient devenir des chauffeurs de véhicules de transport collectif.
Nous invitons la population québécoise à envisager un tel virage et à en débattre publiquement afin que nos enfants et nos petits-enfants puissent retrouver un espoir en l'avenir plutôt que de blâmer les personnes aux commandes d'avoir sacrifié leur avenir, aveuglées par les mirages de la croissance économique actuelle. Allons-nous attendre le tsunami écologique prévu pour déferler sur la Terre d'ici quelques décennies pendant que nous sommes étendus sur nos plages d'indifférence?
Tout cela est on ne peut plus clair: la croissance économique actuelle pousse vers l'effondrement des ressources renouvelables (forêts, poissons, terres arables) nécessaires au développement de l'humanité et des perturbations majeures des écosystèmes planétaires avec les changements climatiques, la contamination des eaux, des sols, des océans et de l'air.
Il faut nous engager sur la voie d'un développement durable de nos sociétés et de nos richesses collectives où on respecte les limites écologiques de la planète, les limites sociales des communautés et les limites économiques des marchés une fois internalisés les coûts sociaux et écologiques. Et cela est possible si nous parvenons à neutraliser les forces conservatrices pour le maintien du statu quo qui se manifestent par les puissants lobbys auprès des gouvernements.
Le retard dans la mise en place de l'accord de Kyoto et la réduction au Canada des objectifs de l'accord est une manifestation évidente de ces forces conservatrices.
Un nouveau contrat social
Si nous sommes incapables de passer à un développement durable des richesses planétaires, nous, nos enfants et nos petits-enfants vivrons un effondrement de nos qualités de vie et un retour au Moyen Âge, et ce, pour des siècles, c'est-à-dire jusqu'à ce que la nature retrouve un nouvel équilibre de l'écosystème terrestre.
Pour neutraliser ces forces conservatrices du statu quo, nos sociétés doivent s'engager, avec un nouveau contrat social, à changer leurs habitudes de consommation et leurs modes de production. Il s'agit d'un contrat social dans lequel nous déterminerons le partage des responsabilités entre les citoyens, les entreprises et l'État afin de nous engager sur la voie du développement durable. [...] Ce contrat social, en reformulant les balises fondamentales pour le développement de nos sociétés, pourra contrer le poids des forces conservatrices car les intérêts collectifs à long terme pourront ainsi être pris en compte, et non plus seulement les groupes d'intérêts socioéconomiques.
Mais la réalisation du contrat social doit être accompagnée d'un processus politique de droit de veto de la population sur les choix de société pris par l'État. De manière plus générale, l'instauration de processus de démocratie participative devrait venir compléter notre démocratie représentative actuelle, qui est en perte de légitimité, comme le reflète la diminution de la participation aux élections.
La consommation
Il nous faut alors réfléchir ensemble sur différents aspects du développement de notre société pour se demander comment faire autrement et s'y engager. Un des aspects à retenir porte sur notre consommation, dans les pays riches, des richesses planétaires, c'est-à-dire les ressources naturelles, les capitaux, les richesses culturelles et les richesses humaines.
À l'heure actuelle, 20 % de la population planétaire, celle des pays riches, accapare 80 % des richesses planétaires. Les quatre cinquièmes de l'humanité n'ont accès qu'à 20 % des richesses planétaires pour survivre. De là, évidemment, de plus en plus de tensions dans le monde: terrorisme, guerre au terrorisme, guerre du pétrole, guerre de l'eau.
Vivants dans un pays riche, pourrions-nous nous donner comme objectif de réduire de 50 % d'ici 20 ans notre consommation des richesses planétaires afin de réduire notre empreinte écologique sur la planète et permettre aux pays pauvres de mieux satisfaire leurs besoins fondamentaux et d'accroître leur qualité de vie? Un tel engagement à réduire de moitié la part des richesses planétaires que nous accaparons, s'il est appliqué par l'ensemble des pays riches, permettra à 80 % de l'humanité de tripler sa part des richesses planétaires, et ce, sans passer par le recours aux armes.
Durant cette transition d'une vingtaine d'années, nous devrons imaginer d'autres modes de vie que l'American way of life, des modes de vie à partir desquels nos enfants pourront faire d'autres pas pour atteindre l'équité dans le partage des richesses planétaires entre les nations riches et les nations pauvres. Nous pourrions atteindre un tel objectif par cinq moyens:
- en enrayant la surconsommation et le gaspillage;
- en réparant, réutilisant et recyclant nos déchets domestiques et industriels;
- en réduisant notre rythme de vie;
- en libérant notre économie de sa dépendance au pétrole;
- en produisant, consommant et vivant mieux avec moins.
Les inventeurs et les chercheurs du Québec pourraient être mis à contribution pour trouver des solutions technologiques et mettre le Québec et ses entreprises à l'avant-garde technologique des pays riches.
Création d'emplois
Des milliers d'emplois seront créés lors de l'implantation des multiples mesures pour atteindre un tel objectif. Un partage plus équitable du travail permettrait également de ralentir le rythme de vie de notre société. De nombreuses personnes pourraient participer à donner plus de services à la communauté et ainsi contribuer à son enrichissement collectif en créant du travail tout en réduisant sa consommation de richesses planétaires.
En plus des PME québécoises, un bon nombre d'entreprises multinationales, déjà engagées sur la voie du développement durable, trouveront un lieu où leurs investissements participeront à un virage durable d'une société nord-américaine et prendront le leadership mondial dans ce virage tant souhaité vers un développement durable de l'humanité. [...]
Une éducation permanente de la population sur les limites écologiques, sociales et économiques à respecter pour un développement durable, en plus d'instaurer une démocratie cognitive, permettrait de prendre collectivement de plus sages décisions et d'instaurer une société du savoir, voire une économie du savoir exportable partout dans le monde sans brûler de pétrole.
L'engagement à ne laisser tomber personne dans le trou de la pauvreté serait un autre pilier de ce nouveau contrat social. La dynamique ainsi générée permettrait d'améliorer la qualité de vie de tous et l'épanouissement de chacun. Des transports en commun gratuits permettraient aux plus démunis et à la classe moyenne d'améliorer significativement leur qualité de vie en n'ayant plus à se procurer de véhicule pour aller travailler. Le secteur de l'activité automobile pourrait être remplacé en partie par celui des transports en commun électrifié. Les chauffeurs de camion pourraient devenir des chauffeurs de véhicules de transport collectif.
Nous invitons la population québécoise à envisager un tel virage et à en débattre publiquement afin que nos enfants et nos petits-enfants puissent retrouver un espoir en l'avenir plutôt que de blâmer les personnes aux commandes d'avoir sacrifié leur avenir, aveuglées par les mirages de la croissance économique actuelle. Allons-nous attendre le tsunami écologique prévu pour déferler sur la Terre d'ici quelques décennies pendant que nous sommes étendus sur nos plages d'indifférence?
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

