Assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri
Photo : Agence Reuters
Une épaisse fumée noire et des flammes hautes de plusieurs mètres se sont élevées hier sur le front de mer de Beyrouth, à la suite de l’attentat qui a coûté la vie à l’ancien premier ministre libanais, Rafic Hariri.
Beyrouth — Rafic Hariri, ancien premier ministre et milliardaire libanais âgé de 60 ans, a été tué hier dans un attentat vraisemblablement perpétré à la voiture piégée à Beyrouth, qui a fait au moins neuf autres morts et une centaine de blessés, selon une source hospitalière.
Le cortège automobile d'Hariri, qui avait démissionné du poste de premier ministre il y a quatre mois, a été soufflé sur la corniche du front de mer après qu'il eut participé à une réunion du Parlement consacrée aux prochaines législatives. Un ex-ministre de l'Économie, Basile Fouleihane, est au nombre des quelque 135 personnes blessées dans l'attentat. Son état est jugé critique.
Rafic Hariri, un des principaux responsables de l'opposition libanaise qui bénéficiait d'une grande notoriété internationale, a été évacué, peu après l'explosion, vers un service de soins intensifs de l'hôpital de l'Université américaine de Beyrouth, mais il était déjà mort à son arrivée, son corps déchiqueté, selon un employé de cet hôpital. Cet attentat, perpétré dans un quartier résidentiel situé près du front de mer où se trouvent plusieurs grands hôtels, s'inscrit dans un contexte de fortes tensions politiques au Liban et en Syrie, deux pays actuellement soumis à de fortes pressions américaines et internationales. Il survient pendant que le Liban se prépare à tenir des élections législatives au printemps et que la Syrie est régulièrement accusée par les États-Unis de soutenir le terrorisme.
Une épaisse colonne de fumée noire s'élevait des lieux de l'explosion et des flammes de plusieurs mètres de haut empêchaient les gens d'approcher des victimes dans les voitures en feu. L'actuel premier ministre libanais, Omar Karamé, s'est rendu sur les lieux, de même que des députés qui ont interrompu une séance du Parlement, selon les télévisions libanaises. Des pans de mur de bâtiments du quartier ont été totalement détruits. L'explosion a ouvert un cratère de plusieurs mètres dans la chaussée.
Réagissant à la mort de M. Hariri, le président syrien, Bachar al-Assad, a dénoncé un «terrible acte criminel». «Le gouvernement et le peuple syriens se placent aux côtés du Liban frère dans cette situation dangereuse et adressent à la famille de M. Hariri ainsi qu'aux familles des [autres] victimes leurs sincères condoléances», a ajouté le président syrien, cité par l'agence officielle syrienne Sana.
L'explosion a provoqué d'énormes dégâts et laissé dans la rue des corps calcinés et des véhicules en feu. Elle a eu lieu en milieu de journée dans un secteur bondé à ce moment-là.
Rafic Hariri avait démissionné début octobre. Musulman sunnite, il avait fait fortune en Arabie Saoudite avant de se passionner pour la politique et d'accéder au pouvoir au Liban pour la première fois en 1992.
M. Hariri, qui avait formé cinq gouvernements entre 1992 et 2004, s'était accommodé tant bien que mal des règles du jeu imposées par Damas, qui exerce sur son petit voisin occidental une influence sans partage et y maintient toujours quelque 15 000 soldats.
Mobilisation générale
Pendant que la police perquisitionnait le domicile d'un Palestinien, le commandement de l'armée libanaise a annoncé avoir décrété la mobilisation générale et pris des mesures dans plusieurs régions pour «sauvegarder la stabilité» après l'assassinat d'Hariri. «L'armée a pris des mesures préventives dans diverses régions afin de sauvegarder la stabilité et a fait circuler des patrouilles dans les rues de la capitale et d'autres régions en érigeant des barrages et des points de contrôle», peut-on lire dans un communiqué de l'armée.
La police a perquisitionné le domicile d'un Palestinien à Beyrouth. «Les forces de l'ordre ont perquisitionné hier soir le domicile familial d'Ahmed Abou Adas dans le quartier de Tarik Jdidé, qui avait quitté son appartement depuis le matin, et n'ont trouvé qu'un ordinateur sur les lieux», a-t-on indiqué de source sécuritaire libanaise.
Le nom de ce Palestinien est le même que celui cité un peu plus tôt par la chaîne de télévision satellitaire al-Jazira, qui a diffusé, en soirée, un enregistrement vidéo dans lequel un groupe jusque-là inconnu revendique l'attentat.
Le groupe, qui se fait appeler An-Nosra wal Jihad fi Bilad el-Cham (La victoire et le djihad en Grande Syrie), ne donne aucune preuve tangible attestant la véracité de cette revendication.
La vidéo montre un jeune qui affirme que l'attentat a été mené par Ahmed Abou Adas contre Rafic Hariri «en raison de ses relations avec les autorités saoudiennes».
«Pour venger nos frères moudjahidines dans le pays des deux Haramaïn [les deux saintes mosquées à La Mecque et à Médine, en Arabie Saoudite], qui ont été tués par les forces de sécurité du régime saoudien, nous avons décidé d'infliger le châtiment équitable à l'agent et au vil instrument de ce régime en Grande Syrie», dit le jeune homme. «Cette opération martyre est le préambule de nos nombreuses autres opérations contre les infidèles, les apostats et les tyrans en Grande Syrie.»
Condamnation
Washington a condamné l'attentat en soulignant que le Liban devait pouvoir assumer son avenir politique «affranchi de la violence et de l'intimidation et affranchi de l'occupation syrienne». La Maison-Blanche entend consulter les membres du Conseil de sécurité de l'ONU au sujet d'éventuelles mesures punitives contre les responsables de la mort d'Hariri.
Les 15 membres du Conseil de sécurité avaient l'intention de se réunir hier pour discuter de la situation au Liban et de la résolution exigeant le retrait des troupes syriennes du pays.
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a pour sa part formulé l'espoir que l'attentat ne relancerait pas la guerre civile. «Il est impératif que la situation déjà fragile dans la région ne soit pas davantage déstabilisée», a déclaré Fred Eckhard, porte-parole d'Annan.
Des dirigeants de l'opposition libanaise, dont le chef druze Walid Joumblatt et l'ex-président chrétien Amine Gemayel, ont imputé la responsabilité de l'attentat aux autorités syriennes et libanaises et ont exigé la démission du gouvernement. Ils réclament aussi le retrait des forces syriennes du Liban avant les législatives et lancent un appel à une grève de trois jours.
Hariri, homme d'affaires sunnite âgé de 60 ans qui restait influent sur le plan politique, s'était joint récemment aux appels lancé par l'opposition en faveur d'un retrait syrien du Liban. Il avait fait fortune dans le bâtiment en Arabie Saoudite, pays où il a vécu une vingtaine d'années et dont il avait la nationalité.
La Syrie, dont le soutien au président Émile Lahoud avait poussé Hariri à la démission en octobre, a dénoncé un «acte de terrorisme [...] visant à déstabiliser» le Liban. Elle l'a situé dans le contexte des «intenses pressions internationales», exercées notamment par les États-Unis et la France, pour amener Damas à ne plus s'ingérer dans les affaires libanaises.
À Beyrouth, Lahoud a appelé son gouvernement à une réunion d'urgence après l'attentat. Dans un entretien téléphonique avec le président libanais, le président syrien, Bachar al-Assad, a souligné que tout devait être fait pour en retrouver les auteurs, rapporte l'agence officielle syrienne Sana.
Accusant Damas d'être à l'origine de la mort d'Hariri, des manifestants ont brûlé à Beyrouth un portrait du président Assad devant un bureau de la branche libanaise du parti au pouvoir en Syrie. Selon des témoins, des dizaines de manifestants ont mis le feu à des pneus et au portrait et ont criblé de pierres le bâtiment.
La France a condamné «ce crime avec la plus grande fermeté» et a réclamé l'ouverture d'une «enquête internationale [...] pour déterminer les circonstances et les responsabilités de cette tragédie», a fait savoir l'Élysée.
Les obsèques d'Hariri auront lieu demain et le gouvernement a décrété un deuil national de trois jours.
Le cortège automobile d'Hariri, qui avait démissionné du poste de premier ministre il y a quatre mois, a été soufflé sur la corniche du front de mer après qu'il eut participé à une réunion du Parlement consacrée aux prochaines législatives. Un ex-ministre de l'Économie, Basile Fouleihane, est au nombre des quelque 135 personnes blessées dans l'attentat. Son état est jugé critique.
Rafic Hariri, un des principaux responsables de l'opposition libanaise qui bénéficiait d'une grande notoriété internationale, a été évacué, peu après l'explosion, vers un service de soins intensifs de l'hôpital de l'Université américaine de Beyrouth, mais il était déjà mort à son arrivée, son corps déchiqueté, selon un employé de cet hôpital. Cet attentat, perpétré dans un quartier résidentiel situé près du front de mer où se trouvent plusieurs grands hôtels, s'inscrit dans un contexte de fortes tensions politiques au Liban et en Syrie, deux pays actuellement soumis à de fortes pressions américaines et internationales. Il survient pendant que le Liban se prépare à tenir des élections législatives au printemps et que la Syrie est régulièrement accusée par les États-Unis de soutenir le terrorisme.
Une épaisse colonne de fumée noire s'élevait des lieux de l'explosion et des flammes de plusieurs mètres de haut empêchaient les gens d'approcher des victimes dans les voitures en feu. L'actuel premier ministre libanais, Omar Karamé, s'est rendu sur les lieux, de même que des députés qui ont interrompu une séance du Parlement, selon les télévisions libanaises. Des pans de mur de bâtiments du quartier ont été totalement détruits. L'explosion a ouvert un cratère de plusieurs mètres dans la chaussée.
Réagissant à la mort de M. Hariri, le président syrien, Bachar al-Assad, a dénoncé un «terrible acte criminel». «Le gouvernement et le peuple syriens se placent aux côtés du Liban frère dans cette situation dangereuse et adressent à la famille de M. Hariri ainsi qu'aux familles des [autres] victimes leurs sincères condoléances», a ajouté le président syrien, cité par l'agence officielle syrienne Sana.
L'explosion a provoqué d'énormes dégâts et laissé dans la rue des corps calcinés et des véhicules en feu. Elle a eu lieu en milieu de journée dans un secteur bondé à ce moment-là.
Rafic Hariri avait démissionné début octobre. Musulman sunnite, il avait fait fortune en Arabie Saoudite avant de se passionner pour la politique et d'accéder au pouvoir au Liban pour la première fois en 1992.
M. Hariri, qui avait formé cinq gouvernements entre 1992 et 2004, s'était accommodé tant bien que mal des règles du jeu imposées par Damas, qui exerce sur son petit voisin occidental une influence sans partage et y maintient toujours quelque 15 000 soldats.
Mobilisation générale
Pendant que la police perquisitionnait le domicile d'un Palestinien, le commandement de l'armée libanaise a annoncé avoir décrété la mobilisation générale et pris des mesures dans plusieurs régions pour «sauvegarder la stabilité» après l'assassinat d'Hariri. «L'armée a pris des mesures préventives dans diverses régions afin de sauvegarder la stabilité et a fait circuler des patrouilles dans les rues de la capitale et d'autres régions en érigeant des barrages et des points de contrôle», peut-on lire dans un communiqué de l'armée.
La police a perquisitionné le domicile d'un Palestinien à Beyrouth. «Les forces de l'ordre ont perquisitionné hier soir le domicile familial d'Ahmed Abou Adas dans le quartier de Tarik Jdidé, qui avait quitté son appartement depuis le matin, et n'ont trouvé qu'un ordinateur sur les lieux», a-t-on indiqué de source sécuritaire libanaise.
Le nom de ce Palestinien est le même que celui cité un peu plus tôt par la chaîne de télévision satellitaire al-Jazira, qui a diffusé, en soirée, un enregistrement vidéo dans lequel un groupe jusque-là inconnu revendique l'attentat.
Le groupe, qui se fait appeler An-Nosra wal Jihad fi Bilad el-Cham (La victoire et le djihad en Grande Syrie), ne donne aucune preuve tangible attestant la véracité de cette revendication.
La vidéo montre un jeune qui affirme que l'attentat a été mené par Ahmed Abou Adas contre Rafic Hariri «en raison de ses relations avec les autorités saoudiennes».
«Pour venger nos frères moudjahidines dans le pays des deux Haramaïn [les deux saintes mosquées à La Mecque et à Médine, en Arabie Saoudite], qui ont été tués par les forces de sécurité du régime saoudien, nous avons décidé d'infliger le châtiment équitable à l'agent et au vil instrument de ce régime en Grande Syrie», dit le jeune homme. «Cette opération martyre est le préambule de nos nombreuses autres opérations contre les infidèles, les apostats et les tyrans en Grande Syrie.»
Condamnation
Washington a condamné l'attentat en soulignant que le Liban devait pouvoir assumer son avenir politique «affranchi de la violence et de l'intimidation et affranchi de l'occupation syrienne». La Maison-Blanche entend consulter les membres du Conseil de sécurité de l'ONU au sujet d'éventuelles mesures punitives contre les responsables de la mort d'Hariri.
Les 15 membres du Conseil de sécurité avaient l'intention de se réunir hier pour discuter de la situation au Liban et de la résolution exigeant le retrait des troupes syriennes du pays.
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a pour sa part formulé l'espoir que l'attentat ne relancerait pas la guerre civile. «Il est impératif que la situation déjà fragile dans la région ne soit pas davantage déstabilisée», a déclaré Fred Eckhard, porte-parole d'Annan.
Des dirigeants de l'opposition libanaise, dont le chef druze Walid Joumblatt et l'ex-président chrétien Amine Gemayel, ont imputé la responsabilité de l'attentat aux autorités syriennes et libanaises et ont exigé la démission du gouvernement. Ils réclament aussi le retrait des forces syriennes du Liban avant les législatives et lancent un appel à une grève de trois jours.
Hariri, homme d'affaires sunnite âgé de 60 ans qui restait influent sur le plan politique, s'était joint récemment aux appels lancé par l'opposition en faveur d'un retrait syrien du Liban. Il avait fait fortune dans le bâtiment en Arabie Saoudite, pays où il a vécu une vingtaine d'années et dont il avait la nationalité.
La Syrie, dont le soutien au président Émile Lahoud avait poussé Hariri à la démission en octobre, a dénoncé un «acte de terrorisme [...] visant à déstabiliser» le Liban. Elle l'a situé dans le contexte des «intenses pressions internationales», exercées notamment par les États-Unis et la France, pour amener Damas à ne plus s'ingérer dans les affaires libanaises.
À Beyrouth, Lahoud a appelé son gouvernement à une réunion d'urgence après l'attentat. Dans un entretien téléphonique avec le président libanais, le président syrien, Bachar al-Assad, a souligné que tout devait être fait pour en retrouver les auteurs, rapporte l'agence officielle syrienne Sana.
Accusant Damas d'être à l'origine de la mort d'Hariri, des manifestants ont brûlé à Beyrouth un portrait du président Assad devant un bureau de la branche libanaise du parti au pouvoir en Syrie. Selon des témoins, des dizaines de manifestants ont mis le feu à des pneus et au portrait et ont criblé de pierres le bâtiment.
La France a condamné «ce crime avec la plus grande fermeté» et a réclamé l'ouverture d'une «enquête internationale [...] pour déterminer les circonstances et les responsabilités de cette tragédie», a fait savoir l'Élysée.
Les obsèques d'Hariri auront lieu demain et le gouvernement a décrété un deuil national de trois jours.
Haut de la page

