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Budget: Harper du côté de Martin

Alec Castonguay   15 février 2005 
Ottawa — À moins d'une gaffe monumentale de leur part, les libéraux fédéraux passeront avec succès la très délicate épreuve du budget sans même avoir à faire de compromis majeur. Plusieurs sources de tous les partis politiques ont confirmé au Devoir que les conservateurs de Stephen Harper ont mis en place une stratégie d'abstention visant à laisser la voie libre au gouvernement minoritaire de Paul Martin, question d'éviter qu'il ne soit défait lors de ce vote de confiance.

Le cabinet fantôme du Parti conservateur, qui compte une quarantaine de députés, voterait contre le budget présenté dans une semaine, comme l'opposition officielle l'a toujours fait historiquement. Mais, ensuite, en fonction de l'appui que le Parti libéral aura réussi à obtenir du Bloc québécois et du NPD, les conservateurs demanderont à un nombre suffisant de leurs députés de s'abstenir de voter pour que le budget passe la rampe sans anicroche.

«Nous allons nous opposer au budget, mais nous ne voulons pas faire tomber le gouvernement. Les Canadiens ne veulent pas aller en élections tout de suite», a confirmé au Devoir une source conservatrice haut placée. Pour que les conservateurs changent ce plan plutôt inusité, il faudrait de grosses gaffes de la part des libéraux, comme une hausse d'impôt et de taxes, ou encore le retour au déficit. Deux situations impensables en raison des plantureux surplus fédéraux.

Dans les derniers jours, plusieurs stratèges et députés conservateurs ont confirmé cette stratégie à des lobbyistes d'Ottawa. Bob Mills, le critique du parti en matière d'environnement, a donné le même son de cloche à la Coalition pour un budget vert, un organisme qui milite en faveur d'un budget fédéral respectant l'accord de Kyoto.

Ce stratagème conservateur, qui aide les libéraux à traverser cette dure épreuve pour un gouvernement minoritaire, a semé la zizanie dans les rangs de l'opposition à la Chambre des communes. Selon nos informations, le plan du PC a soulevé la colère de Gilles Duceppe et de Jack Layton. C'est que les deux partis tentent d'arracher des concessions importantes aux libéraux en échange de leur appui au budget.

«Là, le Parti libéral sait qu'il n'a plus besoin de l'appui d'un parti d'opposition pour faire accepter son budget. Ça enlève les munitions de tout le monde!», a lancé, exaspérée, une source au sein du NPD. Selon cette source, les conservateurs «ne veulent pas s'assumer», ce qui choque les autres partis d'opposition.

Au Bloc québécois, «on s'explique mal» cette stratégie du PC, précisant toutefois qu'elle pourrait encore changer en fonction de ce qui sera véritablement contenu dans le budget. D'ailleurs, Gilles Duceppe et Stephen Harper ont tenu une rencontre privée mercredi dernier pour discuter de cette épineuse question. Rien n'a filtré de leur rencontre. Une source a affirmé que rien ne changeait dans la stratégie du Bloc, qui attend de voir si ses demandent seront comblées avant de juger si le budget devrait être appuyé ou non.

Le Bloc québécois exige de la part des libéraux des premiers pas importants sur le déséquilibre fiscal et l'assurance emploi, alors que le NPD demande de grands efforts en environnement pour appuyer le budget. Il semble que cette dernière condition sera remplie par le PLC. Les conservateurs, eux, demandent toujours une réduction d'impôt pour les familles à plus faibles revenus.

Hier, l'attaché de presse de Stephen Harper, Dimitri Soudas, a nié une information de la chaîne de télévision CTV, qui affirmait, en fin de semaine, que le Parti conservateur et les libéraux avaient fait un pacte sur le budget. Les libéraux auraient consenti une légère baisse d'impôt en échange de l'abstention de plusieurs députés conservateurs au vote sur le budget. «Il n'y a aucun pacte, on attend de voir le budget de Ralph Goodale. Il n'y a pas eu de discussions entre Stephen Harper et Paul Martin sur le budget», a dit Dimitri Soudas.

Le Parti libéral compte 132 députés qui peuvent voter, contre 99 pour les conservateurs, 54 pour le Bloc et 19 pour le NPD. La majorité pour faire passer le budget est de 155 députés.

Sondage défavorable

Selon un sondage Toronto Star-Ekos paru hier, les conservateurs n'ont effectivement pas intérêt à retourner en élection dans les prochaines semaines. Le débat sur les mariages gais a fait perdre des plumes au parti de Stephen Harper, ce qui place les libéraux à la limite de former un gouvernement majoritaire.

Fait auprès de 1046 Canadiens avec une marge d'erreur de 3 % 19 fois sur 20, le coup de sonde montre que les électeurs auraient voté pour les libéraux dans une proportion de 40 %, contre 37 % en juin dernier. Le Parti conservateur a perdu 4 % depuis le scrutin, glissant à 26 % dans les intentions de vote. Le NPD, lui, tient la forme à 19 %, soit 3 % de plus qu'en juin.

Par contre, au Québec, la popularité du Bloc ne fléchit pas. Malgré une marge d'erreur plus grande dans la province, les libéraux sont 13 % en retard sur la formation souverainiste, qui caracole en tête avec 45 % des intentions de vote. Avec une élection demain matin, le scénario du dernier scrutin se reproduirait au Québec, ce qui obligerait fort probablement les libéraux à gouverner avec une minorité à la Chambre des communes.

Le budget fédéral sera déposé le mercredi 23 février prochain, avec un vote sur son contenu qui n'est pas attendu avant le milieu du mois de mars, soit après les très importants congrès conservateur et libéral qui se tiendront coup sur coup, au début du mois prochain.






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