Six nouveaux parcs au Québec : touchons du bois !
Guy Bussière - Ex-directeur des parcs du Québec
20 août 2002
Il y a quelques semaines, le ministre de l'Environnement, M. Boisclair, déposait un plan d'action stratégique faisant état des premiers résultats de la vaste stratégie québécoise sur les aires protégées. Le document annonce la mise en réserve de 11 sites compris dans deux des 13 provinces naturelles du Québec pour une superficie de 13 000 kilomètres carrés. Éventuellement, ces 11 sites recevront un statut définitif et deviendront des aires protégées en bonne et due forme. Le document fait aussi état de la création éventuelle de six nouveaux parcs pour une superficie d'environ 19 000 kilomètres carrés.
Depuis quelques années, le discours sur les aires protégées découle en gros du rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et sur le développement et des travaux du Sommet de la Terre de Rio, tenu en 1992. Du premier est né un chiffre, parfaitement arbitraire: chaque pays ou province devrait conserver à l'état plus ou moins naturel 12 % de son territoire. Depuis lors, le Québec s'est donné comme objectif de préserver «juridiquement» 8 % de son territoire. Il y a quelques années à peine, ce pourcentage s'établissait à moins de 1 %. D'un trait de plume, il est passé à 2,9 % lors de la délimitation de deux immenses territoires dans le nord affectés, je crois, à la protection des aires occupées par les caribous durant les diverses périodes annuelles de vêlage, d'hibernation ou de migration et de la désignation non moins subite de la totalité de l'île d'Anticosti à titre d'aire protégée. Le tout serait conforme aux critères «internationaux».
De plus, cette performance n'a rien coûté. Le gouvernement sera sans doute tenté de la répéter! L'Ontario a fait la même chose, améliorant elle aussi son score en matière d'espaces protégés. Cela lui a valu les félicitations de nos environnementalistes qui aiment bien citer les performances de notre voisine pour mettre de la pression sur Québec. La récente déclaration du ministre ajoute, du moins virtuellement, une superficie additionnelle de 32 000 kilomètres carrés, ce qui fera passer le total à 80 000 kilomètres carrés, soit environ 5 % de la superficie totale de la province. Ne boudons pas notre plaisir!
Et gardons à l'esprit que la problématique de la préservation d'aires protégées ne se pose pas de la même manière selon qu'on est au Québec ou, par exemple, en Europe occidentale. Là-bas, si l'on exclut la Suède et la Norvège, sur une superficie approximative de 2,5 millions de kilomètres carrés, vivent environ 300 millions d'habitants. Il est probablement impossible de trouver dans ces 13 pays de l'UE 1000 kilomètres carrés de territoire à l'état naturel. Il s'agit là d'une contribution insignifiante au bilan mondial des aires authentiquement protégées.
Le Québec, par contre, contribue à ce bilan au moins 300 0000 kilomètres carrés au nord du 55e parallèle et à l'ouest du 70e degré de longitude ouest. Il s'agit là de 20 % du territoire de la province! Cet immense territoire est une aire protégée de facto puisqu'il n'y a pas de forêt à exploiter, que les gisements miniers prometteurs sont, je crois, concentrés sur une infime portion du territoire et que le potentiel hydroélectrique des rivières y est probablement marginalement exploitable. En tout cas, si Hydro-Québec a déjà envisagé des projets pour les rivières Arnaud, aux Feuilles et aux Mélèzes, elle doit les passer à la déchiqueteuse. Ces rivières doivent être laissées à l'état naturel.
Du Sommet de Rio est sorti la Convention sur la biodiversité et le nouveau mantra en matière de conservation: il faut sauver la biodiversité à l'échelle de la planète. La stratégie québécoise sur les aires protégées s'inscrit entièrement dans cette ligne de pensée et elle est essentiellement axée sur cet objectif. Les territoires à être protégés devront donc être évalués à l'aune de leur contribution à l'obtention de l'objectif global en terme de préservation de la diversité biologique.
J'ai cru à un certain moment que cette approche pourrait mettre en péril les projets de parcs planifiés depuis une vingtaine d'années. Allaient-ils être balayés du revers de la main parce qu'ils n'auraient pas obtenu la note de passage lors de l'évaluation portant sur leur contribution à la cause de la biodiversité?
C'est que le concept de la conservation de la biodiversité, aussi noble et nécessaire soit-il, est trop étroit pour servir de base à la planification d'un réseau de parcs. Les critères d'admissibilité utilisés pour la planification d'un réseau de parcs réfèrent au concept plus général de la préservation d'échantillons représentatifs ou exceptionnels du patrimoine naturel et de ses composantes au niveau de la géologie, du relief, de la végétation et du paysage dans ses dimensions physiques et esthétiques.
Selon les cas, peuvent s'ajouter des critères d'ordre culturel ou historique. Il n'est donc pas uniquement question de préserver le vivant. Pour ne citer que deux ou trois exemples, les parcs nationaux américains du Grand Canyon ou de Yosemite, ou notre parc du fjord du Saguenay, mériteraient d'exister même si leur contribution à la préservation de la biodiversité était nulle. Mon plaisir est donc considérable de voir que les projets de parcs pourront être réalisés en parallèle et en complément avec d'autres territoires choisis prioritairement en vue de leur apport au bilan de la biodiversité.
Les trois ministres impliqués dans ce dossier des aires protégées ont signé des textes en préface du plan d'action. M. Legendre, ministre responsable de la Faune et des Parcs, y affirme que «grâce à l'élaboration du plan stratégique sur les aires protégées au Québec, il nous est maintenant possible de mieux préserver les espaces naturels considérés exceptionnels notamment en développant le réseau des parcs nationaux du Québec». Très bien, mais cela n'a rien à voir avec la réalité. Les six projets de parcs mentionnés dans le plan d'action ont déjà été, il y a dix ans, très officiellement mis en réserve pour fins de parcs et inscrits comme tels dans le plan d'affectation des terres publiques! Trois des six parcs en question ont même été inscrits, à la même époque, dans un autre plan d'action très officiel par le ministre d'alors, Gaston Blackburn. La vérité brutale est que le gouvernement n'a tout simplement pas eu la volonté politique de créer ces parcs et qu'il s'est lamentablement traîné les pieds.
Pour laisser un héritage quelconque en matière de parcs au Québec, M. Legendre devra dépasser le stade des plans et accélérer avec vigueur la création des parcs annoncés depuis si longtemps. En particulier, rien ne devrait retarder la création des parcs de Pingualuit (région du Cratère du Nouveau-Québec) et d'Albanel-Témiscamie-Otish. Si le ministre ne devait réussir qu'à créer ces deux parcs, il éviterait de passer à la petite histoire uniquement comme celui qui a construit le Stade de tennis DuMaurier et qui a signé un autre plan d'action sur les parcs.
Pour ce qui est de la biodiversité, je suis pour. Je crois cependant, sans être un expert en la matière, que, sur l'ensemble de la planète, le Québec est l'un des territoires où la biodiversité est la moins menacée.
Depuis quelques années, le discours sur les aires protégées découle en gros du rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et sur le développement et des travaux du Sommet de la Terre de Rio, tenu en 1992. Du premier est né un chiffre, parfaitement arbitraire: chaque pays ou province devrait conserver à l'état plus ou moins naturel 12 % de son territoire. Depuis lors, le Québec s'est donné comme objectif de préserver «juridiquement» 8 % de son territoire. Il y a quelques années à peine, ce pourcentage s'établissait à moins de 1 %. D'un trait de plume, il est passé à 2,9 % lors de la délimitation de deux immenses territoires dans le nord affectés, je crois, à la protection des aires occupées par les caribous durant les diverses périodes annuelles de vêlage, d'hibernation ou de migration et de la désignation non moins subite de la totalité de l'île d'Anticosti à titre d'aire protégée. Le tout serait conforme aux critères «internationaux».
De plus, cette performance n'a rien coûté. Le gouvernement sera sans doute tenté de la répéter! L'Ontario a fait la même chose, améliorant elle aussi son score en matière d'espaces protégés. Cela lui a valu les félicitations de nos environnementalistes qui aiment bien citer les performances de notre voisine pour mettre de la pression sur Québec. La récente déclaration du ministre ajoute, du moins virtuellement, une superficie additionnelle de 32 000 kilomètres carrés, ce qui fera passer le total à 80 000 kilomètres carrés, soit environ 5 % de la superficie totale de la province. Ne boudons pas notre plaisir!
Et gardons à l'esprit que la problématique de la préservation d'aires protégées ne se pose pas de la même manière selon qu'on est au Québec ou, par exemple, en Europe occidentale. Là-bas, si l'on exclut la Suède et la Norvège, sur une superficie approximative de 2,5 millions de kilomètres carrés, vivent environ 300 millions d'habitants. Il est probablement impossible de trouver dans ces 13 pays de l'UE 1000 kilomètres carrés de territoire à l'état naturel. Il s'agit là d'une contribution insignifiante au bilan mondial des aires authentiquement protégées.
Le Québec, par contre, contribue à ce bilan au moins 300 0000 kilomètres carrés au nord du 55e parallèle et à l'ouest du 70e degré de longitude ouest. Il s'agit là de 20 % du territoire de la province! Cet immense territoire est une aire protégée de facto puisqu'il n'y a pas de forêt à exploiter, que les gisements miniers prometteurs sont, je crois, concentrés sur une infime portion du territoire et que le potentiel hydroélectrique des rivières y est probablement marginalement exploitable. En tout cas, si Hydro-Québec a déjà envisagé des projets pour les rivières Arnaud, aux Feuilles et aux Mélèzes, elle doit les passer à la déchiqueteuse. Ces rivières doivent être laissées à l'état naturel.
Du Sommet de Rio est sorti la Convention sur la biodiversité et le nouveau mantra en matière de conservation: il faut sauver la biodiversité à l'échelle de la planète. La stratégie québécoise sur les aires protégées s'inscrit entièrement dans cette ligne de pensée et elle est essentiellement axée sur cet objectif. Les territoires à être protégés devront donc être évalués à l'aune de leur contribution à l'obtention de l'objectif global en terme de préservation de la diversité biologique.
J'ai cru à un certain moment que cette approche pourrait mettre en péril les projets de parcs planifiés depuis une vingtaine d'années. Allaient-ils être balayés du revers de la main parce qu'ils n'auraient pas obtenu la note de passage lors de l'évaluation portant sur leur contribution à la cause de la biodiversité?
C'est que le concept de la conservation de la biodiversité, aussi noble et nécessaire soit-il, est trop étroit pour servir de base à la planification d'un réseau de parcs. Les critères d'admissibilité utilisés pour la planification d'un réseau de parcs réfèrent au concept plus général de la préservation d'échantillons représentatifs ou exceptionnels du patrimoine naturel et de ses composantes au niveau de la géologie, du relief, de la végétation et du paysage dans ses dimensions physiques et esthétiques.
Selon les cas, peuvent s'ajouter des critères d'ordre culturel ou historique. Il n'est donc pas uniquement question de préserver le vivant. Pour ne citer que deux ou trois exemples, les parcs nationaux américains du Grand Canyon ou de Yosemite, ou notre parc du fjord du Saguenay, mériteraient d'exister même si leur contribution à la préservation de la biodiversité était nulle. Mon plaisir est donc considérable de voir que les projets de parcs pourront être réalisés en parallèle et en complément avec d'autres territoires choisis prioritairement en vue de leur apport au bilan de la biodiversité.
Les trois ministres impliqués dans ce dossier des aires protégées ont signé des textes en préface du plan d'action. M. Legendre, ministre responsable de la Faune et des Parcs, y affirme que «grâce à l'élaboration du plan stratégique sur les aires protégées au Québec, il nous est maintenant possible de mieux préserver les espaces naturels considérés exceptionnels notamment en développant le réseau des parcs nationaux du Québec». Très bien, mais cela n'a rien à voir avec la réalité. Les six projets de parcs mentionnés dans le plan d'action ont déjà été, il y a dix ans, très officiellement mis en réserve pour fins de parcs et inscrits comme tels dans le plan d'affectation des terres publiques! Trois des six parcs en question ont même été inscrits, à la même époque, dans un autre plan d'action très officiel par le ministre d'alors, Gaston Blackburn. La vérité brutale est que le gouvernement n'a tout simplement pas eu la volonté politique de créer ces parcs et qu'il s'est lamentablement traîné les pieds.
Pour laisser un héritage quelconque en matière de parcs au Québec, M. Legendre devra dépasser le stade des plans et accélérer avec vigueur la création des parcs annoncés depuis si longtemps. En particulier, rien ne devrait retarder la création des parcs de Pingualuit (région du Cratère du Nouveau-Québec) et d'Albanel-Témiscamie-Otish. Si le ministre ne devait réussir qu'à créer ces deux parcs, il éviterait de passer à la petite histoire uniquement comme celui qui a construit le Stade de tennis DuMaurier et qui a signé un autre plan d'action sur les parcs.
Pour ce qui est de la biodiversité, je suis pour. Je crois cependant, sans être un expert en la matière, que, sur l'ensemble de la planète, le Québec est l'un des territoires où la biodiversité est la moins menacée.
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