Liberté, égalité, fraternité !
Jean-Louis Archambault - Août 2002
20 août 2002
Il est frappant de voir combien de Québécois pèchent par la croyance un peu naïve de former une nation vraiment libreÉ uniquement parce qu'ils ont le droit de pratiquer leur langue.
Pensez donc! Ils ont leurs journaux, leurs radios, leurs chaînes de téléÉ en français. Et tout cela, tenez-vous bien, en Amérique du Nord! (Reconnaissance implicite qu'il est moins légitime ici qu'ailleurs de s'opposer à la langue dominante.)
Grâce à loi 101 (il a fallu une loi pour cela), les enseignes des lieux publics sont rédigées essentiellement dans leur langue. Quel triomphe dans un pays (pardon, une province) où 90 % des habitants maîtrisent le français!
Les anglophones des autres provinces, bien que souvent moins nombreux en proportion que les francophones au Québec, ne se posent pas une seconde, quant à eux, la question de savoir dans quelle langue l'affichage est réalisé.
Question saugrenue qui relève plus de l'évidence que du champ de la liberté.
N'est pas anglais qui veut!
Quelques Québécois exhibent à Paris, avec (presque) fierté, leur passeport canadien, (bilingue, s'il vous plaît!) sans doute pour donner un gage, inconsciemment, de la grande mansuétude de leur État.
Pourtant, mieux que les «maudits» Français, ils devraient savoir ce qu'il en est réellement du bilinguisme dans le Canada hors QuébecÉ où apparaît de temps à autre, à nos yeux ébahis, un écriteau dans notre langue, pour donner le change.
Que dire, par exemple, de cette inscription aperçue au hasard d'une route de l'Ouest canadien, «Danger d'ours», formule qui n'est pas plus française que «Danger de Chrétien» ou «Danger de Charest!»?
Qu'ils ne se fassent aucune illusion, ces Québécois- là, sur la manière dont ils sont perçus en Europe.
Beaucoup de mes compatriotes ne connaissent d'eux que leurs artistes, surtout de variété, il est vrai bien représentés chez nous. Mais ils ne savent rien de leur histoire, puisque les Québécois n'ont jamais osé dire au monde qu'ils en avaient une, bien à eux. Et qui se souvient encore du triste automne 1995? So far awayÉ
Qu'ils ne s'éloignent pas trop non plus de l'Hexagone. Car à peine auront-ils traversé le Rhin qu'ils seront réduits à la seule identité de Canadien, même pas Canadien français, Canadien seulement qui parle un dialecte truffé de mots français.
Et pour les Allemands qui ont voyagé, ou les plus cultivés d'entre eux, l'usage du français au Québec n'est qu'une survivance étrange, quelque peu anachronique, appelée à disparaître par la force des choses.
Ils devraient tous faire le voyage, nos chers cousins. Je leur servirais volontiers de guide et d'interprète. Peut-être réaliseraient-ils mieux, alors, à quel point ils se sont arrêtés au milieu du gué. Et ils pourraient rentrer requinqués au pays (à venir) dans une foi souverainiste décuplée.
Dieu soit loué, nos touristes impénitents retrouveront au Québec beaucoup de leurs compatriotes qui ont compris, avant eux, que la liberté passe d'abord par une authentique égalitéÉ des cultures.
Et ils prendront garde, espérons-le, aux sirènes trompeuses d'une fraternisation prématuréeÉ
Pensez donc! Ils ont leurs journaux, leurs radios, leurs chaînes de téléÉ en français. Et tout cela, tenez-vous bien, en Amérique du Nord! (Reconnaissance implicite qu'il est moins légitime ici qu'ailleurs de s'opposer à la langue dominante.)
Grâce à loi 101 (il a fallu une loi pour cela), les enseignes des lieux publics sont rédigées essentiellement dans leur langue. Quel triomphe dans un pays (pardon, une province) où 90 % des habitants maîtrisent le français!
Les anglophones des autres provinces, bien que souvent moins nombreux en proportion que les francophones au Québec, ne se posent pas une seconde, quant à eux, la question de savoir dans quelle langue l'affichage est réalisé.
Question saugrenue qui relève plus de l'évidence que du champ de la liberté.
N'est pas anglais qui veut!
Quelques Québécois exhibent à Paris, avec (presque) fierté, leur passeport canadien, (bilingue, s'il vous plaît!) sans doute pour donner un gage, inconsciemment, de la grande mansuétude de leur État.
Pourtant, mieux que les «maudits» Français, ils devraient savoir ce qu'il en est réellement du bilinguisme dans le Canada hors QuébecÉ où apparaît de temps à autre, à nos yeux ébahis, un écriteau dans notre langue, pour donner le change.
Que dire, par exemple, de cette inscription aperçue au hasard d'une route de l'Ouest canadien, «Danger d'ours», formule qui n'est pas plus française que «Danger de Chrétien» ou «Danger de Charest!»?
Qu'ils ne se fassent aucune illusion, ces Québécois- là, sur la manière dont ils sont perçus en Europe.
Beaucoup de mes compatriotes ne connaissent d'eux que leurs artistes, surtout de variété, il est vrai bien représentés chez nous. Mais ils ne savent rien de leur histoire, puisque les Québécois n'ont jamais osé dire au monde qu'ils en avaient une, bien à eux. Et qui se souvient encore du triste automne 1995? So far awayÉ
Qu'ils ne s'éloignent pas trop non plus de l'Hexagone. Car à peine auront-ils traversé le Rhin qu'ils seront réduits à la seule identité de Canadien, même pas Canadien français, Canadien seulement qui parle un dialecte truffé de mots français.
Et pour les Allemands qui ont voyagé, ou les plus cultivés d'entre eux, l'usage du français au Québec n'est qu'une survivance étrange, quelque peu anachronique, appelée à disparaître par la force des choses.
Ils devraient tous faire le voyage, nos chers cousins. Je leur servirais volontiers de guide et d'interprète. Peut-être réaliseraient-ils mieux, alors, à quel point ils se sont arrêtés au milieu du gué. Et ils pourraient rentrer requinqués au pays (à venir) dans une foi souverainiste décuplée.
Dieu soit loué, nos touristes impénitents retrouveront au Québec beaucoup de leurs compatriotes qui ont compris, avant eux, que la liberté passe d'abord par une authentique égalitéÉ des cultures.
Et ils prendront garde, espérons-le, aux sirènes trompeuses d'une fraternisation prématuréeÉ
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