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Des élèves à motiver

Josée Boileau   11 février 2005 
La vaste réforme entraînée par les États généraux sur l'éducation, au milieu des années 90, n'est même pas complétée que le ministère de l'Éducation la fait dévier de sa course. Sans tambour ni trompette, la nouvelle grille de cours au secondaire opère des reculs sur plusieurs fronts. À quoi servent donc dix ans de travaux?

Les États généraux sur l'éducation de 1995-96 — ce rapport Parent des années 2000, amorcé par Jean Garon et complété par Pauline Marois — avaient concentré tant de témoignages, d'analyses, d'études et de réflexions, et le rapport qui s'en était suivi était d'une telle cohérence, que tout ce qui en modifie la trajectoire devrait reposer sur un argumentaire solide.

Il n'y a rien eu de tel cette semaine lorsque le ministère de l'Éducation (MEQ) a présenté le nouveau cursus du primaire et du secondaire aux journalistes (en primeur sur tout le monde de l'éducation, nouvelle démonstration que ce ministère, sous la gouverne de Pierre Reid, maîtrise l'art de se faire des amis... ). Si les changements au primaire concrétisent des promesses électorales libérales, les modifications des cours au secondaire ne reposent sur rien du tout.

En réalité, on fait même le contraire de ce qui avait été recommandé par le Groupe de travail sur la réforme du cursus, qui avait reçu le mandat de traduire en cours les grands objectifs des États généraux.

Que disait ce rapport Inchauspé (du nom du président du groupe de travail)? D'une part que, durant les trois premières années du secondaire, les étudiants devaient suivre la même formation, les apprentissages de base restant à compléter.

D'autre part, il soulignait que, pour le deuxième cycle du secondaire, «un souhait est unanime: il faut assurer plus de diversité tout en maintenant les apprentissages essentiels. Le principal reproche fait au second cycle réside dans une simple phrase: l'école offre peu de choix». Il fallait donc augmenter le nombre de cours à option, que ceux-ci touchent les langues, la science, les arts ou la formation professionnelle. Ainsi, le jeune aura l'occasion d'explorer ses propres choix avant d'affronter l'éventail de cours offerts au cégep ou la diversité du marché du travail.

Hélas, l'unanimité s'est perdue en chemin. Le cursus déposé cette semaine prévoit, dès la fin du secondaire 2, un parcours axé sur l'emploi pour les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage ainsi qu'un autre parcours à la formation plus appliquée pour les jeunes moins motivés. Autant dire qu'à 14 ans, on jette l'éponge en renonçant à leur faire côtoyer leurs pairs. Ce n'est pas une mince décision quand le stigmate touche plus du quart des élèves!

À cette formation commune qui se perd se greffe le refus d'augmenter le nombre de cours à option. En 1997, le rapport Inchauspé recommandait de les faire passer de 16 à 24 unités pour les secondaires 4 et 5. Dans les faits, on a grimpé à 18 depuis lors. Mais cette semaine, retour en arrière: la grille fixe les options à 16 unités. Fini, l'idée «d'aérer le cycle», selon le mot du rapport Inchauspé. Les 70 % d'élèves inscrits au parcours régulier logeront tous à la même enseigne, à l'encontre même de la philosophie de la réforme.

Et cette enseigne elle-même ne respecte pas d'autres recommandations. Ainsi, l'éducation économique du cinquième secondaire devait céder la place à un cours de connaissance du monde contemporain. La nouvelle grille du ministère maintient l'économie. Le cours de développement personnel de secondaire 5, lui, baigne dans le flou le plus total.

Quant aux arts, s'il est formidable de leur faire une place accrue, il le serait davantage de les traiter avec respect. L'embauche de spécialistes supplémentaires n'étant pas prévue, le pire est à craindre. Un autre cours fourre-tout obligatoire! Et c'est ainsi que l'on croit motiver des élèves...

jboileau@ledevoir.ca
 
 
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