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De CHUM et de smog

Les véritables enjeux en matière de santé ne résident pas dans le choix du site d'un hôpital à la fine pointe de la technologie

Mélanie Béliveau - Omnipraticienne à l'hôpital Charles LeMoyne  11 février 2005 
À tous ceux et celles qui croient en l'érection d'un nouveau CHUM comme en la venue d'un Messie sauveur.

Et à tous ceux et celles qui n'y croient pas...

À voir l'épais manteau de smog qui a recouvert le Grand Montréal pendant une semaine, tout porte à croire que notre gouvernement s'apprête encore à faire de mauvais choix pour notre société, déjà malade. Et hop là! Le site Outremont est présenté comme la panacée.

Le CHUM Outremont... parlons-en! Heureusement qu'il y a le smog, justement, MM. Lacroix, Hamet, Charest, Couillard, pour expliquer votre extraordinaire confusion... pour justifier un tel égarement de votre esprit. Comment peut-on autant tergiverser sur un projet aussi surréaliste que dérisoire à un moment où la menace apocalyptique se fait aussi sensible?

Or le dossier du CHUM (filière 13!) constitue à mon avis un faux débat. Cela illustre bien tout le pathétique qui anime la scène politique québécoise. Pour une omnipraticienne comme moi, qui est aux premières loges de la santé et qui, de surcroît, observe de son quatrième étage d'inquiétants phénomènes, produits de l'activité humaine, voici quels sont les véritables enjeux en matière de santé.

De pollution

Tout d'abord, j'aimerais m'adresser à vous, médecins et chercheurs qui tenez tant à ce projet de technopole de la santé. On peut comprendre que des professionnels de votre calibre, qui aiment chercher, comprendre et résoudre les mécanismes cellulaires les plus complexes de la maladie, puissent trouver ce projet aussi enthousiasmant. L'ambition est un puissant moteur de recherche!

Toutefois, il existe des phénomènes plus grossiers, tout aussi dangereux, qui méritent l'attention et la mobilisation de la communauté scientifique. Or peut-être ce gouvernement déjà trop libéral dans l'application des règlements en matière d'environnement pourra-t-il être un brin plus conséquent.

Quand on sait que le nombre de parties par million (ppm) dans l'air québécois s'est élevé à plus du double des taux reconnus comme étant toxiques pour l'être humain, et ce, pendant plus d'une semaine, il est inacceptable de continuer à regarder passer les nuages. En effet, désormais, chers collègues, nous serons bientôt tous conviés à une médecine de guerre si nous imitons le gouvernement actuel dans son immobilisme. Soit dit en passant, ce n'est pas tant de spécialistes dont nous avons besoin: il manquerait selon les derniers sondages quelque 8000 omnipraticiens en première ligne... sur la ligne de feu!

Et de «petits» problèmes

Votre discours peut apparaître séduisant aux yeux de la population, mais il l'est encore plus pour les compagnies pharmaceutiques! Vous parlez de gènes du cancer, de reprogrammation cellulaire — à demi-mot d'eugénisme! —, vous vantez les mérites et nécessités des soins curatifs spécialisés et ultraspécialisés. Moi, tous les jours, mes patients me parlent: de leur difficulté à joindre les deux bouts, de leur problème à se trouver une gardienne fiable, de leur sous-emploi, de leurs conflits conjugaux et de leurs combats acharnés contre la cigarette, dont ils ont tant de peine à se départir en raison du stress qui les afflige.

Malheureusement, quand on séjourne dans le grand CHUM pour un forfait maladie, il est dix fois trop tard! Dommage pour vous que les habitudes de vie et de consommation, que les conditions socioéconomiques et sanitaires ainsi que la participation citoyenne ne se codent pas à l'intérieur d'une séquence d'ADN. Ce sont pourtant autant de puissants déterminants de la santé. Évidemment, la vraie business, c'est la maladie!

Finalement, je désire interroger directement les Drs Hamet et Lacroix, qui ont lancé un cri du coeur dans Le Devoir du 7 février dernier: comment pouvez-vous prétendre que le projet du nouveau CHUM, avec ses technologies à la fine pointe, puisse être le meilleur gage de santé pour l'ensemble de nos concitoyens? Y a-t-il là confusion de la fin et des moyens?

Appuyé par David Bergeron, travailleur social au CLSC Richelieu.
 
 
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