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Le ciel et l'enfer

Josée Boileau   9 février 2005 
Le gouvernement se laissera-t-il convaincre par la prise de position très ferme du Conseil supérieur de l'éducation au sujet de l'enseignement religieux à l'école? On l'espère, car l'avis du Conseil offre la meilleure lecture de la société québécoise et un échéancier raisonnable pour s'adapter à ses besoins.

Les Québécois sont attachés à la religion, les catholiques comme les autres. Comment faire autrement? Ce pays s'est bâti, s'est écrit, s'est nommé sur les fondements de la foi. Et l'histoire officielle a si longtemps tu les résistances qui se vivaient ici face à la pesanteur de l'Église que notre mémoire collective n'en a rien retenu. Il faut donc en prendre acte: notre passé est trop rempli de curés, de prières, de tantes religieuses, de chants des messes traditionnelles ou à gogo pour prétendre qu'il n'en reste rien aujourd'hui.

Notre avenir, par contre, ne contient rien de tout cela. Si la foi est restée (83 % des Québécois se considèrent encore comme catholiques), elle ne relève plus d'une pratique publique, à laquelle adhère une société. Les croyances personnelles ont remplacé les rituels. Ceux-ci ne retrouvent dès lors leur sens que s'ils expliquent le passé ou s'ils en rendent la nostalgie.

Dans cette logique identitaire, oui, les Québécois aimeraient bien que l'école parle un peu de tout cela à leurs enfants. Mais combien déchantent parmi les 79 % des parents qui, pour l'année scolaire en cours, ont choisi l'enseignement catholique pour leurs enfants au primaire? Combien s'étonnent de voir que le catéchisme tient lieu d'enseignement? «Il fallait parler du ciel, de l'enfer et du purgatoire», racontait récemment au Devoir un jeune homme qui a eu à donner des cours de religion catholique à l'école. «Les élèves levaient la main pour me demander si j'y croyais.» Leurs parents en auraient fait tout autant!

Sur le terrain, cet état des lieux est connu. Mais les gouvernements ont de grandes difficultés à en prendre acte: les lobbys de la foi savent si bien faire appel aux valeurs, à l'histoire et à la tradition qu'il semble bien mécréant de leur résister. À moins de dissiper les confusions, comme le fait le Conseil supérieur de l'éducation (CSÉ) dans un avis d'une clarté remarquable.

Au CSÉ, on fait valoir que cette prise de position s'inscrit dans la logique d'avis précédents. Sa simple lecture fait toutefois bien voir à quel point le Conseil a profité de la hauteur de vue de son président, Jean-Pierre Proulx, qui avait présidé à la fin des années 90 le Groupe de travail sur la place de la religion à l'école.

Il en ressort bel et bien que les Québécois sont prêts à passer à un enseignement non confessionnel de la religion: leurs comportements, leurs opinions en témoignent. Il a fallu des décennies pour en arriver à une telle sécularisation du Québec; seules les tergiversations politiciennes en bloquent l'aboutissement.

L'enseignement confessionnel à l'école ne tient que par exception, en raison du recours aux dispositions de dérogation des chartes des droits. Qu'on le veuille ou non, le débat est donc à refaire aux cinq ans. Autant dire du temps perdu: cinq ans étant une éternité en politique, les ministres ont le temps de défiler. Et ils ont bien d'autres priorités que de concocter un échéancier de transition pour la religion à l'école. Du coup, l'immobilisme est total

La preuve: à l'échéance de ce premier recours aux clauses dérogatoires, on ne sait toujours pas ce que serait un cours d'éthique et de culture religieuse au secondaire, et l'enseignement moral au primaire est un vaste fourre-tout. Pendant ce temps, les professeurs se forment dans l'incertitude et les Québécois sont mis face à leurs contradictions quand ils contestent le financement des écoles juives. Ces débats minent trop le débat social pour être vécus à répétition.

La solution s'impose donc, bien nette: le ministre de l'Éducation doit accepter de s'adapter dès cette année à la réalité du Québec. Le temps n'est plus aux dérogations, mais à la compréhension de nos valeurs communes.
 
 
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