Commandites: Pelletier confirme l'interférence politique
Ottawa — C'est un Jean Pelletier absolument convaincu d'avoir fait uniquement son devoir qui s'est présenté hier devant la commission d'enquête sur le scandale des commandites. Sans hésiter, avec toute la détermination et la fermeté qui le caractérisent, l'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien a dénoué une partie du noeud politique entourant le scandale: oui, le bureau du premier ministre se mêlait allègrement des commandites en ce qui concerne le choix des événements et les sommes octroyées. Mais non, il n'a jamais été question de la sélection des agences de publicité et de leurs généreuses rémunérations.
Un énième exemple de gaspillage des fonds publics dévoilé hier illustre bien l'implication du bureau du premier ministre. En 1998, à même l'argent des commandites, Jean Pelletier a commandé des cravates à l'effigie de la feuille d'érable à Publicité Dézert, filiale de Lafleur Communications. Coût du produit? Près de 46 000 $ pour 480 cravates. Un prix auquel il faut ajouter 8000 $ en commission payée à l'agence qui a simplement passé la commande au nom du gouvernement.
Mais l'agence de Jean Lafleur ne sera pas la seule à passer à la caisse. Les documents déposés devant la Commission Gomery montrent que la compagnie Pluri Design a pour sa part facturé 4500 $ pour «idéation, recherches stratégiques, conception et design» des modèles de cravates. La compagnie Pluri Design est la propriété de Jacques Corriveau, un proche de l'ancien premier ministre Chrétien et organisateur politique libéral. Total de la facture: 58 500 $ de cravates.
«Pourquoi le chef de cabinet du premier ministre discute-t-il de cravates?» a demandé le procureur Guy Cournoyer. «Nous voulions avoir des cravates de bonne qualité pour remettre à l'étranger lors de nos voyages. J'ai pensé que le Canada devait avoir des cravates qui se tenaient», a répondu avec franchise Jean Pelletier, visiblement prêt à faire front.
Quelle a été votre réaction quand vous avez vu qu'une commission de 15 % avait été versée juste pour passer la commande? a poursuivi le procureur. «J'ai appris cela et vu la photocopie de la facture chez mon avocat, la semaine dernière pour la première fois. J'ai été scandalisé! Je trouve que tout l'ensemble des frais, ça ne fait pas de sens. Vous savez, si je demande à quelqu'un de m'acheter quatre pneus pour mon auto, ça ne veut pas dire que je lui donne l'autorisation de payer quatre fois le prix!» a lancé Jean Pelletier.
Les commandites au bureau du premier ministre, c'était ça. Jean Pelletier surtout, mais aussi Jean Carle, le directeur des opérations de Jean Chrétien, se mêlaient du dossier sans sourciller, même si un tel programme relève habituellement des fonctionnaires.
L'interférence politique était si forte que même les autres membres du bureau du premier ministre discutaient parfois des commandites lors des réunions du matin, où M. Chrétien était toutefois absent. «Oui, on a sûrement donné des avis sur les événements qui pouvaient augmenter la visibilité du Canada, a affirmé Jean Pelletier. On a sûrement eu aussi des discussions avec le personnel supérieur [senior staff] du bureau lors des réunions le matin. Nous étions tous dévoués au dossier de l'unité nationale et on essayait de le servir de notre mieux.»
Chuck Guité, le fonctionnaire chargé du programme des commandites, arrivait avec des listes d'événements et les montants au bureau du premier ministre. Jean Pelletier et Jean Carle en discutaient avec lui et donnaient leurs avis. «M. Guité recevait des demandes de commandites à longueur de journée, alors il prenait de l'information là où il le pouvait, question de savoir ce qui était bon à commanditer pour le Canada, a dit Jean Pelletier. C'était tout à fait logique qu'il nous consulte. Comme ce projet avait une portée politique importante, c'était normal.»
De plus, tout le monde autour du dossier savait que les commandites étaient un cas particulier, a déclaré Jean Pelletier. «L'unité nationale était le dossier prioritaire parmi tous les dossiers prioritaires pour M. Chrétien. Ce n'était un secret pour personne qu'il fallait suivre ça de près», a-t-il dit.
Même s'il précise que toutes les demandes de commandites n'avaient pas besoin de son «avis», puisque Chuck Guité prenait plusieurs décisions sans lui en parler, il n'en reste pas moins que Jean Pelletier avait le bras assez long pour faire changer les sommes octroyées à certains événements et renverser quelques décisions du fonctionnaire. M. Pelletier a avoué qu'il y avait une bonne part de «subjectivité» dans l'octroi des contrats.
Les déclarations de Jean Pelletier confirment donc les nombreux documents et témoignages qui convergent vers le bureau du premier ministre quant à la direction politique du programme. Et il ne s'excusera pas pour ça. «Je n'ai pas d'excuses à donner, et je n'en donnerai pas, sur les avis politiques que le bureau du premier ministre a donnés sur les événements à commanditer. [...] Nous n'avons fait que notre devoir et, tant qu'à moi, ma conscience est très claire», a-t-il dit.
Par contre, ce qui se produisait après l'approbation au bureau du premier ministre, Jean Pelletier affirme ne pas avoir été mis au courant. «Jamais le bureau du premier ministre n'a été associé, ni de près ni de loin, à la gestion financière de ce que vous appelez le programme des commandites», a-t-il déclaré. Il n'avait aucune idée des agences qui obtenaient les contrats et ne savait pas quelles sommes elles touchaient, a-t-il plaidé.
Selon les documents, l'ancien bras droit de Jean Chrétien a par contre eu, à au moins une reprise, des indications sur les agences qui empochaient les contrats. En 1998, Jean Lafleur, que M. Pelletier connaît bien, lui envoie une lettre dans laquelle il explique que sa firme a reçu beaucoup moins de contrats cette année-là que l'année précédente. Une différence de 5,7 millions de dollars. «J'ai rencontré M. Lafleur dans la rue et il m'a dit que son chiffre d'affaires avait baissé, a répondu M. Pelletier. Je lui ai dit de m'envoyer les informations à mon bureau, mais je n'y ai jamais donné suite.»
Selon Jean Pelletier, l'ancien premier ministre et lui n'ont jamais discuté de commandites entre 1996 et 2000, soit au moment où le premier feu rouge s'est allumé dans le dossier. «La gestion du programme faisait partie de la plomberie, et il ne voulait pas s'en occuper de la plomberie. Il voulait qu'on l'informe juste s'il y avait un problème», a soutenu Jean Pelletier.
L'ancien premier ministre pouvait toutefois suivre l'évolution du dossier grâce au Fonds pour l'unité nationale, cette enveloppe budgétaire secrète dont Jean Chrétien avait le contrôle exclusif. C'est à partir de ce fonds qu'ont transité les premiers millions de dollars des commandites.
Jean Pelletier a d'ailleurs donné un aperçu de la version des faits que Jean Chrétien devrait soutenir dès ce matin devant la commission Gomery, à savoir que sur l'utilisation du Fonds pour l'unité nationale, le premier ministre «savait très bien» ce qu'il faisait. «Il l'a fait les yeux grands ouverts. Il savait que c'était sous sa responsabilité [...] et il avait le courage de l'assumer» a affirmé Jean Pelletier.
Un énième exemple de gaspillage des fonds publics dévoilé hier illustre bien l'implication du bureau du premier ministre. En 1998, à même l'argent des commandites, Jean Pelletier a commandé des cravates à l'effigie de la feuille d'érable à Publicité Dézert, filiale de Lafleur Communications. Coût du produit? Près de 46 000 $ pour 480 cravates. Un prix auquel il faut ajouter 8000 $ en commission payée à l'agence qui a simplement passé la commande au nom du gouvernement.
Mais l'agence de Jean Lafleur ne sera pas la seule à passer à la caisse. Les documents déposés devant la Commission Gomery montrent que la compagnie Pluri Design a pour sa part facturé 4500 $ pour «idéation, recherches stratégiques, conception et design» des modèles de cravates. La compagnie Pluri Design est la propriété de Jacques Corriveau, un proche de l'ancien premier ministre Chrétien et organisateur politique libéral. Total de la facture: 58 500 $ de cravates.
«Pourquoi le chef de cabinet du premier ministre discute-t-il de cravates?» a demandé le procureur Guy Cournoyer. «Nous voulions avoir des cravates de bonne qualité pour remettre à l'étranger lors de nos voyages. J'ai pensé que le Canada devait avoir des cravates qui se tenaient», a répondu avec franchise Jean Pelletier, visiblement prêt à faire front.
Quelle a été votre réaction quand vous avez vu qu'une commission de 15 % avait été versée juste pour passer la commande? a poursuivi le procureur. «J'ai appris cela et vu la photocopie de la facture chez mon avocat, la semaine dernière pour la première fois. J'ai été scandalisé! Je trouve que tout l'ensemble des frais, ça ne fait pas de sens. Vous savez, si je demande à quelqu'un de m'acheter quatre pneus pour mon auto, ça ne veut pas dire que je lui donne l'autorisation de payer quatre fois le prix!» a lancé Jean Pelletier.
Les commandites au bureau du premier ministre, c'était ça. Jean Pelletier surtout, mais aussi Jean Carle, le directeur des opérations de Jean Chrétien, se mêlaient du dossier sans sourciller, même si un tel programme relève habituellement des fonctionnaires.
L'interférence politique était si forte que même les autres membres du bureau du premier ministre discutaient parfois des commandites lors des réunions du matin, où M. Chrétien était toutefois absent. «Oui, on a sûrement donné des avis sur les événements qui pouvaient augmenter la visibilité du Canada, a affirmé Jean Pelletier. On a sûrement eu aussi des discussions avec le personnel supérieur [senior staff] du bureau lors des réunions le matin. Nous étions tous dévoués au dossier de l'unité nationale et on essayait de le servir de notre mieux.»
Chuck Guité, le fonctionnaire chargé du programme des commandites, arrivait avec des listes d'événements et les montants au bureau du premier ministre. Jean Pelletier et Jean Carle en discutaient avec lui et donnaient leurs avis. «M. Guité recevait des demandes de commandites à longueur de journée, alors il prenait de l'information là où il le pouvait, question de savoir ce qui était bon à commanditer pour le Canada, a dit Jean Pelletier. C'était tout à fait logique qu'il nous consulte. Comme ce projet avait une portée politique importante, c'était normal.»
De plus, tout le monde autour du dossier savait que les commandites étaient un cas particulier, a déclaré Jean Pelletier. «L'unité nationale était le dossier prioritaire parmi tous les dossiers prioritaires pour M. Chrétien. Ce n'était un secret pour personne qu'il fallait suivre ça de près», a-t-il dit.
Même s'il précise que toutes les demandes de commandites n'avaient pas besoin de son «avis», puisque Chuck Guité prenait plusieurs décisions sans lui en parler, il n'en reste pas moins que Jean Pelletier avait le bras assez long pour faire changer les sommes octroyées à certains événements et renverser quelques décisions du fonctionnaire. M. Pelletier a avoué qu'il y avait une bonne part de «subjectivité» dans l'octroi des contrats.
Les déclarations de Jean Pelletier confirment donc les nombreux documents et témoignages qui convergent vers le bureau du premier ministre quant à la direction politique du programme. Et il ne s'excusera pas pour ça. «Je n'ai pas d'excuses à donner, et je n'en donnerai pas, sur les avis politiques que le bureau du premier ministre a donnés sur les événements à commanditer. [...] Nous n'avons fait que notre devoir et, tant qu'à moi, ma conscience est très claire», a-t-il dit.
Par contre, ce qui se produisait après l'approbation au bureau du premier ministre, Jean Pelletier affirme ne pas avoir été mis au courant. «Jamais le bureau du premier ministre n'a été associé, ni de près ni de loin, à la gestion financière de ce que vous appelez le programme des commandites», a-t-il déclaré. Il n'avait aucune idée des agences qui obtenaient les contrats et ne savait pas quelles sommes elles touchaient, a-t-il plaidé.
Selon les documents, l'ancien bras droit de Jean Chrétien a par contre eu, à au moins une reprise, des indications sur les agences qui empochaient les contrats. En 1998, Jean Lafleur, que M. Pelletier connaît bien, lui envoie une lettre dans laquelle il explique que sa firme a reçu beaucoup moins de contrats cette année-là que l'année précédente. Une différence de 5,7 millions de dollars. «J'ai rencontré M. Lafleur dans la rue et il m'a dit que son chiffre d'affaires avait baissé, a répondu M. Pelletier. Je lui ai dit de m'envoyer les informations à mon bureau, mais je n'y ai jamais donné suite.»
Selon Jean Pelletier, l'ancien premier ministre et lui n'ont jamais discuté de commandites entre 1996 et 2000, soit au moment où le premier feu rouge s'est allumé dans le dossier. «La gestion du programme faisait partie de la plomberie, et il ne voulait pas s'en occuper de la plomberie. Il voulait qu'on l'informe juste s'il y avait un problème», a soutenu Jean Pelletier.
L'ancien premier ministre pouvait toutefois suivre l'évolution du dossier grâce au Fonds pour l'unité nationale, cette enveloppe budgétaire secrète dont Jean Chrétien avait le contrôle exclusif. C'est à partir de ce fonds qu'ont transité les premiers millions de dollars des commandites.
Jean Pelletier a d'ailleurs donné un aperçu de la version des faits que Jean Chrétien devrait soutenir dès ce matin devant la commission Gomery, à savoir que sur l'utilisation du Fonds pour l'unité nationale, le premier ministre «savait très bien» ce qu'il faisait. «Il l'a fait les yeux grands ouverts. Il savait que c'était sous sa responsabilité [...] et il avait le courage de l'assumer» a affirmé Jean Pelletier.
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