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Réponse à Wajdi Mouawad - Trouver des solutions viables plutôt que soigner une image!

Line Beauchamp - Ministre de la Culture et des Communications  5 février 2005 
M. Wajdi Mouawad,

Vous avez pris votre plume, fort belle par ailleurs, pour m'attribuer des desseins que j'imagine inspirés par l'errance de l'insomnie. Vous êtes même allé jusqu'à me décrire comme un vautour qui attend la mort de la culture.

Vous me reprochez mon absence, plutôt mon silence, au Gala des Masques, dimanche dernier. Dois-je vous rappeler qu'au cours des cinq dernières années je n'en ai manqué aucun. Mais cette année, ma voix se faisait entendre ailleurs, puisque le milieu musical tenait aussi son gala annuel, le Gala des prix Opus, auquel j'ai pris part.

Je souligne au passage que rares ont été les ministres qui s'y sont présentés dans le passé; pourtant, cet événement est d'une importance tout aussi grande à mes yeux que celui où vous étiez vous-même. Les musiciennes et les musiciens québécois seront d'accord avec moi.

Si vous souhaitez toujours vous en offusquer, M. Mouawad, c'est votre privilège. Pour ma part, je suis heureuse d'avoir vu le milieu de la musique célébrer une année faste et d'avoir applaudi le Conservatoire, ses élèves, ses professeurs, récompensés par le prix Opus du diffuseur de l'année pour la saison de concerts et d'événements présentés à l'occasion du soixantième anniversaire de l'institution, fondée par le grand Wilfrid Pelletier.

Des choix et des actions

Ce choix, je le referais sans hésiter. Et puisqu'il en est question, parlons de choix, justement, de ces décisions qui pèsent plus lourd que des discours et qui portent non seulement des idées, des désirs et des aspirations, mais aussi des actions qui ont un impact, un retentissement. Vous n'aurez pas su les «entendre», ces choix qui ont pourtant tenu alertes beaucoup de vos collègues depuis mon arrivée au ministère de la Culture et des Communications.

Les artistes du Québec ont eu voix au chapitre lors des consultations que j'ai tenues sur leurs conditions socioéconomiques et ils sont confiants de voir le travail de fond réalisé depuis, remis entre les mains du Secrétariat permanent et du Comité permanent (que préside le vice-président de l'Union des artistes), qui voient à la mise en oeuvre de mesures concrètes pour améliorer leur situation. Vous y êtes de toute évidence resté sourd.

Les demandes d'investissements en immobilisation sont très nombreuses. C'est avec étonnement que je constate que les trois visites sur les lieux du Théâtre de Quat'Sous de la ministre du Parti québécois qui m'a précédée vous ont ému. Je vous rappelle que la ministre de la Culture et des Communications de l'époque a fait en 2003 des annonces pré-électorales dépassant les 120 millions de dollars; pourtant, elle n'a jamais engagé d'argent dans le projet du Quat'Sous.

Ne réalisez-vous pas que toutes ces annonces faites par l'ancien gouvernement péquiste m'enlèvent aujourd'hui toute marge de manoeuvre, puisque le poids du service de la dette du ministère de la Culture et des Communications correspond à 25 % du budget du ministère? Je suis inquiète de constater que 25 % du budget de la culture est versé en intérêts sur l'hypothèque, et ce, sans compter le projet du Quat'Sous.

Je ne cherche pas à faire des visites, ni des galas d'ailleurs, pour être vue ou pour soigner mon image, je cherche plutôt des solutions viables aux problèmes, ce qui devrait vous réjouir.

Engagements

Vous vous inquiétez pour le milieu de la culture. Moi aussi. Mais je m'applique à trouver des solutions. Par solidarité et sans aucune obligation de payer, je me suis engagée auprès des danseurs de Joe; la compagnie O Vertigo Danse inaugurera cette semaine de nouveaux locaux à la Place des Arts; dans un autre domaine, le cirque Éloize a maintenant pignon sur rue dans des locaux adaptés à ses besoins, tout comme l'École de l'humour; les élèves du Conservatoire, comme je leur en ai personnellement donné l'assurance, auront eux aussi un feu et un lieu et pourront enfin sortir des couloirs lugubres dans lesquels l'ancien gouvernement avait pris la décision de les installer, comme vous l'apprendrez très bientôt.

Tout cela fait partie des choix que nous devons faire avec le budget du ministère de la Culture et des Communications qui, malgré une situation budgétaire difficile à l'échelle de la province, a augmenté depuis deux ans, passant de 490 à 531 millions.

Cette hausse nous a aussi permis de donner une aide substantielle aux artistes, aux créateurs et aux artisans de la culture et des communications par l'intermédiaire du Conseil des arts et des lettres du Québec. Par des mesures en cinéma, par l'aide dédiée aux diffuseurs de spectacles et par des ententes signées entre mon ministère, des villes ou MRC québécoises, nous nous assurons de l'accès à la culture et à la création sur tout le territoire du Québec.

Mais les demandes sont légion, tout comme les projets d'investissement en immobilisations, et l'argent que l'ensemble des contribuables québécois nous confie n'y suffit pas. Il faut choisir, et bien choisir. Il faut écouter, ressentir, réfléchir et se remettre en question. C'est cela être responsable des fonds publics. Pour faire preuve de vision, il faut avoir les yeux ouverts et envisager toutes les avenues, même celles qui ne nous sont pas familières.

Je suis fière de faire partie de l'équipe du Parti libéral du Québec, parti qui a fait du français la langue officielle du Québec, qui a doté notre État du premier ministère de la Culture. C'est à un gouvernement libéral que l'on doit la loi avant-gardiste reconnaissant le statut professionnel de l'artiste et la première politique culturelle adoptée par un gouvernement en Amérique du Nord. J'espère être digne de mes prédécesseurs libéraux et du talent des artistes québécois.

Une richesse à défendre

Aujourd'hui, les comédies musicales engagent des metteurs en scène comme Gilles Maheu et les producteurs privés recrutent des scénaristes comme François Avard et Jean-Marc Dalpé, pour ne nommer que ceux-là. Je me permets d'y voir autre chose que le laminage intentionnel que vous décrivez avec tant de mépris, sans doute emporté par un vertige littéraire que nous aimons mieux entendre à la scène. Je préfère y reconnaître une affirmation de l'importance de nos créateurs, de leur présence toujours plus grande dans toutes les sphères de la création et de la culture, qu'elle soit populaire ou non.

Cette richesse, je compte la défendre et la promouvoir ici et au-delà de nos frontières. Le principe de la diversité des expressions culturelles, cette capacité des gouvernements de pouvoir soutenir la culture, est un enjeu qui ne souffre d'aucun silence depuis l'arrivée du gouvernement libéral. Le premier ministre Jean Charest, la vice-première ministre et ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, et moi-même saisissons toutes les occasions qui s'offrent à nous pour rappeler que le Québec sera de toutes les batailles afin de conserver son droit de promouvoir sa culture.

Je souhaite entendre votre voix, M. Mouawad, avec la mienne, celles des artistes, des citoyens, des décideurs de partout faire écho à cette cause culturelle qui les englobe toutes.

Avec tout le respect que j'ai pour votre art!
 
 
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