Le choix des experts: Outremont
Le rapport Couture–Saint-Pierre devant guider le gouvernement du Québec dans le choix du site du futur CHUM en recommande l’implantation à Outremont. Le projet de l’Université de Montréal est le seul à garantir la création d’une véritable technopole de la santé et du savoir qui permettra de cristalliser la réputation de Montréal dans ce secteur et qui favorisera le rapprochement avec des initiatives du secteur privé, conclut le rapport.
Transmis hier au premier ministre Jean Charest ainsi qu’au ministre de la Santé, Philippe Couillard, le document d’une centaine de pages dont Le Devoir a pris connaissance tranche en faveur d’un projet jugé sécuritaire dont les risques de construction sont négligeables et à coûts comparables avec ceux de l’autre projet, au 1000, rue Saint-Denis. «Le site optimal est celui qui regroupe le nouveau CHUM avec la faculté de médecine et d’autres composantes universitaires sur un même site, dans le but de créer une technopole de la santé et du savoir. Le site optimal de ce projet est le site d’Outremont, par sa superficie suffisante et par sa synergie avec les activités universitaires», peut-on lire.
Les deux experts, Armand Couture et Guy Saint-Pierre, en arrivent à cette conclusion en se basant sur les études antérieures et les nombreuses entrevues qu’ils ont réalisées en cours d’analyse. La portée de leurs travaux a toutefois été minimisée lundi par le ministre Couillard lors d’une entrevue au Devoir. M. Couillard a alors supposé que ce rapport était une synthèse des nombreuses analyses réalisées au cours des derniers mois.
Au sein du conseil des ministres, Philippe Couillard bataillerait depuis des mois en faveur du site du 1000, rue Saint-Denis. La question divise le gouvernement qui a toutefois promis de faire diligence, réaffirmant sa volonté de voir le nouvel hôpital ouvrir ses portes en 2010-11.
D’ici à ce qu’une décision soit annoncée, le rapport Couture-Saint-Pierre sera analysé. Il en ressort notamment que l’engagement du Canadien Pacifique (CP) de détourner le transport des «matières les plus dangereuses» apparaît comme un élément important qui a modifié «sensiblement les critères de sélection du site».
La sécurité environnementale du site d’Outremont a soulevé beaucoup d’inquiétude compte tenu du fait que la cour de triage est traversée au nord par une voie ferrée où on transporte notamment du chlore, des explosifs ainsi que des gaz comprimés. L’entente intervenue en décembre entre l’UdeM et le CP grâce à l’intervention du fondateur de Power Corporation, Paul Desmarais, a permis d’obtenir l’assurance d’un détournement de cette voie.
Le site du 1000, rue Saint-Denis, où s’élève l’hôpital Saint-Luc, est tout aussi exposé aux effets de matières dangereuses, font valoir MM. Couture et Saint-Pierre. En s’appuyant sur une étude de SNC-Lavalin, ils soulignent que de grandes quantités de matières dangereuses transitent par la gare de triage de Pointe-Saint-Charles, située à trois kilomètres de l’hôpital Saint-Luc. Le document mentionne que les études sur cette délicate question ont été «conduites selon les règles de l’art».
Sur la question des besoins en soins hospitaliers, les experts ont pris en compte le consensus sur la nécessité d’ériger un CHUM sur un seul site avec 700 lits spécialisés. Ils recommandent que les 300 lits devant assurer les soins dits de proximité soient établis à l’hôpital Notre-Dame (coût de 70 millions). L’avis de l’Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal, qui estimait qu’une décision en faveur d’Outremont créerait un déficit de 125 lits au centre-ville, est écarté. Cela «ne devrait pas être déterminant dans le choix du projet et du site optimal», écrivent MM. Couture et Saint-Pierre.
L’importance de la synergie apparaît comme l’un des principaux éléments d’analyse. À court terme, notent les experts, seul le projet d’Outremont offre cette synergie entre la faculté de médecine et l’hôpital universitaire, «avec des retombées importantes pour l’enseignement et la recherche en sciences de la santé».
En comparaison, le développement d’une technopole au 1000, rue Saint-Denis, n’est que théorique, comme on le note dans le rapport. Le projet nécessiterait le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, ce qui serait très onéreux: 180 millions. «La technopole au site du 1000 Saint-Denis n’est pas pratiquement réalisable dans les conditions actuelles», peut-on lire.
La synergie entre la technopole et le secteur privé est également retenue. C’est le «seul site qui offre des garanties de succès à la réalisation d’une technopole importante au Québec capable de cristalliser la réputation de Montréal dans les sciences de la santé tout en favorisant le rapprochement avec les initiatives fort probables du secteur privé».
On note également que Montréal International ainsi que les principaux acteurs du secteur pharmacologique et biomédical du Québec préfèrent le site d’Outremont «pour les activités privées de synergie du concept technopole».
Le privé pourrait également être mis à contribution pour la réalisation du projet. Les experts Couture et Saint-Pierre estiment que cette technopole peut prendre forme sous l’autorité d’un maître d’oeuvre public mais également en partenariat public-privé.
Dans l’hypothèse où le gouvernement Charest déciderait d’opter pour le 1000, rue Saint-Denis, les auteurs du rapport recommandent de démolir l’hôpital existant pour construire un édifice neuf. D’ailleurs, écrivent-ils, il y a eu sous-estimation des coûts de rénovation. «Le site Outremont ne coûtera pas plus cher tout en présentant des risques moindres liés aux imprévus et à la complexité de la réalisation du projet», précisent-ils.
Partant de la prémisse que le site du 1000, rue Saint-Denis ne respecte pas les normes, l’équipe d’experts a procédé à des ajustements des évaluations soumises par le CHUM, augmentant ainsi les coûts du projet. On souligne également que les frais qu’entraînerait la construction du CHUM tout en maintenant l’hôpital Saint-Luc ouvert, ce qu’on appelle les coûts de transition, n’ont pas été analysés. Mais globalement, «les coûts des projets sont tout à fait comparables et ont fait l’objet d’une évaluation d’environ 1,35 milliard de dollars».
Selon l’évaluation de MM. Couture et Saint-Pierre sur une base comparable, un CHUM au centre-ville nécessiterait un investissement de 1,4 milliard alors qu’à Outremont, il s’agirait d’une facture de 1,3 milliard. Si l’on ajoute les facultés des sciences de la santé, le projet de l’UdeM totaliserait 1,9 milliard. Toutefois, des variations de coûts apparaissent d’un tableau à l’autre dans le document. En page 86, la facture totale d’une technopole de la santé et du savoir est plutôt estimée à 1,7 milliard.
***
La lettre de présentation du rapport
Voici un extrait de la lettre de présentation du rapport Couture–Saint-Pierre transmise hier au premier ministre Jean Charest ainsi qu’au ministre de la Santé, Philippe Couillard.
«Dans le court laps de temps que nous avions, il nous était impossible de reprendre toutes les études qui furent effectuées dans ce dossier depuis plus de sept ans, dont certaines viennent tout juste d’être déposées.
Nous sommes conscients du climat émotif et surchauffé qui entoure le dossier. L’intérêt des médias pour les positions des uns et des autres en est une bonne illustration. De notre côté, nous avons abordé ce mandat avec toute l’énergie voulue et un grand souci d’objectivité, en gardant continuellement à l’esprit les intérêts supérieurs du Québec.
D’autres experts vous auraient peut-être donné des recommandations différentes. Celles que nous vous formulons représentent nos convictions sincères.»
Transmis hier au premier ministre Jean Charest ainsi qu’au ministre de la Santé, Philippe Couillard, le document d’une centaine de pages dont Le Devoir a pris connaissance tranche en faveur d’un projet jugé sécuritaire dont les risques de construction sont négligeables et à coûts comparables avec ceux de l’autre projet, au 1000, rue Saint-Denis. «Le site optimal est celui qui regroupe le nouveau CHUM avec la faculté de médecine et d’autres composantes universitaires sur un même site, dans le but de créer une technopole de la santé et du savoir. Le site optimal de ce projet est le site d’Outremont, par sa superficie suffisante et par sa synergie avec les activités universitaires», peut-on lire.
Les deux experts, Armand Couture et Guy Saint-Pierre, en arrivent à cette conclusion en se basant sur les études antérieures et les nombreuses entrevues qu’ils ont réalisées en cours d’analyse. La portée de leurs travaux a toutefois été minimisée lundi par le ministre Couillard lors d’une entrevue au Devoir. M. Couillard a alors supposé que ce rapport était une synthèse des nombreuses analyses réalisées au cours des derniers mois.
Au sein du conseil des ministres, Philippe Couillard bataillerait depuis des mois en faveur du site du 1000, rue Saint-Denis. La question divise le gouvernement qui a toutefois promis de faire diligence, réaffirmant sa volonté de voir le nouvel hôpital ouvrir ses portes en 2010-11.
D’ici à ce qu’une décision soit annoncée, le rapport Couture-Saint-Pierre sera analysé. Il en ressort notamment que l’engagement du Canadien Pacifique (CP) de détourner le transport des «matières les plus dangereuses» apparaît comme un élément important qui a modifié «sensiblement les critères de sélection du site».
La sécurité environnementale du site d’Outremont a soulevé beaucoup d’inquiétude compte tenu du fait que la cour de triage est traversée au nord par une voie ferrée où on transporte notamment du chlore, des explosifs ainsi que des gaz comprimés. L’entente intervenue en décembre entre l’UdeM et le CP grâce à l’intervention du fondateur de Power Corporation, Paul Desmarais, a permis d’obtenir l’assurance d’un détournement de cette voie.
Le site du 1000, rue Saint-Denis, où s’élève l’hôpital Saint-Luc, est tout aussi exposé aux effets de matières dangereuses, font valoir MM. Couture et Saint-Pierre. En s’appuyant sur une étude de SNC-Lavalin, ils soulignent que de grandes quantités de matières dangereuses transitent par la gare de triage de Pointe-Saint-Charles, située à trois kilomètres de l’hôpital Saint-Luc. Le document mentionne que les études sur cette délicate question ont été «conduites selon les règles de l’art».
Sur la question des besoins en soins hospitaliers, les experts ont pris en compte le consensus sur la nécessité d’ériger un CHUM sur un seul site avec 700 lits spécialisés. Ils recommandent que les 300 lits devant assurer les soins dits de proximité soient établis à l’hôpital Notre-Dame (coût de 70 millions). L’avis de l’Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal, qui estimait qu’une décision en faveur d’Outremont créerait un déficit de 125 lits au centre-ville, est écarté. Cela «ne devrait pas être déterminant dans le choix du projet et du site optimal», écrivent MM. Couture et Saint-Pierre.
L’importance de la synergie apparaît comme l’un des principaux éléments d’analyse. À court terme, notent les experts, seul le projet d’Outremont offre cette synergie entre la faculté de médecine et l’hôpital universitaire, «avec des retombées importantes pour l’enseignement et la recherche en sciences de la santé».
En comparaison, le développement d’une technopole au 1000, rue Saint-Denis, n’est que théorique, comme on le note dans le rapport. Le projet nécessiterait le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, ce qui serait très onéreux: 180 millions. «La technopole au site du 1000 Saint-Denis n’est pas pratiquement réalisable dans les conditions actuelles», peut-on lire.
La synergie entre la technopole et le secteur privé est également retenue. C’est le «seul site qui offre des garanties de succès à la réalisation d’une technopole importante au Québec capable de cristalliser la réputation de Montréal dans les sciences de la santé tout en favorisant le rapprochement avec les initiatives fort probables du secteur privé».
On note également que Montréal International ainsi que les principaux acteurs du secteur pharmacologique et biomédical du Québec préfèrent le site d’Outremont «pour les activités privées de synergie du concept technopole».
Le privé pourrait également être mis à contribution pour la réalisation du projet. Les experts Couture et Saint-Pierre estiment que cette technopole peut prendre forme sous l’autorité d’un maître d’oeuvre public mais également en partenariat public-privé.
Dans l’hypothèse où le gouvernement Charest déciderait d’opter pour le 1000, rue Saint-Denis, les auteurs du rapport recommandent de démolir l’hôpital existant pour construire un édifice neuf. D’ailleurs, écrivent-ils, il y a eu sous-estimation des coûts de rénovation. «Le site Outremont ne coûtera pas plus cher tout en présentant des risques moindres liés aux imprévus et à la complexité de la réalisation du projet», précisent-ils.
Partant de la prémisse que le site du 1000, rue Saint-Denis ne respecte pas les normes, l’équipe d’experts a procédé à des ajustements des évaluations soumises par le CHUM, augmentant ainsi les coûts du projet. On souligne également que les frais qu’entraînerait la construction du CHUM tout en maintenant l’hôpital Saint-Luc ouvert, ce qu’on appelle les coûts de transition, n’ont pas été analysés. Mais globalement, «les coûts des projets sont tout à fait comparables et ont fait l’objet d’une évaluation d’environ 1,35 milliard de dollars».
Selon l’évaluation de MM. Couture et Saint-Pierre sur une base comparable, un CHUM au centre-ville nécessiterait un investissement de 1,4 milliard alors qu’à Outremont, il s’agirait d’une facture de 1,3 milliard. Si l’on ajoute les facultés des sciences de la santé, le projet de l’UdeM totaliserait 1,9 milliard. Toutefois, des variations de coûts apparaissent d’un tableau à l’autre dans le document. En page 86, la facture totale d’une technopole de la santé et du savoir est plutôt estimée à 1,7 milliard.
***
La lettre de présentation du rapport
Voici un extrait de la lettre de présentation du rapport Couture–Saint-Pierre transmise hier au premier ministre Jean Charest ainsi qu’au ministre de la Santé, Philippe Couillard.
«Dans le court laps de temps que nous avions, il nous était impossible de reprendre toutes les études qui furent effectuées dans ce dossier depuis plus de sept ans, dont certaines viennent tout juste d’être déposées.
Nous sommes conscients du climat émotif et surchauffé qui entoure le dossier. L’intérêt des médias pour les positions des uns et des autres en est une bonne illustration. De notre côté, nous avons abordé ce mandat avec toute l’énergie voulue et un grand souci d’objectivité, en gardant continuellement à l’esprit les intérêts supérieurs du Québec.
D’autres experts vous auraient peut-être donné des recommandations différentes. Celles que nous vous formulons représentent nos convictions sincères.»
Haut de la page

