dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Libre opinion: Libérations conditionnelles, un système à abolir

Denis Beaudin - Chicoutimi  3 février 2005 
Réponse à Mohamed Lotfi

M. Lotfi, dans votre texte «Libérations conditionnelles - Ce dont vraiment personne ne parle... », publié dans Le Devoir vendredi dernier, vous affirmez «côtoyer» le milieu carcéral mais, manifestement, vous ne faites que l'effleurer.

Le système des libérations conditionnelles est parallèle et complètement indépendant de l'administration carcérale. Son processus de nomination est partisan, politique, et se doit de répondre à des commandes non officielles d'économie sous le couvert de la réinsertion sociale et dont le renouvellement contractuel est tributaire. Cette bavure monstrueuse d'avoir libéré Mario Bastien n'a aucune justification.

Il est important de mentionner qu'il est impossible que le comité ayant pris cette décision ne connaissait pas son passé. Lorsqu'une prison accueille un détenu, des documents doivent le justifier et, sans avoir tout l'historique de l'incarcéré, les copies de son dernier jugement suivent nécessairement. Et ces même documents se retrouvent devant le comité des libérations conditionnelles, auxquels sont jointes les évaluations carcérales selon le profil de l'individu, et ça, c'est un minimum.

Feindre l'ignorance non seulement constitue un énorme mensonge pour ceux qui connaissent le système à l'interne mais indique la mauvaise foi des autorités de se remettre en question. Ce système est non seulement à revoir mais devrait être carrément aboli, et je m'explique.

Le système carcéral lui-même possède déjà tous les pouvoirs de remise en liberté des détenus, et ce, de façon beaucoup plus large que la Commission des libérations conditionnelles, qui n'intervient qu'à un moment donné au cours d'une sentence. Ladite commission vient dédoubler ce qui existe déjà et est complètement inutile.

La loi sur les établissements de détention permet de sortir de prison n'importe quel détenu, en tout temps au cours de la sentence, sous les vocables utilisés à outrance de «surpopulation carcérale» ou de «raisons humanitaires». Cette même loi permet pour toutes autres raisons (travail ou autres) de remettre en liberté (absence temporaire) ces détenus.

Comme la majorité de la population, vous êtes tombé dans le piège des statistiques de réussite de réinsertion sociale. Pour votre information, le détenu qui récidive le lendemain de la fin officielle de sa sentence fera partie du taux de réussite. Ainsi, un crime commis d'une autre nature n'est pas une récidive.

Mais qu'est-ce qu'une vraie récidive ou encore un individu qui commet un autre crime? L'enfer est pavé de bonnes intentions. Analysons donc le parcours judiciaire d'un criminel.

À moins d'un crime grave (et, même là, pas toujours), la première sentence d'un individu ne le mènera jamais en prison mais plutôt à une amende, des travaux communautaires, une absolution conditionnelle, assortis d'ordonnances. Il tombera peut-être même sous la loi de la déjudiciarisation, qui permet à un individu ayant commis un geste de nature criminelle d'éviter le processus judiciaire et lui sert d'avertissement, sans aucune suite s'il n'y a pas récidive.

Statistiques maquillées

Un second dossier amènera des amendes plus lourdes et possiblement de la prison «virtuelle» à purger en société, de sorte qu'une première incarcération réelle viendra en fait après qu'une énième fois un individu aura commis un acte criminel. C'est à ce stade que je crois encore à une réinsertion sociale possible car les statistiques sont désastreuses par la suite; elles sont même maquillées.

D'entrée de jeu, la sentence du tribunal est automatiquement amputée du tiers (appelé communément «du bon temps») et comptera pour le double si le prévenu était incarcéré au moment de la sentence. Malgré qu'il soit admissible à une libération conditionnelle au sixième de sa peine, la prison a le pouvoir légal de le mettre en liberté en tout temps. Il y a plus. Depuis environ 1980, les maisons de transition ont été développées pour assurer un tampon entre la prison et la société. En plus des agents (gardiens), des travailleurs sociaux s'occupent des dossiers de réinsertion sociale. Il relève donc de la discrétion des autorités carcérales d'envoyer en semi-liberté un incarcéré. Lorsque les prisons sont pleines, il faut libérer.

Ainsi, quelle ne fut pas la surprise d'un procureur de la Couronne, aujourd'hui juge, de croiser dans la rue un individu qui avait été condamné la veille à 12 mois de prison. Le procureur a même appelé les autorités, pensant qu'il avait pu s'évader.

Devant un tel portrait d'économie sous couvert de la vertu de la «réinsertion sociale», combien de chances croyez-vous qu'un individu puisse vraiment avoir eues avant sa première chance officielle devant la complètement inutile Commission des libérations conditionnelles? Et combien de fois, pensez-vous, les autorités carcérales ont-elles libéré des détenus qui venaient d'être refusés aux libérations conditionnelles?

Donc, M. Lotfi, vous pouvez constater toute la différence entre «être en contact» avec le milieu carcéral et percevoir ses aspects les moins visibles.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Idées
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012