Ubisoft accro à Montréal
Photo : Jacques Nadeau
Sébastien Legrain, un membre de l’équipe montréalaise d’Ubisoft, en compagnie du premier ministre Jean Charest, hier, peu après l’annonce de l’entreprise d’investir 700 millions pour doubler la taille de son studio, permettant ainsi l’app
Montréal confirme une fois de plus son statut d'étoile montante du jeu vidéo. Préférant la métropole à trois autres villes où il songeait asseoir ou rehausser sa présence, le créateur Ubisoft a annoncé hier son intention d'investir jusqu'à 700 millions de dollars sur cinq ans afin de doubler la taille de son studio de développement québécois, lequel compte déjà 1000 artistes, programmeurs et ingénieurs.
Mais l'entreprise française, dont les artisans d'ici ont créé Splinter Cell, Prince of Persia et Myst IV, n'est pas seule dans l'aventure.
D'abord, Québec allongera jusqu'en 2010 le crédit d'impôt de 37,5 % sur les salaires dans la production multimédia et injectera 17,6 millions dans le cadre de divers programmes réguliers. De plus, pour avoir subitement fait passer ce crédit de 50 % à 37,5 % en 2003, après l'élection des libéraux sous Jean Charest, Québec indemnisera Ubisoft à hauteur de 29,7 millions. Enfin, Ottawa fera une contribution remboursable de cinq millions.
La somme de 17,6 millions avancée par Québec renferme par ailleurs une tranche de 5,3 millions qui sera affectée à la mise sur pied prochaine d'un «centre de formation spécialisé en jeu électronique». Pas plus tard qu'en décembre, Ubisoft disait souffrir d'une pénurie de main-d'oeuvre en spéculant sur d'éventuelles façons d'y remédier, notamment par une forme de partenariat public-privé.
Prié d'expliquer pourquoi Québec continuait de soutenir une société en apparence solide, le premier ministre Jean Charest a indiqué que le gouvernement a entamé un certain retrait des crédits d'impôt en 2003 mais qu'il demeurait sensible aux industries à forte concurrence, comme c'est aussi le cas pour la production cinématographique.
«Nous réduisons notre participation, mais cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas du tout présents», a dit hier Jean Charest, dont le gouvernement est également sollicité ces jours-ci par Bombardier en ce qui concerne son ambitieux projet portant sur une nouvelle famille d'avions. Si ce crédit d'impôt n'existait pas, a dit Gérard Guillemot, un des cinq frères-fondateurs et membre du conseil d'administration, Ubisoft serait tout de même à Montréal, quoique dans une mesure peut-être plus modeste.
«Le soutien et les encouragements financiers des gouvernements, et en particulier le programme de crédits d'impôt de Québec, ont joué un rôle de catalyseur important dans la décision, mais c'est dans une large mesure la qualité des ressources qu'on trouve à Montréal qui représente la raison principale», a dit Martin Tremblay, qui dirige depuis 2000 le studio montréalais où travaille 40 % de la main-d'oeuvre de l'entreprise. Gérard Guillemot a mentionné au terme de la conférence de presse que, parmi les autres villes en lice, figuraient Vancouver, Orlando et Shanghai.
Nouvelle génération
Ubisoft, qui compte la deuxième plus grande équipe de créateurs au monde, tente déjà de se positionner pour la croissance à laquelle l'industrie semble vouée au cours des prochaines années. À l'échelle mondiale, les ventes de jeux vidéo l'an dernier ont atteint 7,3 milliards $US et pourraient connaître un nouveau décollage avec l'arrivée des nouvelles consoles de jeux telles que le PlayStation 3 ou le prochain Xbox, d'ici la fin de l'année ou en 2006. L'entreprise a fait en 2003-04 un chiffre d'affaires d'environ 650 millions $US.
L'entreprise est de loin le plus gros studio à Montréal, où une main-d'oeuvre jeune et profondément passionnée du jeu s'active dans plus d'une trentaine d'entreprises de création. Au Québec, les estimations chiffrent généralement entre 1500 et 2500 le nombre d'employés du secteur du jeu interactif.
Ubisoft a récemment eu la frousse lorsque le géant mondial du jeu vidéo, Electronic Arts, s'est procuré une tranche de 19,9 % des actions de la compagnie. Ubisoft a immédiatement qualifié le geste d'«hostile», tandis qu'Electronic Arts, qui a lui aussi un studio à Montréal depuis un peu plus d'un an, n'a toujours pas révélé ses intentions à long terme.
L'entreprise, dont le bail dans son actuel établissement du boulevard Saint-Laurent ne prend fin que dans quelques années, devra trouver le moyen d'abriter ses nouveaux employés. Selon M. Tremblay, il faudra notamment réfléchir à l'idée d'un deuxième site de production.
Le chef de l'opposition à Québec, Bernard Landry, s'est dit ravi de l'annonce d'hier en estimant «ironique et paradoxal que le gouvernement Charest, qui prône le laisser-faire économique et qui, surtout, décriait les avantages fiscaux accordés par le gouvernement du Parti québécois aux entreprises de la nouvelle économie situées dans les sites désignés, telle la Cité du multimédia, soit présent à l'événement de presse et souligne le succès de l'entreprise».
Le Devoir
Mais l'entreprise française, dont les artisans d'ici ont créé Splinter Cell, Prince of Persia et Myst IV, n'est pas seule dans l'aventure.
D'abord, Québec allongera jusqu'en 2010 le crédit d'impôt de 37,5 % sur les salaires dans la production multimédia et injectera 17,6 millions dans le cadre de divers programmes réguliers. De plus, pour avoir subitement fait passer ce crédit de 50 % à 37,5 % en 2003, après l'élection des libéraux sous Jean Charest, Québec indemnisera Ubisoft à hauteur de 29,7 millions. Enfin, Ottawa fera une contribution remboursable de cinq millions.
La somme de 17,6 millions avancée par Québec renferme par ailleurs une tranche de 5,3 millions qui sera affectée à la mise sur pied prochaine d'un «centre de formation spécialisé en jeu électronique». Pas plus tard qu'en décembre, Ubisoft disait souffrir d'une pénurie de main-d'oeuvre en spéculant sur d'éventuelles façons d'y remédier, notamment par une forme de partenariat public-privé.
Prié d'expliquer pourquoi Québec continuait de soutenir une société en apparence solide, le premier ministre Jean Charest a indiqué que le gouvernement a entamé un certain retrait des crédits d'impôt en 2003 mais qu'il demeurait sensible aux industries à forte concurrence, comme c'est aussi le cas pour la production cinématographique.
«Nous réduisons notre participation, mais cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas du tout présents», a dit hier Jean Charest, dont le gouvernement est également sollicité ces jours-ci par Bombardier en ce qui concerne son ambitieux projet portant sur une nouvelle famille d'avions. Si ce crédit d'impôt n'existait pas, a dit Gérard Guillemot, un des cinq frères-fondateurs et membre du conseil d'administration, Ubisoft serait tout de même à Montréal, quoique dans une mesure peut-être plus modeste.
«Le soutien et les encouragements financiers des gouvernements, et en particulier le programme de crédits d'impôt de Québec, ont joué un rôle de catalyseur important dans la décision, mais c'est dans une large mesure la qualité des ressources qu'on trouve à Montréal qui représente la raison principale», a dit Martin Tremblay, qui dirige depuis 2000 le studio montréalais où travaille 40 % de la main-d'oeuvre de l'entreprise. Gérard Guillemot a mentionné au terme de la conférence de presse que, parmi les autres villes en lice, figuraient Vancouver, Orlando et Shanghai.
Nouvelle génération
Ubisoft, qui compte la deuxième plus grande équipe de créateurs au monde, tente déjà de se positionner pour la croissance à laquelle l'industrie semble vouée au cours des prochaines années. À l'échelle mondiale, les ventes de jeux vidéo l'an dernier ont atteint 7,3 milliards $US et pourraient connaître un nouveau décollage avec l'arrivée des nouvelles consoles de jeux telles que le PlayStation 3 ou le prochain Xbox, d'ici la fin de l'année ou en 2006. L'entreprise a fait en 2003-04 un chiffre d'affaires d'environ 650 millions $US.
L'entreprise est de loin le plus gros studio à Montréal, où une main-d'oeuvre jeune et profondément passionnée du jeu s'active dans plus d'une trentaine d'entreprises de création. Au Québec, les estimations chiffrent généralement entre 1500 et 2500 le nombre d'employés du secteur du jeu interactif.
Ubisoft a récemment eu la frousse lorsque le géant mondial du jeu vidéo, Electronic Arts, s'est procuré une tranche de 19,9 % des actions de la compagnie. Ubisoft a immédiatement qualifié le geste d'«hostile», tandis qu'Electronic Arts, qui a lui aussi un studio à Montréal depuis un peu plus d'un an, n'a toujours pas révélé ses intentions à long terme.
L'entreprise, dont le bail dans son actuel établissement du boulevard Saint-Laurent ne prend fin que dans quelques années, devra trouver le moyen d'abriter ses nouveaux employés. Selon M. Tremblay, il faudra notamment réfléchir à l'idée d'un deuxième site de production.
Le chef de l'opposition à Québec, Bernard Landry, s'est dit ravi de l'annonce d'hier en estimant «ironique et paradoxal que le gouvernement Charest, qui prône le laisser-faire économique et qui, surtout, décriait les avantages fiscaux accordés par le gouvernement du Parti québécois aux entreprises de la nouvelle économie situées dans les sites désignés, telle la Cité du multimédia, soit présent à l'événement de presse et souligne le succès de l'entreprise».
Le Devoir
- » ubisoft
Haut de la page

