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Des Masques revendicateurs

Trois Masques pour L’Asile de la pureté, du TNM, et pour Romances et karaoké, du Théâtre Le Clou

Antoine Robitaille   31 janvier 2005 
Albert Millaire a obtenu le deuxième Masque de sa carrière pour un rôle de soutien pour son interprétation dans Oreste: The Reality Show.
Photo : Jacques Grenier
Albert Millaire a obtenu le deuxième Masque de sa carrière pour un rôle de soutien pour son interprétation dans Oreste: The Reality Show.
Les productions L’Asile de la pureté, une pièce de l’écrivain Claude Gauvreau produite par le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) et Romances et karaoké, du Théâtre Le Clou, ont été les grandes gagnantes de la 11e Soirée des Masques, hier soir, au Monument-National. Elles ont chacune remporté trois des 20 trophées remis par l’Académie québécoise du Théâtre (AQT), qui récompense annuellement, par ces statuettes, ses comédiens, ses artisans et leurs productions.

Ce fut une soirée revendicatrice. D’abord à cause des comédiens, qui réclament d’être rémunérés pour les heures consacrées aux répétitions. Ils ont annoncé il y a une semaine qu’en guise de moyen de pression, ils refuseraient de signer d’ici le 17 avril tout contrat pour 2005-2006.
Dès la remise du premier Masque, celui de l’interprétation masculine dans un rôle de soutien, le lauréat Albert Millaire y a fait référence: «C’est chouette les rôles de soutien parce qu’on répète moins. Ça coûte moins cher aux producteurs.» (Millaire en était à son deuxième Masque en trois saisons pour son interprétation dans Oreste: The Reality Show, de Luce Pelletier et de Serge Denoncourt, une production du Théâtre de l’Opsis.)
Le directeur du Théâtre du Trident, Gill Champagne, venu sur scène chercher le Masque de Québec pour HA ha!…, de Réjean Ducharme, a ensuite calmé le jeu en exprimant l’opinion des Théâtres Associés : «Nous connaissons bien vos conditions, a-t-il dit aux comédiens, nous savons qu’elles méritent d’être améliorées […]. Mais pour ce faire, il faut plus d’argent et cet argent ne se trouve pas dans nos théâtres […]. Nous demandons donc à l’Union des artistes de faire connaître clairement ses demandes dès demain. Partant de là, nous travaillerons pour faire en sorte qu’il y ait du théâtre au Québec la saison prochaine.»
Plus d’argent : c’est aussi le message qui a été lancé à maintes reprises aux élus, notamment pour trouver des sous afin de rénover le Théâtre de Quat’Sous «qui tombe en ruine», a dit Claude Poissant, coanimateur et metteur en scène de la soirée.
Tout au long de la soirée, hier, on a du reste rendu hommage à cette institution fondée il y a 50 ans par Paul Buissonneau en compagnie d’Yvon Deschamps, de Claude Léveillée et du regretté Jean-Louis Millette. Buissonneau et quatre autres personnalités qui ont dirigé cette institution — Louise Latraverse, Louison Danis, Pierre Bernard, Wajdi Mouawad et Éric Jean— sont même montés sur scène. Claude Poissant s’est d’ailleurs inspiré des coups d’éclat et des réalisations du Quat’Sous depuis sa fondation pour les sketchs qui ont ponctué la soirée.
Toujours sur le ton de la revendication, les trois zigotos du groupe rap Loco Locass sont venus soulever et faire danser la foule avec son succès «Libérez-nous des libéraux». Le gala s’est clos sur une série d’espoirs: que le Rideau Vert refasse sa santé financière, que l’espace Jean-Pierre Perreault «retrouve sa danse et ses danseurs», que «l’enseignement des arts soit primordial au primaire et au secondaire».

Prix
Mais revenons aux prix : pour une seconde fois, le comédien Marc Béland a remporté le convoité Masque de l’interprétation masculine pour son rôle dans L’Asile de la pureté, mis en scène par Lorraine Pintal, directrice du TNM, laquelle compagnie était en nomination dans huit catégories. L’Asile de la pureté a aussi été récompensée pour ses costumes, conçus par Marie-Chantale Vaillancourt (qui recevait ainsi son deuxième Masque) et pour sa conception sonore signée Walter Boudreau. (qui a reçu le prix ex aequo avec Larsen Lupin, auteur de la musique d’Everybody’s Welles pour tous, de Patrice Dubois et de Martin Labrecque, du Théâtre PàP.)
Louison Danis — la «maman Bougon» — a enfin obtenu un premier Masque après quatre nominations: celui de l’interprétation féminine dans un rôle de soutien, pour sa prestation dans Avec Norm, de Serge Boucher, du Théâtre d’Aujourd’hui. Le Masque de l’interprétation féminine est allé à Muriel Dutil, pour son rôle dans Grace et gloria, de Tom Ziegler, produite par le Théâtre du Tandem. Le Théâtre Le Clou, de Montréal a pour sa part obtenu le trophée de la production jeunes publics, celui du texte original (signé Francis Monty) et celui de la mise en scène, conçue par Benoît Vermeulen. Autre grand gagnant, le Théâtre PàP, pour la production Everybody’s..., qui, outre celui de la musique, a obtenu le Masque Montréal (tout comme en 2003, où elle avait reçu le même trophée pour Le Ventriloque). Un autre Dubois, Frédéric (en fait le frère du Patrice du Théâtre PàP), a reçu le Masque de Québec pour HA ha!…
Le Masque du public Loto-Québec a été remis à Gros et détail, une production du Théâtre «Bienvenue aux Dames!», une petite troupe de Québec. Les jeunes ont décerné quant à eux le Masque des enfants terribles à la production T’as aucune chance de la compagnie La fondation de la Tolérance. L’ATQ se félicite de la participation du public pour ces deux derniers prix, car 57 000 personnes ont voté dans le cadre du prix pour adultes et 32 848 jeunes ont exprimé leur choix.
Enfin, le Masque de la production régions est allé à la pièce Le Gros Homme et la Mère, des Productions A Tour de rôle, à Carleton-sur-Mer. La pièce Jean et Béatrice, du Théâtre du Trillium (Ottawa), a été choisie meilleure production franco-ontarienne, et W-Munkscirkusz, jouée au Carrefour international de théâtre (Québec), production étrangère de l’année.

Deux actes télévisés
La soirée a été animée par quatre jeunes interprètes révélés au public ces dernières années: Évelyne Gélinas, Benoît McGinnis, Pascale Montreuil et David Savard. (Ce dernier nous a donné un des moments les plus délirants de la soirée, lorsqu’il a procédé au tirage au sort d’un gagnant avec la présidente de L’AQT.) La soirée était télédiffusée en «deux actes»; un premier à ArtV, entre 19 et 20 heures et un second à Radio-Canada, entre 20 et 22 heures. L’an dernier, les Masques avaient attiré 404 000 téléspectateurs, malgré la concurrence du Super Bowl, qui avait capté l’attention de 669 000, sur RDS seulement. Cette année, les Masques n’ont pas eu à souffrir une telle concurrence.
 
 
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