Une filiale de Power intéressée par le CHUM
Kathleen Lévesque
27 janvier 2005
Une filiale de Power Corporation, les Conseillers immobiliers GWL, pourrait envisager de soumissionner à un projet de partenariat public-privé pour la construction du CHUM et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).
GWL est le bras immobilier de la compagnie d'assurance vie Great-West, qui appartient à Power Corporation. Or le fondateur de l'empire Power, Paul Desmarais, est l'un des plus ardents promoteurs de la cour de triage d'Outremont comme site d'implantation du futur CHUM.
Le vice-président de la gestion des actifs de GWL, Paul Jussaume, a affirmé hier au Devoir que son entreprise s'intéresse aux grands projets de partenariat public-privé (PPP ou P3) pour lesquels le gouvernement de Jean Charest a ouvert la porte. «On ne dit pas non à un tel projet. Les investissements de P3 sont une voie intéressante et, à titre de conseillers financiers, on agit pour nos clients. [...] Mais c'est du cas par cas. On évalue chaque projet au mérite. Et il y a une certaine envergure de projets qui nous intéresse», a affirmé M. Jussaume.
L'intérêt de GWL pour le secteur hospitalier n'est pas nouveau. La firme a soumissionné pour le contrat de construction en PPP de l'hôpital d'Abbotsford, en Colombie-Britannique. Le projet a toutefois été confié à une autre entreprise. Par contre, GWL a obtenu le contrat de PPP pour l'érection du Calgary Courts Center, en Alberta.
Dans ce dernier dossier, GWL fait partie d'un consortium où se retrouve également une filiale de SNC-Lavalin, l'un des principaux consultants dans le controversé dossier du CHUM. Comme l'a confirmé la firme d'ingénierie, SNC-Lavalin PROFAC s'est fait confier le mandat d'exploitation et d'entretien de l'édifice — la fin des travaux est prévue en 2007 — pour une période de 30 ans. Cette filiale gère déjà 7,4 millions de pieds carrés de locaux dans des immeubles à travers le Canada.
Quant à savoir si GWL et SNC-Lavalin pourraient une nouvelle fois être partenaires d'affaires pour les projets du CHUM et du CUSM, Paul Jussaume ne ferme aucune porte. «Il n'y a pas d'équipe nationale, mais si on veut préparer une soumission gagnante, il faut choisir les meilleurs partenaires», a-t-il souligné.
Du côté de SNC-Lavalin, on a refusé hier de faire quelque commentaire que ce soit compte tenu du fait que la firme «mène actuellement des études pour le CHUM». On indique toutefois que «SNC-Lavalin est extrêmement sélective dans les projets de PPP» et pourrait être intéressée dans les secteurs où la firme a déjà une expertise, dont l'exploitation de bâtiments.
SNC-Lavalin a fait des évaluations du site d'Outremont pour le compte de l'Université de Montréal. La firme avait également fait l'analyse du précédent scénario du 6000, rue Saint-Denis, en 2000. À cette époque, Guy Saint-Pierre présidait le conseil d'administration de SNC-Lavalin. M. Saint-Pierre est aujourd'hui l'un des deux experts mandatés par le gouvernement Charest pour donner un éclairage dans le dossier; les recommandations sont attendues mardi.
Des travaux similaires ont été effectués l'automne dernier. Le gouvernement Charest avait notamment demandé un avis à l'ancien premier ministre du Québec, Daniel Johnson, qui avait coprésidé avec l'ancien premier ministre du Canada, Brian Mulroney, la commission d'analyse des projets d'implantation du CHUM et du CUSM. La commission avait alors recommandé l'implantation du CHUM au centre-ville, là où s'élève l'hôpital Saint-Luc. Après analyse du site Outremont, M. Johnson avait maintenu sa recommandation, concluant que le projet entraînerait des dépassements de coûts compte tenu des intentions de Québec de limiter son investissement à 800 millions.
Daniel Johnson compte parmi les administrateurs de la Compagnie d'assurance vie Great-West, propriétaire des Conseillers immobiliers GWL.
Le rapport de M. Johnson, transmis en décembre et défavorable à Outremont, est apparu comme une difficulté supplémentaire qui se dressait sur le chemin du projet d'Outremont à la fin de l'automne. La famille Desmarais avait dès lors été plus active. Déjà, Paul Desmarais était intervenu dès le printemps dernier auprès du président du Canadien Pacifique, Robert Ritchie, pour faciliter la vente du terrain à l'Université de Montréal; une entente est intervenue en décembre dernier.
Par la suite, l'épouse de Paul Desmarais junior (tête dirigeante de Power), Hélène Desmarais, est montée aux barricades pour défendre un centre hospitalier universitaire à Outremont. En décembre, elle signait un texte publié dans le quotidien La Presse (propriété de Gesca, une filiale de Power dirigée par André Desmarais) défendant l'idée selon laquelle un tel investissement s'inscrirait «dans une stratégie de création de la richesse pour l'ensemble de notre collectivité». Quelques semaines plus tard, Mme Desmarais lançait un appel à la communauté des affaires pour que certains leaders prennent la parole publiquement. Une autre lettre a ainsi été publiée dans La Presse, signée par les Jean Coutu, André Caillé, Rémi Marcoux, Pierre Boivin et autres Marcel Dutil.
Hélène Desmarais a également entrepris une tournée pour tenter de freiner les critiques que le projet d'Outremont a suscitées et aussi obtenir l'adhésion la plus large possible. Des contacts ont notamment été établis avec Le Devoir, l'ancien président de la CSN, Gérald Larose, ainsi que le président de la FTQ, Henri Massé. Ce dernier a soutenu hier n'avoir manifesté aucun «enthousiasme, ni pour un projet ni pour un autre».
Mme Desmarais est impliquée dans le domaine de la santé depuis plusieurs années. Elle a présidé en 1997 le comité santé de la Ville de Montréal, qui recommandait entre autres de renforcer le secteur de la santé dans la métropole. Elle préside actuellement le Centre d'entreprise et d'innovation de Montréal, qui soutient notamment le démarrage d'entreprises en technologies médicales.
Le site d'Outremont ne bénéficie pas seulement d'appuis dans le milieu des affaires. Le projet est largement appuyé par les médecins du CHUM ainsi que par l'UdeM, qui en est le porteur officiel.
Selon des personnes proches du dossier qui ont requis l'anonymat, le site d'Outremont se prêterait plus facilement à la formule des PPP. Il semble que le secteur privé aurait des réticences à financer, construire et exploiter un CHUM dont une partie est déjà construite, comme à Saint-Luc: le privé devrait ainsi assumer les risques d'un édifice mais également d'une administration dont il n'aurait pas eu le contrôle de A à Z. Chose certaine, les PPP apparaissent comme l'un des outils fondamentaux du gouvernement Charest afin d'alléger le rôle de l'État, coincé dans un important carcan financier.
GWL est le bras immobilier de la compagnie d'assurance vie Great-West, qui appartient à Power Corporation. Or le fondateur de l'empire Power, Paul Desmarais, est l'un des plus ardents promoteurs de la cour de triage d'Outremont comme site d'implantation du futur CHUM.
Le vice-président de la gestion des actifs de GWL, Paul Jussaume, a affirmé hier au Devoir que son entreprise s'intéresse aux grands projets de partenariat public-privé (PPP ou P3) pour lesquels le gouvernement de Jean Charest a ouvert la porte. «On ne dit pas non à un tel projet. Les investissements de P3 sont une voie intéressante et, à titre de conseillers financiers, on agit pour nos clients. [...] Mais c'est du cas par cas. On évalue chaque projet au mérite. Et il y a une certaine envergure de projets qui nous intéresse», a affirmé M. Jussaume.
L'intérêt de GWL pour le secteur hospitalier n'est pas nouveau. La firme a soumissionné pour le contrat de construction en PPP de l'hôpital d'Abbotsford, en Colombie-Britannique. Le projet a toutefois été confié à une autre entreprise. Par contre, GWL a obtenu le contrat de PPP pour l'érection du Calgary Courts Center, en Alberta.
Dans ce dernier dossier, GWL fait partie d'un consortium où se retrouve également une filiale de SNC-Lavalin, l'un des principaux consultants dans le controversé dossier du CHUM. Comme l'a confirmé la firme d'ingénierie, SNC-Lavalin PROFAC s'est fait confier le mandat d'exploitation et d'entretien de l'édifice — la fin des travaux est prévue en 2007 — pour une période de 30 ans. Cette filiale gère déjà 7,4 millions de pieds carrés de locaux dans des immeubles à travers le Canada.
Quant à savoir si GWL et SNC-Lavalin pourraient une nouvelle fois être partenaires d'affaires pour les projets du CHUM et du CUSM, Paul Jussaume ne ferme aucune porte. «Il n'y a pas d'équipe nationale, mais si on veut préparer une soumission gagnante, il faut choisir les meilleurs partenaires», a-t-il souligné.
Du côté de SNC-Lavalin, on a refusé hier de faire quelque commentaire que ce soit compte tenu du fait que la firme «mène actuellement des études pour le CHUM». On indique toutefois que «SNC-Lavalin est extrêmement sélective dans les projets de PPP» et pourrait être intéressée dans les secteurs où la firme a déjà une expertise, dont l'exploitation de bâtiments.
SNC-Lavalin a fait des évaluations du site d'Outremont pour le compte de l'Université de Montréal. La firme avait également fait l'analyse du précédent scénario du 6000, rue Saint-Denis, en 2000. À cette époque, Guy Saint-Pierre présidait le conseil d'administration de SNC-Lavalin. M. Saint-Pierre est aujourd'hui l'un des deux experts mandatés par le gouvernement Charest pour donner un éclairage dans le dossier; les recommandations sont attendues mardi.
Des travaux similaires ont été effectués l'automne dernier. Le gouvernement Charest avait notamment demandé un avis à l'ancien premier ministre du Québec, Daniel Johnson, qui avait coprésidé avec l'ancien premier ministre du Canada, Brian Mulroney, la commission d'analyse des projets d'implantation du CHUM et du CUSM. La commission avait alors recommandé l'implantation du CHUM au centre-ville, là où s'élève l'hôpital Saint-Luc. Après analyse du site Outremont, M. Johnson avait maintenu sa recommandation, concluant que le projet entraînerait des dépassements de coûts compte tenu des intentions de Québec de limiter son investissement à 800 millions.
Daniel Johnson compte parmi les administrateurs de la Compagnie d'assurance vie Great-West, propriétaire des Conseillers immobiliers GWL.
Le rapport de M. Johnson, transmis en décembre et défavorable à Outremont, est apparu comme une difficulté supplémentaire qui se dressait sur le chemin du projet d'Outremont à la fin de l'automne. La famille Desmarais avait dès lors été plus active. Déjà, Paul Desmarais était intervenu dès le printemps dernier auprès du président du Canadien Pacifique, Robert Ritchie, pour faciliter la vente du terrain à l'Université de Montréal; une entente est intervenue en décembre dernier.
Par la suite, l'épouse de Paul Desmarais junior (tête dirigeante de Power), Hélène Desmarais, est montée aux barricades pour défendre un centre hospitalier universitaire à Outremont. En décembre, elle signait un texte publié dans le quotidien La Presse (propriété de Gesca, une filiale de Power dirigée par André Desmarais) défendant l'idée selon laquelle un tel investissement s'inscrirait «dans une stratégie de création de la richesse pour l'ensemble de notre collectivité». Quelques semaines plus tard, Mme Desmarais lançait un appel à la communauté des affaires pour que certains leaders prennent la parole publiquement. Une autre lettre a ainsi été publiée dans La Presse, signée par les Jean Coutu, André Caillé, Rémi Marcoux, Pierre Boivin et autres Marcel Dutil.
Hélène Desmarais a également entrepris une tournée pour tenter de freiner les critiques que le projet d'Outremont a suscitées et aussi obtenir l'adhésion la plus large possible. Des contacts ont notamment été établis avec Le Devoir, l'ancien président de la CSN, Gérald Larose, ainsi que le président de la FTQ, Henri Massé. Ce dernier a soutenu hier n'avoir manifesté aucun «enthousiasme, ni pour un projet ni pour un autre».
Mme Desmarais est impliquée dans le domaine de la santé depuis plusieurs années. Elle a présidé en 1997 le comité santé de la Ville de Montréal, qui recommandait entre autres de renforcer le secteur de la santé dans la métropole. Elle préside actuellement le Centre d'entreprise et d'innovation de Montréal, qui soutient notamment le démarrage d'entreprises en technologies médicales.
Le site d'Outremont ne bénéficie pas seulement d'appuis dans le milieu des affaires. Le projet est largement appuyé par les médecins du CHUM ainsi que par l'UdeM, qui en est le porteur officiel.
Selon des personnes proches du dossier qui ont requis l'anonymat, le site d'Outremont se prêterait plus facilement à la formule des PPP. Il semble que le secteur privé aurait des réticences à financer, construire et exploiter un CHUM dont une partie est déjà construite, comme à Saint-Luc: le privé devrait ainsi assumer les risques d'un édifice mais également d'une administration dont il n'aurait pas eu le contrôle de A à Z. Chose certaine, les PPP apparaissent comme l'un des outils fondamentaux du gouvernement Charest afin d'alléger le rôle de l'État, coincé dans un important carcan financier.
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