Conférence sur la biodiversité, à Paris - Le compte à rebours est commencé
La Conférence biodiversité: science et gouvernance s'est ouverte hier à Paris avec l'objectif de tenter d'enrayer la «sixième grande vague d'extinction des espèces depuis l'apparition de la vie sur terre», selon le mot du président Chirac, qui propose de concert avec la communauté scientifique une réforme des nombreuses institutions internationales qui se partagent ces responsabilités et la création d'un noyau stratégique de coordination des travaux scientifiques sur la biodiversité à l'échelle planétaire.
Alors que les chercheurs affirment que le rythme accéléré des disparitions d'espèces réduit dangereusement notre capacité d'adaptation aux changements et que l'humanité a enclenché un dangereux compte à rebours aux dépens de la biosphère, les politiques dressent à Paris un bilan peu flatteur des consensus établis à Rio et à Johannesburg pour protéger la diversité biologique de la Terre. Il y a en effet consensus à Paris entre chercheurs et politiques sur un fait: la signature en 1992 de la Convention sur la protection de la diversité biologique n'a pas réduit le rythme de disparition des espèces vivantes sur la planète, un rythme qui dépasse de 100 à 1000 fois celui des derniers millénaires.
Pourtant, la convention de Rio — que les États-Unis de Bush père ont refusé de signer pour protéger les multinationales de la biotechnologie et de la pharmacologie — a été ratifiée par 175 pays et elle est en vigueur depuis décembre 1993. À Johannesburg en 2002, la communauté internationale a convenu plus modestement de stabiliser le rythme de disparition des espèces d'ici à 2010, mais tout le monde convient que l'objectif ne sera pas atteint à moins d'un coup de barre majeur.
C'est ce coup de barre que le président de la France, Jacques Chirac, a proposé hier en lançant l'idée de réformer la gouvernance internationale présentement éparpillée entre un trop grand nombre d'instances et de conventions avec chacune leur secrétariat. Son voeu rejoint celui de plusieurs sommités scientifiques qui ont lancé hier «l'appel de Paris», une proposition visant à créer un comité d'experts internationaux qui superviseraient les travaux scientifiques, selon la formule utilisée pour faire avancer la science sur la question des changements climatiques.
Le président Chirac, qui a abondé dans le même sens, placerait cet organisme sous l'autorité directe de l'ONU, ce que certains gestionnaires de convention perçoivent comme une entorse à leur autonomie. Pour le président français, «les travaux du groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat depuis 1988 ont permis de parvenir à un consensus scientifique sur la réalité et la portée du réchauffement climatique que beaucoup, au départ, se refusaient à admettre. Pour la diversité biologique, nous avons besoin d'un dispositif similaire».
Plusieurs groupes écologistes français ont pour leur part accusé leur gouvernement d'adopter un double discours dans ce domaine, alors qu'il a réduit ses budgets alloués à la biodiversité et qu'il ne lève pas le petit doigt contre ses exploitants forestiers qui pillent les forêts tropicales. De grandes organisations internationales comme Greenpeace et les Amis de la Terre ont d'ailleurs décidé d'organiser un contre-sommet à Paris pour dénoncer les «contradictions» de la France et l'amener à «agir» plus vigoureusement sur le terrain et auprès de ses industriels.
Par contre, le discours du pays hôte de la conférence rejoint les objectifs des chercheurs comme Michel Loreau, président du Comité scientifique de la conférence, ou de l'Américain Edward Wilson, de Harvard, considéré comme le «père» de la biodiversité, un mot qu'il a inventé en 1985 dans un colloque scientifique.
Les recherches sur les disparitions d'espèces indiquent qu'il y a eu cinq grandes crises d'extinction depuis le début des temps géologiques. La plus meurtrière, celle du permien, est survenue il y a 245 millions d'années. On a calculé que 95 % des espèces présentes sur la Terre ont alors disparu. Or le rythme actuel des disparitions d'espèce s'apparente à ces cinq grandes crise. Et ce sera la «mégafaune», disent les chercheurs, soit les animaux de grande taille comme les ours polaires, tigres et autres qui seront les plus durement touchés parce que leurs habitats diminuent chaque jour et qu'ils dépendent souvent d'espèces elles aussi fragilisées par les interventions humaines, sans parler du réchauffement du climat, qui aggrave la situation d'ensemble. Les chercheurs réunis à Paris estiment qu'il faudrait attendre 10 millions d'années «pour voir la biodiversité retrouver sa valeur initiale».
Les humains ont jusqu'ici identifié 1,75 million d'espèces sur un total qui va, selon les études, de 10 à 30 millions. Actuellement, 15 589 espèces sont répertoriées comme menacées dans la liste publiée par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Le nombre d'espèces «animales» en péril est passé de 5205 en 1996 à 7266 en 2004: le quart des 4630 espèces de mammifères connus sont menacées de disparition ainsi que 11 % des 9675 espèces d'oiseaux.
Certains maillons de la vie sont dans un état encore plus précaire. Ainsi, les 23 espèces d'albatros dans le monde sont menacées alors qu'il n'y en avait que trois en 1996. Les albatros se prennent dans les filets de pêche dévirants, lesquels menacent 83 espèces en tout. Les bilans préparés pour la conférence de Paris indiquent par ailleurs qu'une espèce d'amphibiens sur trois est menacée ainsi que la moitié des tortues aquatiques, la plupart du temps pour cause de surexploitation parce que leurs cycles de reproduction ne suivent pas le niveau de récolte. L'étalement urbain, le remblayage des plaines alluviales et la déforestation — on rase l'équivalent en forêts de la surface de Paris chaque minute, ce qui a fait disparaître 14 % des forêts du globe — menacent présentement 60 000 espèces végétales sur les 360 000 connues. Globalement, la dégradation et la perte des habitats sur la planète affecte 86 % de tous les oiseaux menacés et 88 % des amphibiens. Or les gestionnaires des forêts de la planète refusent d'assujettir leur exploitation à un traité visant à prioriser la protection des espèces qui les habitent: ils voudraient plutôt un traité international sur le libre commerce du bois.
Les chercheurs rêvent de réaliser un bilan exhaustif de la vie sur Terre pour prendre la mesure des menaces, y compris dans les mers, le maillon le plus faible de notre système de connaissance. Il faudrait, disent-ils, seulement trois milliards pour parachever l'identification des espèces vivantes de la planète, soit ce que la communauté internationale a consenti pour l'identification du génome humain, une opération sur laquelle comptait beaucoup le secteur des biotechnologies.
L'extinction des ressources vivantes frappe tout aussi durement le capital biologique constitué au cours des siècles par les humains pour leur alimentation. On a calculé que 30 000 plantes sont comestibles, mais que quatre seulement fournissent 50 % des calories végétales, soit le riz, le blé, le maïs et la pomme de terre. Et 17 fournissent 80 % de toutes nos calories végétales. Mais seules les espèces les plus productives sont aujourd'hui utilisées, ce qui menace le capital biologique enrichi au cours des siècles par les croisements et la sélection. Par exemple, aux États-Unis, 86 % des variétés de pommes cultivées au XVIIIe siècle ne sont plus ni commercialisées ni même stockées dans les banques de semences. Même chose du côté des animaux d'élevage: en
15 ans, selon la Food and Agriculture Organization, 300 des 6000 races d'animaux d'élevage — soit 5 % — ont disparu. En Europe, la moitié des races d'élevage connues au XIXe siècle n'existent plus.
Alors que les chercheurs affirment que le rythme accéléré des disparitions d'espèces réduit dangereusement notre capacité d'adaptation aux changements et que l'humanité a enclenché un dangereux compte à rebours aux dépens de la biosphère, les politiques dressent à Paris un bilan peu flatteur des consensus établis à Rio et à Johannesburg pour protéger la diversité biologique de la Terre. Il y a en effet consensus à Paris entre chercheurs et politiques sur un fait: la signature en 1992 de la Convention sur la protection de la diversité biologique n'a pas réduit le rythme de disparition des espèces vivantes sur la planète, un rythme qui dépasse de 100 à 1000 fois celui des derniers millénaires.
Pourtant, la convention de Rio — que les États-Unis de Bush père ont refusé de signer pour protéger les multinationales de la biotechnologie et de la pharmacologie — a été ratifiée par 175 pays et elle est en vigueur depuis décembre 1993. À Johannesburg en 2002, la communauté internationale a convenu plus modestement de stabiliser le rythme de disparition des espèces d'ici à 2010, mais tout le monde convient que l'objectif ne sera pas atteint à moins d'un coup de barre majeur.
C'est ce coup de barre que le président de la France, Jacques Chirac, a proposé hier en lançant l'idée de réformer la gouvernance internationale présentement éparpillée entre un trop grand nombre d'instances et de conventions avec chacune leur secrétariat. Son voeu rejoint celui de plusieurs sommités scientifiques qui ont lancé hier «l'appel de Paris», une proposition visant à créer un comité d'experts internationaux qui superviseraient les travaux scientifiques, selon la formule utilisée pour faire avancer la science sur la question des changements climatiques.
Le président Chirac, qui a abondé dans le même sens, placerait cet organisme sous l'autorité directe de l'ONU, ce que certains gestionnaires de convention perçoivent comme une entorse à leur autonomie. Pour le président français, «les travaux du groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat depuis 1988 ont permis de parvenir à un consensus scientifique sur la réalité et la portée du réchauffement climatique que beaucoup, au départ, se refusaient à admettre. Pour la diversité biologique, nous avons besoin d'un dispositif similaire».
Plusieurs groupes écologistes français ont pour leur part accusé leur gouvernement d'adopter un double discours dans ce domaine, alors qu'il a réduit ses budgets alloués à la biodiversité et qu'il ne lève pas le petit doigt contre ses exploitants forestiers qui pillent les forêts tropicales. De grandes organisations internationales comme Greenpeace et les Amis de la Terre ont d'ailleurs décidé d'organiser un contre-sommet à Paris pour dénoncer les «contradictions» de la France et l'amener à «agir» plus vigoureusement sur le terrain et auprès de ses industriels.
Par contre, le discours du pays hôte de la conférence rejoint les objectifs des chercheurs comme Michel Loreau, président du Comité scientifique de la conférence, ou de l'Américain Edward Wilson, de Harvard, considéré comme le «père» de la biodiversité, un mot qu'il a inventé en 1985 dans un colloque scientifique.
Les recherches sur les disparitions d'espèces indiquent qu'il y a eu cinq grandes crises d'extinction depuis le début des temps géologiques. La plus meurtrière, celle du permien, est survenue il y a 245 millions d'années. On a calculé que 95 % des espèces présentes sur la Terre ont alors disparu. Or le rythme actuel des disparitions d'espèce s'apparente à ces cinq grandes crise. Et ce sera la «mégafaune», disent les chercheurs, soit les animaux de grande taille comme les ours polaires, tigres et autres qui seront les plus durement touchés parce que leurs habitats diminuent chaque jour et qu'ils dépendent souvent d'espèces elles aussi fragilisées par les interventions humaines, sans parler du réchauffement du climat, qui aggrave la situation d'ensemble. Les chercheurs réunis à Paris estiment qu'il faudrait attendre 10 millions d'années «pour voir la biodiversité retrouver sa valeur initiale».
Les humains ont jusqu'ici identifié 1,75 million d'espèces sur un total qui va, selon les études, de 10 à 30 millions. Actuellement, 15 589 espèces sont répertoriées comme menacées dans la liste publiée par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Le nombre d'espèces «animales» en péril est passé de 5205 en 1996 à 7266 en 2004: le quart des 4630 espèces de mammifères connus sont menacées de disparition ainsi que 11 % des 9675 espèces d'oiseaux.
Certains maillons de la vie sont dans un état encore plus précaire. Ainsi, les 23 espèces d'albatros dans le monde sont menacées alors qu'il n'y en avait que trois en 1996. Les albatros se prennent dans les filets de pêche dévirants, lesquels menacent 83 espèces en tout. Les bilans préparés pour la conférence de Paris indiquent par ailleurs qu'une espèce d'amphibiens sur trois est menacée ainsi que la moitié des tortues aquatiques, la plupart du temps pour cause de surexploitation parce que leurs cycles de reproduction ne suivent pas le niveau de récolte. L'étalement urbain, le remblayage des plaines alluviales et la déforestation — on rase l'équivalent en forêts de la surface de Paris chaque minute, ce qui a fait disparaître 14 % des forêts du globe — menacent présentement 60 000 espèces végétales sur les 360 000 connues. Globalement, la dégradation et la perte des habitats sur la planète affecte 86 % de tous les oiseaux menacés et 88 % des amphibiens. Or les gestionnaires des forêts de la planète refusent d'assujettir leur exploitation à un traité visant à prioriser la protection des espèces qui les habitent: ils voudraient plutôt un traité international sur le libre commerce du bois.
Les chercheurs rêvent de réaliser un bilan exhaustif de la vie sur Terre pour prendre la mesure des menaces, y compris dans les mers, le maillon le plus faible de notre système de connaissance. Il faudrait, disent-ils, seulement trois milliards pour parachever l'identification des espèces vivantes de la planète, soit ce que la communauté internationale a consenti pour l'identification du génome humain, une opération sur laquelle comptait beaucoup le secteur des biotechnologies.
L'extinction des ressources vivantes frappe tout aussi durement le capital biologique constitué au cours des siècles par les humains pour leur alimentation. On a calculé que 30 000 plantes sont comestibles, mais que quatre seulement fournissent 50 % des calories végétales, soit le riz, le blé, le maïs et la pomme de terre. Et 17 fournissent 80 % de toutes nos calories végétales. Mais seules les espèces les plus productives sont aujourd'hui utilisées, ce qui menace le capital biologique enrichi au cours des siècles par les croisements et la sélection. Par exemple, aux États-Unis, 86 % des variétés de pommes cultivées au XVIIIe siècle ne sont plus ni commercialisées ni même stockées dans les banques de semences. Même chose du côté des animaux d'élevage: en
15 ans, selon la Food and Agriculture Organization, 300 des 6000 races d'animaux d'élevage — soit 5 % — ont disparu. En Europe, la moitié des races d'élevage connues au XIXe siècle n'existent plus.
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