Les comédiens refuseront de s'engager avec les théâtres
Les directeurs artistiques des principaux théâtres du Québec risquent d'éprouver de sérieux maux de tête au cours des prochaines semaines. Car au moment même où ceux-ci sont en train de conclure leur programmation pour la prochaine saison de théâtre — de façon à pouvoir lancer rapidement campagnes d'abonnement et de promotion —, les comédiens au coeur de ces opérations ont décidé hier de refuser de signer d'ici au 17 avril tout contrat pour 2005-2006, un moyen de pression utilisé pour forcer un déblocage dans les négociations entre l'Union des artistes (UDA) et les producteurs sur la question de la rémunération des dizaines d'heures de répétitions actuellement effectuées sans salaire direct par les comédiens.
Hier, les membres du secteur Scène dramatique de l'Union des artistes (UDA), réunis en assemblée sectorielle à Québec et à Montréal, ont en effet voté à l'unanimité pour une «suspension temporaire de toutes conclusions ou signatures de contrats», et ce, pour une période de trois mois, après quoi la mesure sera réévaluée.
Toutefois, il ne semble pas pour l'instant qu'une menace de grève de la part des comédiens plane dans l'air. «Le mot grève est inapproprié, a précisé hier le président de l'UDA, Pierre Curzi. On a voté aujourd'hui [hier] pour un moyen de pression concret, et on s'est donné un nouveau rendez-vous le 17 avril. On verra alors s'il faut envisager d'autres moyens de pression [plus radicaux], mais j'espère plutôt que l'on pourra présenter aux membres un projet d'entente collective.»
La résolution adoptée hier par quelque 150 votants — dont une bonne part des grosses pointures du milieu théâtral — s'inscrit dans le cadre des négociations entamées il y a plus d'un an entre l'UDA et le groupe des Théâtres associés inc. (TAI), qui rassemble une douzaine de producteurs de théâtres francophones subventionnés, notamment le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), la Compagnie Jean-Duceppe, l'Espace Go et le Trident. Une loi provinciale impose aux artistes et aux producteurs de signer des ententes qui balisent leur relation de travail. L'actuel contrat collectif UDA-TAI est échu depuis octobre 2002.
La principale revendication de l'UDA dans ce dossier concerne le paiement des heures de répétitions effectuées par les comédiens. Actuellement, les cachets accordés sont calculés sur la base du nombre de représentations (entre 20 et 30 en moyenne). Mais les salaires versés aux artistes incluent théoriquement les répétitions, une situation que veut voir changer l'UDA.
«Le temps de répétition est considéré comme un lieu de la création, note Pierre Curzi. On demande que cet espace soit respecté, et une des façon de le respecter, c'est de le rémunérer.» Sans formuler de demandes financières précises, l'UDA aimerait négocier un montant forfaitaire pour «un bouquet d'heures de répétitions», comme cela se fait en France, notamment.
«Il y a 20 ans, explique la comédienne Markita Boies, membre du comité de négociation (avec Valérie Blais, Vincent Champoux et Martine Tremblay), j'incluais 110 heures de répétitions à mon cachet. Maintenant, c'est souvent devenu 180 heures. La formule actuelle [du cachet qui couvre le travail préparatoire] n'a plus qu'une valeur symbolique.» Pierre Curzi résume: «Le nombre de représentations n'a pas augmenté, mais le nombre d'heures de répétitions, oui. On se retrouve donc à être de moins en moins payés.»
Annonces retardées
L'UDA a choisi un moment stratégique pour lancer ses moyens de pression syndicaux: la plupart des théâtres sont en effet en train de mettre la dernière touche à la programmation de la saison prochaine. Le choix des pièces à monter est arrêté, le choix de la plupart des comédiens aussi: mais aucun contrat n'a encore été signé à ce jour, souligne le syndicat des artistes. C'était la prochaine étape, qui devait être entamée incessamment.
Mais puisque aucun comédien ne confirmera officiellement sa participation à une production d'ici avril, les directions de théâtre se retrouveront bloquées dans le processus de promotion de la saison 2005-2006. Ou alors elles devront changer une approche qui fait en sorte que plusieurs campagnes de marketing (au TNM et chez Jean-Duceppe, notamment) sont davantage axées sur la notoriété des comédiens que sur celle du répertoire.
«Ça va retarder le processus, reconnaît Pierre Curzi, c'est l'idée de ce moyen. On ne passera pas une autre saison sans que les TAI aient répondu à cette revendication. Les gens sont prêts à mettre en péril leur engagement, leur saison, pour cette cause.»
«C'est un moyen de pression très concret, ajoute le comédien Vincent Bilodeau, également président de l'Académie québécoise du théâtre. Ça va retarder les annonces officielles de programmation. Mais je crois que les TAI vont réagir positivement. On se bat pour une même chose: une meilleure reconnaissance du statut d'artiste et de la place de la culture. Notre demande va leur donner une raison supplémentaire d'exiger des subventions plus grandes.»
La décision des membres de l'UDA arrive d'ailleurs en pleine période de renouvellement des demandes de subventions pour la saison prochaine. Pierre Curzi pense ainsi que le moment est propice pour un «changement d'attitude. On leur dit: "mettez au coeur de vos budgets de fonctionnement le fait que [les productions sont portées] par des artistes qui ont besoin de vivre pendant qu'ils travaillent, et pas seulement quand ils représentent le spectacle".»
Par contre, M. Curzi refuse de préciser qui devrait payer pour ce changement. «Les entreprises culturelles auront à gérer une demande d'un financement supplémentaire pour les acteurs. Comment? C'est à elles de voir, mais on est prêt à collaborer pour trouver les solutions.»
Techniquement, tous les membres de l'UDA sont tenus de respecter la décision prise par l'assemblée. Si quelqu'un devait passer outre, il serait alors convoqué en comité d'éthique, explique-t-on à l'UDA.
Hier, les membres du secteur Scène dramatique de l'Union des artistes (UDA), réunis en assemblée sectorielle à Québec et à Montréal, ont en effet voté à l'unanimité pour une «suspension temporaire de toutes conclusions ou signatures de contrats», et ce, pour une période de trois mois, après quoi la mesure sera réévaluée.
Toutefois, il ne semble pas pour l'instant qu'une menace de grève de la part des comédiens plane dans l'air. «Le mot grève est inapproprié, a précisé hier le président de l'UDA, Pierre Curzi. On a voté aujourd'hui [hier] pour un moyen de pression concret, et on s'est donné un nouveau rendez-vous le 17 avril. On verra alors s'il faut envisager d'autres moyens de pression [plus radicaux], mais j'espère plutôt que l'on pourra présenter aux membres un projet d'entente collective.»
La résolution adoptée hier par quelque 150 votants — dont une bonne part des grosses pointures du milieu théâtral — s'inscrit dans le cadre des négociations entamées il y a plus d'un an entre l'UDA et le groupe des Théâtres associés inc. (TAI), qui rassemble une douzaine de producteurs de théâtres francophones subventionnés, notamment le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), la Compagnie Jean-Duceppe, l'Espace Go et le Trident. Une loi provinciale impose aux artistes et aux producteurs de signer des ententes qui balisent leur relation de travail. L'actuel contrat collectif UDA-TAI est échu depuis octobre 2002.
La principale revendication de l'UDA dans ce dossier concerne le paiement des heures de répétitions effectuées par les comédiens. Actuellement, les cachets accordés sont calculés sur la base du nombre de représentations (entre 20 et 30 en moyenne). Mais les salaires versés aux artistes incluent théoriquement les répétitions, une situation que veut voir changer l'UDA.
«Le temps de répétition est considéré comme un lieu de la création, note Pierre Curzi. On demande que cet espace soit respecté, et une des façon de le respecter, c'est de le rémunérer.» Sans formuler de demandes financières précises, l'UDA aimerait négocier un montant forfaitaire pour «un bouquet d'heures de répétitions», comme cela se fait en France, notamment.
«Il y a 20 ans, explique la comédienne Markita Boies, membre du comité de négociation (avec Valérie Blais, Vincent Champoux et Martine Tremblay), j'incluais 110 heures de répétitions à mon cachet. Maintenant, c'est souvent devenu 180 heures. La formule actuelle [du cachet qui couvre le travail préparatoire] n'a plus qu'une valeur symbolique.» Pierre Curzi résume: «Le nombre de représentations n'a pas augmenté, mais le nombre d'heures de répétitions, oui. On se retrouve donc à être de moins en moins payés.»
Annonces retardées
L'UDA a choisi un moment stratégique pour lancer ses moyens de pression syndicaux: la plupart des théâtres sont en effet en train de mettre la dernière touche à la programmation de la saison prochaine. Le choix des pièces à monter est arrêté, le choix de la plupart des comédiens aussi: mais aucun contrat n'a encore été signé à ce jour, souligne le syndicat des artistes. C'était la prochaine étape, qui devait être entamée incessamment.
Mais puisque aucun comédien ne confirmera officiellement sa participation à une production d'ici avril, les directions de théâtre se retrouveront bloquées dans le processus de promotion de la saison 2005-2006. Ou alors elles devront changer une approche qui fait en sorte que plusieurs campagnes de marketing (au TNM et chez Jean-Duceppe, notamment) sont davantage axées sur la notoriété des comédiens que sur celle du répertoire.
«Ça va retarder le processus, reconnaît Pierre Curzi, c'est l'idée de ce moyen. On ne passera pas une autre saison sans que les TAI aient répondu à cette revendication. Les gens sont prêts à mettre en péril leur engagement, leur saison, pour cette cause.»
«C'est un moyen de pression très concret, ajoute le comédien Vincent Bilodeau, également président de l'Académie québécoise du théâtre. Ça va retarder les annonces officielles de programmation. Mais je crois que les TAI vont réagir positivement. On se bat pour une même chose: une meilleure reconnaissance du statut d'artiste et de la place de la culture. Notre demande va leur donner une raison supplémentaire d'exiger des subventions plus grandes.»
La décision des membres de l'UDA arrive d'ailleurs en pleine période de renouvellement des demandes de subventions pour la saison prochaine. Pierre Curzi pense ainsi que le moment est propice pour un «changement d'attitude. On leur dit: "mettez au coeur de vos budgets de fonctionnement le fait que [les productions sont portées] par des artistes qui ont besoin de vivre pendant qu'ils travaillent, et pas seulement quand ils représentent le spectacle".»
Par contre, M. Curzi refuse de préciser qui devrait payer pour ce changement. «Les entreprises culturelles auront à gérer une demande d'un financement supplémentaire pour les acteurs. Comment? C'est à elles de voir, mais on est prêt à collaborer pour trouver les solutions.»
Techniquement, tous les membres de l'UDA sont tenus de respecter la décision prise par l'assemblée. Si quelqu'un devait passer outre, il serait alors convoqué en comité d'éthique, explique-t-on à l'UDA.
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