Reid promet de l'aide à 15% des étudiants bénéficiaires de prêts
Québec — Dans une tentative d'apaiser la colère de la communauté étudiante, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a dévoilé hier un nouveau programme de remboursement des dettes d'études proportionnel au revenu qui ne viendra en aide qu'à 15 % des 130 000 étudiants bénéficiaires de prêts et bourses dont l'endettement s'est aggravé à la suite des compressions budgétaires de 103 millions de dollars au régime d'aide financière.
Québec investira cette année 22 millions de dollars — 60 millions par année à long terme — dans ce nouveau programme qui entrera en vigueur cet automne. Cet effort financier est largement insuffisant aux yeux des associations étudiantes, selon qui le nouveau programme du gouvernement Charest ne correspond pas à un véritable remboursement proportionnel au revenu (RPR).
Pierre Reid rétorque que ce RPR représente «la première phase d'une révision de l'aide financière» aux études. «On annonce un programme qui est souhaité et désiré depuis des années, et qu'aucun gouvernement avant nous n'a eu le courage de faire. Nous avons trouvé une formule adéquate qui correspond à la capacité de payer du gouvernement», a affirmé le ministre, en conférence de presse, hier.
Le RPR du gouvernement Charest permettra aux anciens étudiants de rembourser leurs dettes d'études en fonction de leur situation financière et familiale. L'État paiera les intérêts d'une partie de la dette afin de permettre à un diplômé de faire plus facilement face à ses obligations. «On va arrêter ce temps où les dettes d'études continuent d'augmenter et que les intérêts s'accumulent parce que la personne n'a pas les moyens de rembourser», a lancé le ministre.
Or seuls les diplômés qui ont un revenu d'emploi de moins de 25 620 $ par année seront admissibles au programme, c'est-à-dire 15 % de l'ensemble des anciens étudiants qui bénéficient de prêts et bourses. Si un ex-étudiant gagne moins de 14 640 $ — c'est-à-dire le salaire minimum annuel —, Québec remboursera la totalité des intérêts de sa dette d'études jusqu'à ce que sa situation financière s'améliore ou durant une période maximale de dix ans. À la fin de ce délai, la personne qui a toujours des revenus inférieurs au salaire minimum pourra conclure une entente spéciale avec le ministère ou demander au ministre, de façon exceptionnelle, une remise de dette (pour cause de maladie grave ou d'accident, par exemple).
Pour les anciens étudiants qui ont des revenus d'emplois annuels plus élevés que le salaire minimum mais inférieurs à 25 620 $, le gouvernement remboursera les intérêts d'une portion de la dette d'études allant de 10 % (pour ceux qui gagnent entre 23 791 $ et 25 620 $) à 85 % (entre 14 641 $ et 16 470 $). Quand un diplômé élève un enfant, cette portion de la dette sur laquelle le gouvernement paie des intérêts est majorée de 2600 $ pour le premier bambin et de 2400 $ pour les suivants. Dans le cas d'un chef de famille monoparentale, un montant additionnel de 1300 $ est protégé par le gouvernement.
Par exemple, pour un ancien étudiant qui a un revenu d'emploi de 20 000 $ et une dette de 16 000 $ — l'endettement moyen au premier cycle universitaire —, l'État couvrirait les intérêts de 55 % de la dette (8800 $). Ainsi, si l'on tient compte d'un taux d'intérêt de 5,5 % et d'un remboursement sur dix ans, les mensualités (capital et intérêt) exigées de cet ancien étudiant atteindraient 78 $, au lieu de 174 $ s'il avait à prendre en charge seul sa dette. Pour une diplômée chef de famille monoparentale avec un enfant, qui a le même revenu et la même dette, le gouvernement rembourserait les intérêts de 85 % de sa dette d'études (13 600 $). Elle aurait à débourser des mensualités de 26 $. Le ministère de l'Éducation réévaluera tous les six mois la situation financière des anciens étudiants afin de noter tout changement qui pourrait modifier l'aide apportée par le gouvernement.
En plus des étudiants actuels et futurs qui répondent aux critères du gouvernement, 60 000 anciens étudiants qui ont commencé à rembourser leurs dettes d'études depuis moins de dix ans seront également admissibles au programme. Le RPR fera l'objet d'une consultation publique cet hiver avant d'entrer en vigueur. Il remplacera le système de remboursement actuel, appelé «différé». Celui-ci se résume à accorder à un ancien étudiant ayant des revenus d'emploi moindres que le salaire minimum un délai maximal de deux ans avant de commencer à rembourser sa dette d'études. En raison des compressions de 103 millions de dollars qui ont été appliquées au régime d'aide financière l'année dernière, l'endettement étudiant moyen augmentera de 2170 $ à la fin des études collégiales techniques et de 5840 $ au terme d'un premier cycle universitaire, selon les prévisions du ministère de l'Éducation. Le gouvernement a en effet haussé le plafond des prêts (jusqu'à 72 % à l'université) et réduit d'autant le montant des bourses.
Étudiants toujours mécontents
Les étudiants, qui critiquent toujours ces compressions, ne décolèrent pas malgré l'annonce du ministre. «Ça ne règle en rien le problème de fond, celui de l'endettement étudiant», a lancé le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard, dans un entretien téléphonique hier.
Le nouveau programme du gouvernement ne constitue pas un RPR mais bien une bonification du remboursement différé, selon M. Bouchard. Un véritable RPR devrait être admissible pour l'ensemble des étudiants et amener le gouvernement à effacer automatiquement les dettes des anciens étudiants qui, dix ou quinze ans après la fin de leurs études, n'ont pas des revenus suffisants pour les rembourser. La FEUQ aurait préféré que le gouvernement Charest revienne sur ses compressions au lieu d'instaurer son programme de remboursement.
La présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Julie Bouchard, estime que le nouveau programme ne touche qu'une «infime partie» des étudiants et que les investissements du gouvernement sont «dérisoires» comparativement aux compressions effectuées. Elle dit espérer que le gouvernement en vienne à réduire le niveau d'endettement des étudiants, plutôt que de se limiter à payer les intérêts d'une partie de leurs dettes. La critique du Parti québécois en matière d'éducation, Pauline Marois, dénonce aussi cette annonce «fort modeste» qui, selon elle, ne correspond pas à l'engagement électoral du Parti libéral.
Le ministre Pierre Reid rétorque que le nouveau programme ne constitue que la «première phase» d'une révision de l'aide financière aux études, sans toutefois préciser quelle sera la teneur des prochaines phases. Avant de prendre une décision et de procéder à d'autres annonces, il dit attendre les recommandations du Conseil permanent de la jeunesse, qui a reçu le mandat du premier ministre Jean Charest d'étudier le régime de prêts et bourses.
Interrogé sur les rumeurs qui le désignent comme une victime d'un prochain remaniement ministériel, Pierre Reid a répondu que «la politique est pleine de rumeurs». «L'annonce que je fais est une annonce qui fait la fierté de notre gouvernement. J'ai bien l'intention d'en faire encore plusieurs et on va se voir encore», a-t-il ajouté.
Québec investira cette année 22 millions de dollars — 60 millions par année à long terme — dans ce nouveau programme qui entrera en vigueur cet automne. Cet effort financier est largement insuffisant aux yeux des associations étudiantes, selon qui le nouveau programme du gouvernement Charest ne correspond pas à un véritable remboursement proportionnel au revenu (RPR).
Pierre Reid rétorque que ce RPR représente «la première phase d'une révision de l'aide financière» aux études. «On annonce un programme qui est souhaité et désiré depuis des années, et qu'aucun gouvernement avant nous n'a eu le courage de faire. Nous avons trouvé une formule adéquate qui correspond à la capacité de payer du gouvernement», a affirmé le ministre, en conférence de presse, hier.
Le RPR du gouvernement Charest permettra aux anciens étudiants de rembourser leurs dettes d'études en fonction de leur situation financière et familiale. L'État paiera les intérêts d'une partie de la dette afin de permettre à un diplômé de faire plus facilement face à ses obligations. «On va arrêter ce temps où les dettes d'études continuent d'augmenter et que les intérêts s'accumulent parce que la personne n'a pas les moyens de rembourser», a lancé le ministre.
Or seuls les diplômés qui ont un revenu d'emploi de moins de 25 620 $ par année seront admissibles au programme, c'est-à-dire 15 % de l'ensemble des anciens étudiants qui bénéficient de prêts et bourses. Si un ex-étudiant gagne moins de 14 640 $ — c'est-à-dire le salaire minimum annuel —, Québec remboursera la totalité des intérêts de sa dette d'études jusqu'à ce que sa situation financière s'améliore ou durant une période maximale de dix ans. À la fin de ce délai, la personne qui a toujours des revenus inférieurs au salaire minimum pourra conclure une entente spéciale avec le ministère ou demander au ministre, de façon exceptionnelle, une remise de dette (pour cause de maladie grave ou d'accident, par exemple).
Pour les anciens étudiants qui ont des revenus d'emplois annuels plus élevés que le salaire minimum mais inférieurs à 25 620 $, le gouvernement remboursera les intérêts d'une portion de la dette d'études allant de 10 % (pour ceux qui gagnent entre 23 791 $ et 25 620 $) à 85 % (entre 14 641 $ et 16 470 $). Quand un diplômé élève un enfant, cette portion de la dette sur laquelle le gouvernement paie des intérêts est majorée de 2600 $ pour le premier bambin et de 2400 $ pour les suivants. Dans le cas d'un chef de famille monoparentale, un montant additionnel de 1300 $ est protégé par le gouvernement.
Par exemple, pour un ancien étudiant qui a un revenu d'emploi de 20 000 $ et une dette de 16 000 $ — l'endettement moyen au premier cycle universitaire —, l'État couvrirait les intérêts de 55 % de la dette (8800 $). Ainsi, si l'on tient compte d'un taux d'intérêt de 5,5 % et d'un remboursement sur dix ans, les mensualités (capital et intérêt) exigées de cet ancien étudiant atteindraient 78 $, au lieu de 174 $ s'il avait à prendre en charge seul sa dette. Pour une diplômée chef de famille monoparentale avec un enfant, qui a le même revenu et la même dette, le gouvernement rembourserait les intérêts de 85 % de sa dette d'études (13 600 $). Elle aurait à débourser des mensualités de 26 $. Le ministère de l'Éducation réévaluera tous les six mois la situation financière des anciens étudiants afin de noter tout changement qui pourrait modifier l'aide apportée par le gouvernement.
En plus des étudiants actuels et futurs qui répondent aux critères du gouvernement, 60 000 anciens étudiants qui ont commencé à rembourser leurs dettes d'études depuis moins de dix ans seront également admissibles au programme. Le RPR fera l'objet d'une consultation publique cet hiver avant d'entrer en vigueur. Il remplacera le système de remboursement actuel, appelé «différé». Celui-ci se résume à accorder à un ancien étudiant ayant des revenus d'emploi moindres que le salaire minimum un délai maximal de deux ans avant de commencer à rembourser sa dette d'études. En raison des compressions de 103 millions de dollars qui ont été appliquées au régime d'aide financière l'année dernière, l'endettement étudiant moyen augmentera de 2170 $ à la fin des études collégiales techniques et de 5840 $ au terme d'un premier cycle universitaire, selon les prévisions du ministère de l'Éducation. Le gouvernement a en effet haussé le plafond des prêts (jusqu'à 72 % à l'université) et réduit d'autant le montant des bourses.
Étudiants toujours mécontents
Les étudiants, qui critiquent toujours ces compressions, ne décolèrent pas malgré l'annonce du ministre. «Ça ne règle en rien le problème de fond, celui de l'endettement étudiant», a lancé le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard, dans un entretien téléphonique hier.
Le nouveau programme du gouvernement ne constitue pas un RPR mais bien une bonification du remboursement différé, selon M. Bouchard. Un véritable RPR devrait être admissible pour l'ensemble des étudiants et amener le gouvernement à effacer automatiquement les dettes des anciens étudiants qui, dix ou quinze ans après la fin de leurs études, n'ont pas des revenus suffisants pour les rembourser. La FEUQ aurait préféré que le gouvernement Charest revienne sur ses compressions au lieu d'instaurer son programme de remboursement.
La présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Julie Bouchard, estime que le nouveau programme ne touche qu'une «infime partie» des étudiants et que les investissements du gouvernement sont «dérisoires» comparativement aux compressions effectuées. Elle dit espérer que le gouvernement en vienne à réduire le niveau d'endettement des étudiants, plutôt que de se limiter à payer les intérêts d'une partie de leurs dettes. La critique du Parti québécois en matière d'éducation, Pauline Marois, dénonce aussi cette annonce «fort modeste» qui, selon elle, ne correspond pas à l'engagement électoral du Parti libéral.
Le ministre Pierre Reid rétorque que le nouveau programme ne constitue que la «première phase» d'une révision de l'aide financière aux études, sans toutefois préciser quelle sera la teneur des prochaines phases. Avant de prendre une décision et de procéder à d'autres annonces, il dit attendre les recommandations du Conseil permanent de la jeunesse, qui a reçu le mandat du premier ministre Jean Charest d'étudier le régime de prêts et bourses.
Interrogé sur les rumeurs qui le désignent comme une victime d'un prochain remaniement ministériel, Pierre Reid a répondu que «la politique est pleine de rumeurs». «L'annonce que je fais est une annonce qui fait la fierté de notre gouvernement. J'ai bien l'intention d'en faire encore plusieurs et on va se voir encore», a-t-il ajouté.
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