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Libre opinion: Le tsunami, entre Voltaire et Dieu

Robert de Grandpré - Outremont  13 janvier 2005 
Les explications, rationnelles ou religieuses, ne manqueront pas pour tenter de déterminer la cause des tsunamis qui ont frappé l'Indonésie le 26 décembre dernier. Selon les scientifiques, même si la rupture est le résultat de la subduction des plaques tectoniques, elle demeurait imprévisible dans le temps et dans l'espace. Intervention divine contre les hommes qui corrompent leur Terre nourricière? Je doute que Dieu s'amuse à rouler les dés pour décider où et quand déclencher une telle catastrophe que plusieurs qualifient de vengeresse.

L'oeuvre de Dieu se manifeste dans toutes les religions, tant dans le comportement des hommes que dans les séismes naturels. Si l'oeuvre divine est parfois visible avec l'intelligence du coeur, elle ne demeure pas moins intimement personnelle et non moins incompréhensible lorsqu'elle frappe d'innocentes victimes. Intervient alors la raison, qui tentera de trouver un enchaînement de causes et d'effets mesurables, quantifiables et qualifiables pour permettre une compréhension du cataclysme et, ultimement, une certaine prévention.

L'explication spirituelle, pour sa part, accordera le bénéfice du doute aux phénomènes qui échappent à notre compréhension. Cette disposition de l'esprit repose sur un acte de foi peu commun dans le monde actuel, où la science et la technologie déterminent de plus en plus la condition humaine.

La solidarité

Que dire alors de tous les gens qui ont perdu famille et maison après le passage des raz-de-marée? La résultante, c'est qu'un vaste mouvement de solidarité s'est élevé au-dessus des différences ethniques, culturelles et religieuses pour conforter les populations sinistrées avec le manteau de notre humanité commune.

Comme Dieu connaît bien l'oeuvre terrestre qu'il a créée pour l'homme, je crois qu'il n'y a pas une seule colombe qui ne batte de l'aile ou ne tombe du ciel sans son consentement.

Je crois aussi que notre Créateur intervient dans la vie humaine dans le respect des lois universelles qui gouvernent notre planète et tous les astres du cosmos. Ainsi, même si le déluge pouvait s'expliquer par la raison scientifique, par un glissement des plaques tectoniques par exemple, cela ne contredit en rien l'intervention divine, à moins, bien sûr, d'être athée.

C'est là un témoignage personnel de l'omniscience du Divin de penser que la raison et la spiritualité convergent plus que jamais dans notre village global. Si opposition il y a entre raison et spiritualité, et je ne parle pas de faire abstraction du sens critique, elle ravive autant l'esprit de l'Inquisition (qui rejetait en outre l'idée que la Terre, bien ronde, n'est pas le centre de l'univers) que celui de l'intégrisme musulman (qui menace de mort toute personne infidèle au Coran). Aujourd'hui, la tentation consiste davantage à renoncer au libre arbitre, qui permet à l'homme de relativiser sa position entre l'ici et l'au-delà, pour justifier sa propre raison à l'existence... au détriment d'autrui.

Il demeure que plus de 150 000 personnes sont mortes et que plusieurs centaines de milliers de survivants ont été plongés dans l'effroi et le deuil. Ni Voltaire ni Dieu ne conviendraient d'un tel sacrifice de l'humanité même pour son salut. De fait, l'impact des tsunamis a été tel que la Terre a légèrement vacillé sur son axe. À l'évidence, cela dépasse l'entendement.

La prise de conscience a été tout aussi fulgurante: la majorité du monde s'entend désormais pour être solidaire les uns des autres. Septembre 2001, décembre 2004... Assurément, le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas, croyait Malraux. Comme quoi l'espoir est permis aux hommes de bonne volonté.
 
 
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