Abbas succède à Arafat
Le candidat du Fatah proclame sa victoire à la présidentielle palestinienne après avoir obtenu plus de 65 % des voix, selon les sondages
Associated Press
10 janvier 2005
Photo : Agence Reuters
Mahmoud Abbas célébrait déjà sa victoire à l’élection présidentielle palestinienne après la fermeture des bureaux de scrutin, hier soir, à Ramallah.
Ramallah, Cisjordanie — Les Palestiniens, qui se rendaient aux urnes hier pour leur première élection présidentielle depuis neuf ans, ont semble-t-il offert une large victoire à Mahmoud Abbas. Selon les sondages à la sortie des urnes, le candidat du Fatah l'emporte avec de 65 % à 70 % des voix.
Si ces résultats sont confirmés, Mahmoud Abbas, de son nom de guerre Abou Mazen, pourra bénéficier de la légitimité nécessaire et d'un mandat clair pour reprendre les négociations de paix avec Israël, contrôler les groupes armés et lutter contre la corruption au sein de l'Autorité palestinienne.
«J'offre cette victoire à l'âme de Yasser Arafat et je la dédie à notre peuple, à nos martyrs et aux 11 000 prisonniers» incarcérés en Israël, a déclaré Mahmoud Abbas hier soir devant plusieurs centaines de militants en liesse, deux heures après la fermeture des bureaux de vote. «Une mission difficile s'annonce pour construire notre État, assurer la sécurité de notre peuple, apporter une bonne vie à notre peuple, donner la liberté à nos prisonniers [...] et atteindre notre objectif d'un État indépendant», a-t-il ajouté devant plusieurs centaines de partisans à Ramallah, en Cisjordanie.
D'après un sondage sortie des urnes réalisé par le Centre palestinien d'études politiques, le chef de l'OLP et candidat du Fatah l'a emporté avec 66 % des suffrages, contre 19,7 % pour son principal rival, Mustafa Barghouti. Un deuxième sondage réalisé par l'université An Najah à Naplouse en Cisjordanie accordait 69,5 % des voix à Mahmoud Abbas et 24,5 % à Barghouti. Un troisième réalisé par l'université Bir Zeit de Ramallah en Cisjordanie donnait Abbas vainqueur avec 70 % des voix.
Les résultats officiels du scrutin devaient être connus ce matin. Mais dès la diffusion des sondages, les partisans de Mahmoud Abbas sont descendus dans les rues pour fêter sa victoire annoncée. À Hébron en Cisjordanie, les automobilistes klaxonnaient et agitaient des portraits d'Abou Mazen. À Ramallah, des coups de feu ont été tirés en l'air.
Le premier ministre israélien Ariel Sharon, dont le nouveau gouvernement formé avec les travaillistes devait être investi aujourd'hui par le parlement israélien, compte rencontrer Mahmoud Abbas après l'élection, a fait savoir son conseiller Raanan Gissin.
«Je crois que ce vote montre un changement dans la rue palestinienne, car les positions d'Abou Mazen sont connues, son opposition au soulèvement armé et au tort qu'il a fait à la cause palestinienne», a estimé Ranaan Gissin. «Nous saluons certainement cela et espérons qu'avec ce mandat, Abou Mazen conduira le peuple palestinien sur le chemin de la réconciliation». Israël propose de libérer des prisonniers palestiniens s'il peut faire cesser les tirs de roquettes.
À Washington, le président américain George W. Bush a parlé de «jour historique pour le peuple palestinien» estimant que l'élection marquait une première étape vers la création d'un État palestinien. «Les États-Unis se tiennent prêts à aider le peuple palestinien à réaliser ses aspirations», a-t-il ajouté.
Abbas, qui fête cette année ses 70 ans, a assuré qu'il resterait dans la ligne d'Arafat, mort le 11 novembre dernier à Paris. Considéré comme pragmatique et modéré, il rejette la lutte armée, la jugeant contre-productive pour parvenir à l'objectif d'un État palestinien indépendant. Il refuse toutefois de réprimer les groupes armés, comme le réclame Israël, préférant miser sur la conclusion d'une trêve. Le mouvement islamiste Hamas boycotte le scrutin.
Quelque 1,8 million de Palestiniens de Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est étaient appelés à participer pour cette première présidentielle depuis l'élection d'Arafat en 1996. À 20h, soit une heure avant la fermeture des bureaux de vote, le taux de participation atteignait 66 % des électeurs inscrits, selon les responsables électoraux. Le chiffre devait encore augmenter, des électeurs non inscrits ayant pu participer à l'élection.
Les bureaux, qui avaient ouvert à 7h locales, ont fermé à 21h, au lieu de 19h (17h GMT). Un délai nécessaire, selon la commission électorale, pour faire face au nombre croissant d'électeurs affluant en fin de journée. Et aussi pour résorber les retards accumulés à Jérusalem-Est, en raison d'un cafouillage résolu par l'un des patrons des observateurs internationaux, l'ancien président américain Jimmy Carter: nombre d'électeurs ne figurant pas sur les listes du principal bureau ont finalement pu voter dans n'importe lequel des six bureaux de Jérusalem-Est.
Hormis cela, aucun incident majeur n'a marqué la journée. On a certes constaté l'irruption de cinq Palestiniens, membres présumés du Hamas, qui ont tiré en l'air dans un bureau de vote de Ramallah, sans blesser personne. Et la police israélienne est intervenue pour empêcher un groupe de manifestants juifs de perturber le scrutin à Jérusalem-Est.
Dans l'ensemble, la commission électorale se disait satisfaite, aucune fraude n'étant signalée. L'armée israélienne avait allégé les restrictions à la circulation pour faciliter le vote, supervisé par des centaines d'observateurs internationaux, dont l'ancien premier ministre français Michel Rocard.
À Gaza, le policier Mohammed Jouma a été l'un des premiers à voter, dans une école. Après avoir laissé son arme à l'entrée, il a choisi celui qui, à ses yeux, peut le mieux répondre aux attentes du peuple palestinien: Abou Mazen.
«J'ai fait le déplacement parce que je veux contribuer à construire notre avenir, a-t-il expliqué. Je vais voter pour Abou Mazen non seulement parce que je suis employé par l'Autorité palestinienne, mais aussi parce que je crois qu'il est le seul capable de nous amener du bon côté de cet océan de conflit.»
À Jérusalem-Est, Joumana Khoury, 19 ans, expliquait, elle, avoir voulu, en mettant son bulletin dans l'urne, «participer à la résistance contre l'occupation». Reste qu'elle admet que voter dans un bureau de poste israélien était «intimidant»...
Pendant ce temps, dans les camps, les réfugiés palestiniens, privés de scrutin, ont remâché leur amertume en suivant cette journée historique à la télévision, entre espoir et critiques. «Mahmoud Abbas n'est que l'épice du repas préparé par les Israéliens dans la cuisine américaine», dénonçait ainsi la militante féministe Nadia al-Joundi dans le camp de Baqaa (Jordanie).
Si ces résultats sont confirmés, Mahmoud Abbas, de son nom de guerre Abou Mazen, pourra bénéficier de la légitimité nécessaire et d'un mandat clair pour reprendre les négociations de paix avec Israël, contrôler les groupes armés et lutter contre la corruption au sein de l'Autorité palestinienne.
«J'offre cette victoire à l'âme de Yasser Arafat et je la dédie à notre peuple, à nos martyrs et aux 11 000 prisonniers» incarcérés en Israël, a déclaré Mahmoud Abbas hier soir devant plusieurs centaines de militants en liesse, deux heures après la fermeture des bureaux de vote. «Une mission difficile s'annonce pour construire notre État, assurer la sécurité de notre peuple, apporter une bonne vie à notre peuple, donner la liberté à nos prisonniers [...] et atteindre notre objectif d'un État indépendant», a-t-il ajouté devant plusieurs centaines de partisans à Ramallah, en Cisjordanie.
D'après un sondage sortie des urnes réalisé par le Centre palestinien d'études politiques, le chef de l'OLP et candidat du Fatah l'a emporté avec 66 % des suffrages, contre 19,7 % pour son principal rival, Mustafa Barghouti. Un deuxième sondage réalisé par l'université An Najah à Naplouse en Cisjordanie accordait 69,5 % des voix à Mahmoud Abbas et 24,5 % à Barghouti. Un troisième réalisé par l'université Bir Zeit de Ramallah en Cisjordanie donnait Abbas vainqueur avec 70 % des voix.
Les résultats officiels du scrutin devaient être connus ce matin. Mais dès la diffusion des sondages, les partisans de Mahmoud Abbas sont descendus dans les rues pour fêter sa victoire annoncée. À Hébron en Cisjordanie, les automobilistes klaxonnaient et agitaient des portraits d'Abou Mazen. À Ramallah, des coups de feu ont été tirés en l'air.
Le premier ministre israélien Ariel Sharon, dont le nouveau gouvernement formé avec les travaillistes devait être investi aujourd'hui par le parlement israélien, compte rencontrer Mahmoud Abbas après l'élection, a fait savoir son conseiller Raanan Gissin.
«Je crois que ce vote montre un changement dans la rue palestinienne, car les positions d'Abou Mazen sont connues, son opposition au soulèvement armé et au tort qu'il a fait à la cause palestinienne», a estimé Ranaan Gissin. «Nous saluons certainement cela et espérons qu'avec ce mandat, Abou Mazen conduira le peuple palestinien sur le chemin de la réconciliation». Israël propose de libérer des prisonniers palestiniens s'il peut faire cesser les tirs de roquettes.
À Washington, le président américain George W. Bush a parlé de «jour historique pour le peuple palestinien» estimant que l'élection marquait une première étape vers la création d'un État palestinien. «Les États-Unis se tiennent prêts à aider le peuple palestinien à réaliser ses aspirations», a-t-il ajouté.
Abbas, qui fête cette année ses 70 ans, a assuré qu'il resterait dans la ligne d'Arafat, mort le 11 novembre dernier à Paris. Considéré comme pragmatique et modéré, il rejette la lutte armée, la jugeant contre-productive pour parvenir à l'objectif d'un État palestinien indépendant. Il refuse toutefois de réprimer les groupes armés, comme le réclame Israël, préférant miser sur la conclusion d'une trêve. Le mouvement islamiste Hamas boycotte le scrutin.
Quelque 1,8 million de Palestiniens de Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est étaient appelés à participer pour cette première présidentielle depuis l'élection d'Arafat en 1996. À 20h, soit une heure avant la fermeture des bureaux de vote, le taux de participation atteignait 66 % des électeurs inscrits, selon les responsables électoraux. Le chiffre devait encore augmenter, des électeurs non inscrits ayant pu participer à l'élection.
Les bureaux, qui avaient ouvert à 7h locales, ont fermé à 21h, au lieu de 19h (17h GMT). Un délai nécessaire, selon la commission électorale, pour faire face au nombre croissant d'électeurs affluant en fin de journée. Et aussi pour résorber les retards accumulés à Jérusalem-Est, en raison d'un cafouillage résolu par l'un des patrons des observateurs internationaux, l'ancien président américain Jimmy Carter: nombre d'électeurs ne figurant pas sur les listes du principal bureau ont finalement pu voter dans n'importe lequel des six bureaux de Jérusalem-Est.
Hormis cela, aucun incident majeur n'a marqué la journée. On a certes constaté l'irruption de cinq Palestiniens, membres présumés du Hamas, qui ont tiré en l'air dans un bureau de vote de Ramallah, sans blesser personne. Et la police israélienne est intervenue pour empêcher un groupe de manifestants juifs de perturber le scrutin à Jérusalem-Est.
Dans l'ensemble, la commission électorale se disait satisfaite, aucune fraude n'étant signalée. L'armée israélienne avait allégé les restrictions à la circulation pour faciliter le vote, supervisé par des centaines d'observateurs internationaux, dont l'ancien premier ministre français Michel Rocard.
À Gaza, le policier Mohammed Jouma a été l'un des premiers à voter, dans une école. Après avoir laissé son arme à l'entrée, il a choisi celui qui, à ses yeux, peut le mieux répondre aux attentes du peuple palestinien: Abou Mazen.
«J'ai fait le déplacement parce que je veux contribuer à construire notre avenir, a-t-il expliqué. Je vais voter pour Abou Mazen non seulement parce que je suis employé par l'Autorité palestinienne, mais aussi parce que je crois qu'il est le seul capable de nous amener du bon côté de cet océan de conflit.»
À Jérusalem-Est, Joumana Khoury, 19 ans, expliquait, elle, avoir voulu, en mettant son bulletin dans l'urne, «participer à la résistance contre l'occupation». Reste qu'elle admet que voter dans un bureau de poste israélien était «intimidant»...
Pendant ce temps, dans les camps, les réfugiés palestiniens, privés de scrutin, ont remâché leur amertume en suivant cette journée historique à la télévision, entre espoir et critiques. «Mahmoud Abbas n'est que l'épice du repas préparé par les Israéliens dans la cuisine américaine», dénonçait ainsi la militante féministe Nadia al-Joundi dans le camp de Baqaa (Jordanie).
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