La bataille du leadership au sein du Parti libéral - La méthode Chrétien fait grogner des députés
Le caucus de la semaine prochaine à Saguenay s'annonce «difficile»
Manon Cornellier
15 août 2002
Les députés libéraux fédéraux se préparent à un caucus robuste la semaine prochaine à Saguenay. L'avenir du premier ministre n'est pas à l'ordre du jour mais sera sur toutes les lèvres, plusieurs députés se préparant à avertir Jean Chrétien d'une éventuelle défaite en février.
Le sujet sera d'autant plus chaud que l'entourage de M. Chrétien envoie, ces jours-ci, des signaux jugés contradictoires, nourrissant la colère de plusieurs députés avec des fuites et des déclarations jugées bien calculées.
D'une part, le mentor et conseiller personnel du premier ministre, l'ancien ministre Mitchell Sharp, a lui-même approché le Ottawa Citizen pour lui dire qu'il ne croit pas que Jean Chrétien sollicitera un quatrième mandat. «Bien que le premier ministre n'ait pas dit exactement ce qu'il fera pour le reste de son mandat politique, la probabilité qu'il veuille se présenter de nouveau est très mince», a-t-il dit, refusant hier d'accorder une autre entrevue. En somme, il n'en a pas la certitude mais il connaît l'homme depuis 40 ans, fait comprendre l'article.
Par contre, le reste de l'équipe du premier ministre semble en mode combat en vue du vote de révision du leadership de février puisqu'il continue d'orchestrer des fuites sur les discussions du cabinet dans l'espoir de ternir l'image de Paul Martin.
Déjà la semaine dernière, un haut conseiller du premier ministre confiait au Devoir et à quelques autres médias que M. Martin jouait un double jeu en disant vouloir donner un plus grand rôle aux députés. Ce conseiller affirmait que M. Martin avait au contraire bataillé au sein du cabinet pour empêcher l'adoption de certains volets de la politique agricole proposée par un comité du caucus.
Hier, le Toronto Star révélait qu'un ministre avait tenu les mêmes propos sous le couvert de l'anonymat et à la demande du bureau du premier ministre. Pareille tactique avait été utilisée plus tôt cet été dans le dossier de l'environnement sans provoquer trop de remous. Mais que le bureau du premier ministre y ait encore recours a fait bondir le camp Martin.
«L'entrevue donnée par Mitchell Sharp, à sa demande, est un geste délibéré pour faire croire à une volonté d'apaisement. Mais au même moment, on a droit à une attaque vicieuse contre Paul Martin venant directement d'un membre du bureau du premier ministre, appuyé par un ministre anonyme en contravention avec la Loi sur les secrets officiels. Veut-on calmer le jeu ou gagner du temps pour mieux discréditer Paul Martin?», de noter un proche de l'ancien ministre des Finances.
Ces fuites provenant du bureau du premier ministre ne sont pas les premières et commencent à agacer sérieusement, non seulement l'équipe Martin, mais aussi les députés, surtout qu'une d'entre elles les visaient directement. La semaine dernière, une lettre de Jean Chrétien destinée aux députés a abouti entre les mains des journalistes avant même d'atterrir sur les bureaux des députés.
Le président du caucus, Stan Keyes, dit vouloir des explications, rappelant au passage les commentaires faits par le premier ministre le printemps dernier. À la sortie d'une réunion du cabinet, il avait enjoint aux journalistes de lui donner les noms des personnes responsables des fuites embarrassantes pour ses ministres.
«Le premier ministre est le premier à sortir d'une réunion du cabinet et à soupçonner son caucus ou ses ministres d'être à l'origine de fuites. C'est à mon tour de lui demander un nom. Qui dans votre bureau a fourni cette lettre aux journalistes six heures avant que les députés la reçoivent?», dit-il en entrevue. Lui-même l'a reçue vers 22h alors que les journalistes lui demandaient ses commentaires en début d'après-midi.
La réunion de trois jours du caucus sera précédée, lundi, d'un tournoi de golf. Ce sera la première fois, depuis la fin de la session parlementaire et après deux mois passés dans leur comté, que les députés libéraux se retrouveront. L'objectif de la rencontre est, officiellement, de préparer la prochaine session parlementaire et l'éventuel discours du Trône, mais on aura l'esprit ailleurs.
Depuis quelques semaines, nombreux sont les députés qui font savoir publiquement que le premier ministre se dirige vers une défaite en février. Que ce soit les Québécois Nick Discepola et Hélène Scherrer, les Ontariens Jim Karygiannis et Rose-Marie Ur ou le Terre-Neuvien John Efford, ils disent, et ne sont pas les seuls, ne pas pouvoir appuyer le chef. D'autres, dont Liza Frulla, souhaitent que le premier ministre annonce son intention de prendre sa retraite avant que le parti ne se déchire pour de bon.
Plusieurs se préparent à le répéter au caucus. «Les députés veulent faire passer beaucoup de messages. Plusieurs veulent donner l'heure juste au premier ministre au sujet de ce qui l'attend en février. Ce sera, je pense, un caucus difficile», confie un député ontarien influent.
Une députée, qui est d'accord pour dire la vérité au premier ministre, hésite à prédire une réunion tumultueuse. Elle note que, bien souvent, les esprits s'échauffent avant le caucus pour se calmer une fois la réunion commencée.
Selon une source libérale bien informée, la majorité des députés aimerait qu'il en soit ainsi, mais la révélation du Toronto Star a dérangé et choqué, ce qui pourrait en faire réagir quelques-uns.
La déclaration de M. Sharp, elle, a plutôt été accueillie avec scepticisme. «Ça ressemble beaucoup à ce que M. Chrétien avait laissé entendre durant la dernière élection», de dire un supporteur de Paul Martin. À son avis, les militants qui sont prêts à voter pour M. Chrétien à la condition d'avoir l'assurance qu'il s'en aille ne seront pas influencés par ce genre de propos, surtout s'ils sont tenus par un tiers.
Le sujet sera d'autant plus chaud que l'entourage de M. Chrétien envoie, ces jours-ci, des signaux jugés contradictoires, nourrissant la colère de plusieurs députés avec des fuites et des déclarations jugées bien calculées.
D'une part, le mentor et conseiller personnel du premier ministre, l'ancien ministre Mitchell Sharp, a lui-même approché le Ottawa Citizen pour lui dire qu'il ne croit pas que Jean Chrétien sollicitera un quatrième mandat. «Bien que le premier ministre n'ait pas dit exactement ce qu'il fera pour le reste de son mandat politique, la probabilité qu'il veuille se présenter de nouveau est très mince», a-t-il dit, refusant hier d'accorder une autre entrevue. En somme, il n'en a pas la certitude mais il connaît l'homme depuis 40 ans, fait comprendre l'article.
Par contre, le reste de l'équipe du premier ministre semble en mode combat en vue du vote de révision du leadership de février puisqu'il continue d'orchestrer des fuites sur les discussions du cabinet dans l'espoir de ternir l'image de Paul Martin.
Déjà la semaine dernière, un haut conseiller du premier ministre confiait au Devoir et à quelques autres médias que M. Martin jouait un double jeu en disant vouloir donner un plus grand rôle aux députés. Ce conseiller affirmait que M. Martin avait au contraire bataillé au sein du cabinet pour empêcher l'adoption de certains volets de la politique agricole proposée par un comité du caucus.
Hier, le Toronto Star révélait qu'un ministre avait tenu les mêmes propos sous le couvert de l'anonymat et à la demande du bureau du premier ministre. Pareille tactique avait été utilisée plus tôt cet été dans le dossier de l'environnement sans provoquer trop de remous. Mais que le bureau du premier ministre y ait encore recours a fait bondir le camp Martin.
«L'entrevue donnée par Mitchell Sharp, à sa demande, est un geste délibéré pour faire croire à une volonté d'apaisement. Mais au même moment, on a droit à une attaque vicieuse contre Paul Martin venant directement d'un membre du bureau du premier ministre, appuyé par un ministre anonyme en contravention avec la Loi sur les secrets officiels. Veut-on calmer le jeu ou gagner du temps pour mieux discréditer Paul Martin?», de noter un proche de l'ancien ministre des Finances.
Ces fuites provenant du bureau du premier ministre ne sont pas les premières et commencent à agacer sérieusement, non seulement l'équipe Martin, mais aussi les députés, surtout qu'une d'entre elles les visaient directement. La semaine dernière, une lettre de Jean Chrétien destinée aux députés a abouti entre les mains des journalistes avant même d'atterrir sur les bureaux des députés.
Le président du caucus, Stan Keyes, dit vouloir des explications, rappelant au passage les commentaires faits par le premier ministre le printemps dernier. À la sortie d'une réunion du cabinet, il avait enjoint aux journalistes de lui donner les noms des personnes responsables des fuites embarrassantes pour ses ministres.
«Le premier ministre est le premier à sortir d'une réunion du cabinet et à soupçonner son caucus ou ses ministres d'être à l'origine de fuites. C'est à mon tour de lui demander un nom. Qui dans votre bureau a fourni cette lettre aux journalistes six heures avant que les députés la reçoivent?», dit-il en entrevue. Lui-même l'a reçue vers 22h alors que les journalistes lui demandaient ses commentaires en début d'après-midi.
La réunion de trois jours du caucus sera précédée, lundi, d'un tournoi de golf. Ce sera la première fois, depuis la fin de la session parlementaire et après deux mois passés dans leur comté, que les députés libéraux se retrouveront. L'objectif de la rencontre est, officiellement, de préparer la prochaine session parlementaire et l'éventuel discours du Trône, mais on aura l'esprit ailleurs.
Depuis quelques semaines, nombreux sont les députés qui font savoir publiquement que le premier ministre se dirige vers une défaite en février. Que ce soit les Québécois Nick Discepola et Hélène Scherrer, les Ontariens Jim Karygiannis et Rose-Marie Ur ou le Terre-Neuvien John Efford, ils disent, et ne sont pas les seuls, ne pas pouvoir appuyer le chef. D'autres, dont Liza Frulla, souhaitent que le premier ministre annonce son intention de prendre sa retraite avant que le parti ne se déchire pour de bon.
Plusieurs se préparent à le répéter au caucus. «Les députés veulent faire passer beaucoup de messages. Plusieurs veulent donner l'heure juste au premier ministre au sujet de ce qui l'attend en février. Ce sera, je pense, un caucus difficile», confie un député ontarien influent.
Une députée, qui est d'accord pour dire la vérité au premier ministre, hésite à prédire une réunion tumultueuse. Elle note que, bien souvent, les esprits s'échauffent avant le caucus pour se calmer une fois la réunion commencée.
Selon une source libérale bien informée, la majorité des députés aimerait qu'il en soit ainsi, mais la révélation du Toronto Star a dérangé et choqué, ce qui pourrait en faire réagir quelques-uns.
La déclaration de M. Sharp, elle, a plutôt été accueillie avec scepticisme. «Ça ressemble beaucoup à ce que M. Chrétien avait laissé entendre durant la dernière élection», de dire un supporteur de Paul Martin. À son avis, les militants qui sont prêts à voter pour M. Chrétien à la condition d'avoir l'assurance qu'il s'en aille ne seront pas influencés par ce genre de propos, surtout s'ils sont tenus par un tiers.
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