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Catastrophes naturelles - Pour la mondialisation de l'aide humanitaire

Gabriel Racle  8 janvier 2005 
Les événements catastrophiques qui viennent de survenir en Asie devraient susciter une réflexion internationale sur les catastrophes naturelles majeures qui affectent une partie ou une autre de la planète. Aucun événement d'une telle ampleur, touchant autant de pays, causant autant de destructions et de morts, n'était encore survenu, de mémoire d'homme.

C'est ce qui explique la difficulté d'apporter aux pays touchés une aide rapide et efficace. Il n'existe pas de structure mondiale pour faire face à de tels événements, qui demandent pourtant un effort international concerté et rapide. Chaque pays y va de sa contribution, utile et nécessaire, certes, mais sans coordination d'ensemble apparente, guidé par des affinités particulières, des estimations approximatives des besoins les plus urgents, des intérêts ou des visées politiques.

Pearson, l'architecte

En 1956, Lester Pearson, qui était à l'époque secrétaire d'État aux Affaires extérieures, a proposé que l'ONU envoie une force internationale au Moyen-Orient, à la suite de la crise de Suez qui avait vu s'affronter Français, Anglais, Israéliens et Égyptiens, et que celle-ci se place entre les parties belligérantes pour mettre fin aux hostilités. La première Force d'urgence des Nations unies (FUNU 1) a donc été envoyée au Moyen-Orient. Elle était commandée par un Canadien, le lieutenant-général E. L. M. Burns. Lester Pearson, l'architecte de la première force de maintien de la paix de l'ONU, qui deviendra celle des célèbres Casques bleus, a reçu le prix Nobel de la paix en 1957.

Une force semblable d'intervention humanitaire dans les catastrophes naturelles devrait voir le jour pour intervenir rapidement et efficacement dans les zones touchées par de tels événements, dans les pays qui feraient appel à elle. Car, on s'en aperçoit de plus en plus, rares sont les pays qui sont à même de faire face seuls à des catastrophes majeures. Comme l'ONU a la responsabilité de l'organisation des interventions de maintien de la paix, donc des Casques bleus, elle pourrait avoir aussi la responsabilité de cette force d'intervention humanitaire, des Casques rouges qui interviendraient là où leur action serait jugée nécessaire.

Aller vite

Les modalités organisationnelles pourraient ressembler à celles du maintien de la paix. La Charte des Nations unies stipule qu'afin d'aider à maintenir la paix et la sécurité dans le monde, tous les États membres de l'ONU doivent mettre à la disposition du Conseil de sécurité les forces armées et les facilités nécessaires. Pour faire face aux catastrophes, tous les États membres devraient disposer d'une force d'intervention humanitaire, prête à intervenir non sur la demande du Conseil de sécurité, mais sur celle du secrétaire général de l'ONU et de son organisation. Car il faut aller vite et éviter les retards bureaucratiques. On sait que les premières heures sont cruciales pour sauver des vies. En disposant des données sur les capacités d'intervention des pays, le type de catastrophe, la proximité des lieux, l'ONU pourrait coordonner les actions en fonction d'intérêts humanitaires, ce qui éviterait des dissensions politiques, comme celle que semble susciter la récupération par G. W. Bush de la situation actuelle en Asie, en organisant sa propre coalition.

Cette question demande à être approfondie. Mais le Canada devrait jouer un rôle de premier plan, comme il l'a fait du temps de Lester B. Pearson. Paul Martin, qui cherche à replacer le Canada sur la scène internationale, notamment avec la création d'un G20, devrait saisir cette idée et sauter sur l'occasion. Il aurait certainement l'appui de la France. Son président a proposé récemment la création d'une telle force au niveau européen, qui pourrait être un maillon fort de ce réseau d'intervention humanitaire.

Une affaire planétaire

Les actions humanitaires immédiates pour porter secours aux populations touchées par cet incroyable tsunami sont absolument nécessaires. Ce ne sont pas seulement quelques pays d'Asie qui sont touchés, c'est l'humanité elle-même et, une fois encore, dans ses éléments les plus défavorisés. Il faut donc voir plus loin, car notre planète peut connaître d'autres soubresauts. Créer un réseau de détection sismique dans l'océan Indien est une mesure technique qui s'impose. Créer un organisme d'intervention humanitaire sous la responsabilité de l'ONU s'impose tout autant. Et, fort de sa tradition et de ses réalisations, le Canada devrait jouer un rôle de premier plan pour en promouvoir et en favoriser la réalisation.
 
 
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