L'aide fait son chemin
Photo : Agence Reuters
Après avoir solidement empoigné une boîte de vivres, un jeune sinistré indonésien s’éloignait hier en courant de la cohue qui régnait à l’arrivée d’un hélicoptère américain venu ravitailler un camp de réfugiés, à Kouati Sounam, quelq
La course contre la faim et les épidémies qui menacent les millions de sinistrés des tsunamis s'est encore accélérée hier, en Asie du Sud-Est. À bord d'hélicoptères ou à dos d'éléphants, les équipes de secours chargées d'acheminer vivres et médicaments dans les régions dévastées luttaient contre les immenses difficultés logistiques imposées par l'ampleur de la tragédie, alors que certaines régions touchées demeurent toujours inaccessibles. Le bilan du séisme indique maintenant au moins 145 000 morts, dont 94 000 en Indonésie.
Mais ce nombre risque fort d'être encore revu à la hausse, comme c'est le cas quotidiennement depuis le 26 décembre. Car si les récits de quelques rescapés, rejetés in extremis par la mer, laissent une parcelle d'espoir aux proches des milliers de disparus, les autorités de plusieurs des pays ravagés s'apprêtent à comptabiliser ces personnes comme étant décédées.
Jusqu'à présent, la mobilisation internationale a permis d'amasser 2,4 milliards de dollars de promesses d'aide publique. Les Nations unies ont déjà recueilli des promesses de dons qui totalisent un montant record de 1,8 milliard de dollars. «C'est ce que l'ONU récolte généralement en un an pour ses opérations humanitaires, c'est un montant sans précédent», a souligné une porte-parole de l'organisation. Hier, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a toutefois mis en garde la communauté internationale pour que la totalité de la somme promise soit effectivement versée, ce qui n'est pas toujours le cas, a-t-il rappelé.
À Washington, le président américain George W. Bush a chargé ses prédécesseurs George Bush et Bill Clinton de lever des fonds privés pour venir en aide aux victimes des raz de marée. Le président de la Banque mondiale, James Wolfenson, a quant à lui indiqué que son organisation pourrait tripler une aide qui atteint actuellement 250 millions de dollars.
Le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a aussi annoncé qu'il allait aider pendant six mois les victimes en Indonésie et au Sri Lanka, une première dans son histoire.
Sumatra ciblée
Entre toutes les urgences, l'aide humanitaire se concentre principalement vers les dizaines de milliers de sans-abri rassemblés dans des camps de fortune sur la côte nord-ouest de l'île de Sumatra (Indonésie), où vivaient les deux tiers des morts officiellement recensés. C'est là que l'aide est la plus difficile à organiser. Le recensement des victimes se poursuit sur des pans entiers du littoral qui ont été engloutis. Certaines régions sont toujours totalement inaccessibles et coupées du monde.
«Les problèmes que nous rencontrons à Sumatra et à Aceh n'ont pas d'équivalent ailleurs , a déclaré le coordonnateur onusien de l'aide internationale, Jan Egeland. Ce sont les plus reculées, celles où les dommages ont été les plus importants, où les routes sont les plus endommagées, les pistes d'atterrissage moins nombreuses et abîmées.»
Arrivés à bord du porte-avions Abraham Lincoln qui a jeté l'ancre au large de la province d'Aceh, les hélicoptères de l'US Navy ont commencé à évacuer les blessés de cette région située à 150 kilomètres de l'épicentre du séisme. «Les villageois ont commencé à sortir d'un peu partout pour réclamer de l'aide. Ils disent que beaucoup de blessés se trouvent encore dans l'intérieur des terres, sur les hauteurs», a raconté un des pilotes américains.
D'autres ont fait état de colonnes de sans-abri se dirigeant vers Banda Aceh, chef lieu de la province, où les secouristes ont installé des camps de tôle et des bâches en plastique. Plus de 270 000 survivants s'entassaient hier dans ces camps d'urgence, et ce, dans des conditions de précarité faisant redouter des épidémies. Les occupants n'ont pas hésité à charger les hélicoptères venus à leur secours pour arracher nourriture et eau potable, tant les besoins sont pressants.
«Il n'y a pas de sanitaires, pas de toilettes, pas de ramassage des ordures», soulignait Sasilia Daniel, médecin indonésien qui assiste 3000 réfugiés à Banda Aceh, la capitale provinciale.
Processus lent
Avec l'aide des agences internationales, des organisations humanitaires et des gouvernements étrangers, les autorités des pays affectés parviennent tout de même peu à peu à s'organiser pour acheminer dans les principaux aéroports de la région les milliers de tonnes d'aide indispensables aux cinq millions de sans-abri. Mais cet effort crée lui-même problème: l'ONU et la Croix-Rouge font ainsi état de goulots d'étranglement provoqués par l'arrivée en masse de matériel et d'équipes, et de difficultés de transport dues aux destructions.
Les routes et les ponts dévastés continuent notamment à retarder la distribution de cette aide. «Les équipes de secours se trouvent parfois immobilisées par un mur de dévastation. Tout est détruit», souligne Aly-Khan Rajani, de l'organisation canadienne CARE.
Au Sri Lanka, deuxième pays le plus touché avec 30 196 morts, 3792 disparus et 850 000 sans-abri, l'aide gouvernementale tarde également à se mettre en place, mais la distribution de nourriture n'a pas donné lieu aux mêmes émeutes qu'en Indonésie. Certains rescapés ont en outre commencé à quitter les camps de fortune pour regagner leurs villages.
Les zones touristiques privilégiées?
En Thaïlande, le bilan des morts atteint 5187 tués, dont 2463 étrangers. Les raz de marée ont balayé villages de pêcheurs et établissements hôteliers, notamment à Phuket et Phang Nga, hauts lieux du tourisme international. Hier, des rescapés thaïlandais se plaignaient de voir les secours se concentrer sur les zones touristiques et atteindre en priorité les étrangers.
En Inde, dans les îles isolées d'Andaman et Nicobar, c'est le gouvernement qui refuse l'accès aux organisations humanitaires, avançant des raisons de sécurité militaire et de protection de tribus indigènes. Au moins 818 personnes sont mortes dans ces îles inaccessibles. Le bilan pour l'ensemble de l'Inde était hier de 9479 morts confirmés et 5796 disparus. Quelque 384 000 personnes restaient déplacées hier, hébergées dans 560 camps.
Sur l'ensemble de la région dévastée, le bilan des personnes étrangères décédées compte maintenant 60 Allemands, 52 Suédois, 40 Britanniques, 23 Suisses, 22 Français, 21 Japonais et 15 Américains, notamment. Le décès de cinq Canadiens a aussi été confirmé. Trois de ceux-ci étaient Québécois. Au moins 150 autres citoyens du pays sont portés disparus.
Activité diplomatique
Parallèlement aux opérations de terrain, une intense activité diplomatique commence à se déployer dans la région. Le secrétaire d'État américain Colin Powell est arrivé hier à Bangkok, à la tête d'une délégation.
Après la Thaïlande, M. Powell se rendra en Indonésie pour participer jeudi à Jakarta à un sommet international sur les conséquences de la catastrophe et les moyens de renforcer le dispositif d'aide en faveur des pays dévastés, sommet parrainé par l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (Asean). Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, y participera, de même que des responsables de l'Union européenne, de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale de la santé.
D'après l'Agence France-Presse, Reuters, Associated Press et Le Monde
Mais ce nombre risque fort d'être encore revu à la hausse, comme c'est le cas quotidiennement depuis le 26 décembre. Car si les récits de quelques rescapés, rejetés in extremis par la mer, laissent une parcelle d'espoir aux proches des milliers de disparus, les autorités de plusieurs des pays ravagés s'apprêtent à comptabiliser ces personnes comme étant décédées.
Jusqu'à présent, la mobilisation internationale a permis d'amasser 2,4 milliards de dollars de promesses d'aide publique. Les Nations unies ont déjà recueilli des promesses de dons qui totalisent un montant record de 1,8 milliard de dollars. «C'est ce que l'ONU récolte généralement en un an pour ses opérations humanitaires, c'est un montant sans précédent», a souligné une porte-parole de l'organisation. Hier, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a toutefois mis en garde la communauté internationale pour que la totalité de la somme promise soit effectivement versée, ce qui n'est pas toujours le cas, a-t-il rappelé.
À Washington, le président américain George W. Bush a chargé ses prédécesseurs George Bush et Bill Clinton de lever des fonds privés pour venir en aide aux victimes des raz de marée. Le président de la Banque mondiale, James Wolfenson, a quant à lui indiqué que son organisation pourrait tripler une aide qui atteint actuellement 250 millions de dollars.
Le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a aussi annoncé qu'il allait aider pendant six mois les victimes en Indonésie et au Sri Lanka, une première dans son histoire.
Sumatra ciblée
Entre toutes les urgences, l'aide humanitaire se concentre principalement vers les dizaines de milliers de sans-abri rassemblés dans des camps de fortune sur la côte nord-ouest de l'île de Sumatra (Indonésie), où vivaient les deux tiers des morts officiellement recensés. C'est là que l'aide est la plus difficile à organiser. Le recensement des victimes se poursuit sur des pans entiers du littoral qui ont été engloutis. Certaines régions sont toujours totalement inaccessibles et coupées du monde.
«Les problèmes que nous rencontrons à Sumatra et à Aceh n'ont pas d'équivalent ailleurs , a déclaré le coordonnateur onusien de l'aide internationale, Jan Egeland. Ce sont les plus reculées, celles où les dommages ont été les plus importants, où les routes sont les plus endommagées, les pistes d'atterrissage moins nombreuses et abîmées.»
Arrivés à bord du porte-avions Abraham Lincoln qui a jeté l'ancre au large de la province d'Aceh, les hélicoptères de l'US Navy ont commencé à évacuer les blessés de cette région située à 150 kilomètres de l'épicentre du séisme. «Les villageois ont commencé à sortir d'un peu partout pour réclamer de l'aide. Ils disent que beaucoup de blessés se trouvent encore dans l'intérieur des terres, sur les hauteurs», a raconté un des pilotes américains.
D'autres ont fait état de colonnes de sans-abri se dirigeant vers Banda Aceh, chef lieu de la province, où les secouristes ont installé des camps de tôle et des bâches en plastique. Plus de 270 000 survivants s'entassaient hier dans ces camps d'urgence, et ce, dans des conditions de précarité faisant redouter des épidémies. Les occupants n'ont pas hésité à charger les hélicoptères venus à leur secours pour arracher nourriture et eau potable, tant les besoins sont pressants.
«Il n'y a pas de sanitaires, pas de toilettes, pas de ramassage des ordures», soulignait Sasilia Daniel, médecin indonésien qui assiste 3000 réfugiés à Banda Aceh, la capitale provinciale.
Processus lent
Avec l'aide des agences internationales, des organisations humanitaires et des gouvernements étrangers, les autorités des pays affectés parviennent tout de même peu à peu à s'organiser pour acheminer dans les principaux aéroports de la région les milliers de tonnes d'aide indispensables aux cinq millions de sans-abri. Mais cet effort crée lui-même problème: l'ONU et la Croix-Rouge font ainsi état de goulots d'étranglement provoqués par l'arrivée en masse de matériel et d'équipes, et de difficultés de transport dues aux destructions.
Les routes et les ponts dévastés continuent notamment à retarder la distribution de cette aide. «Les équipes de secours se trouvent parfois immobilisées par un mur de dévastation. Tout est détruit», souligne Aly-Khan Rajani, de l'organisation canadienne CARE.
Au Sri Lanka, deuxième pays le plus touché avec 30 196 morts, 3792 disparus et 850 000 sans-abri, l'aide gouvernementale tarde également à se mettre en place, mais la distribution de nourriture n'a pas donné lieu aux mêmes émeutes qu'en Indonésie. Certains rescapés ont en outre commencé à quitter les camps de fortune pour regagner leurs villages.
Les zones touristiques privilégiées?
En Thaïlande, le bilan des morts atteint 5187 tués, dont 2463 étrangers. Les raz de marée ont balayé villages de pêcheurs et établissements hôteliers, notamment à Phuket et Phang Nga, hauts lieux du tourisme international. Hier, des rescapés thaïlandais se plaignaient de voir les secours se concentrer sur les zones touristiques et atteindre en priorité les étrangers.
En Inde, dans les îles isolées d'Andaman et Nicobar, c'est le gouvernement qui refuse l'accès aux organisations humanitaires, avançant des raisons de sécurité militaire et de protection de tribus indigènes. Au moins 818 personnes sont mortes dans ces îles inaccessibles. Le bilan pour l'ensemble de l'Inde était hier de 9479 morts confirmés et 5796 disparus. Quelque 384 000 personnes restaient déplacées hier, hébergées dans 560 camps.
Sur l'ensemble de la région dévastée, le bilan des personnes étrangères décédées compte maintenant 60 Allemands, 52 Suédois, 40 Britanniques, 23 Suisses, 22 Français, 21 Japonais et 15 Américains, notamment. Le décès de cinq Canadiens a aussi été confirmé. Trois de ceux-ci étaient Québécois. Au moins 150 autres citoyens du pays sont portés disparus.
Activité diplomatique
Parallèlement aux opérations de terrain, une intense activité diplomatique commence à se déployer dans la région. Le secrétaire d'État américain Colin Powell est arrivé hier à Bangkok, à la tête d'une délégation.
Après la Thaïlande, M. Powell se rendra en Indonésie pour participer jeudi à Jakarta à un sommet international sur les conséquences de la catastrophe et les moyens de renforcer le dispositif d'aide en faveur des pays dévastés, sommet parrainé par l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (Asean). Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, y participera, de même que des responsables de l'Union européenne, de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale de la santé.
D'après l'Agence France-Presse, Reuters, Associated Press et Le Monde
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