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Libre opinion: Affaire Guy Cloutier : les préjugés qui restent

21 décembre 2004 
Depuis que Guy Cloutier a admis ses nombreuses agressions sexuelles, l'opinion publique voulait qu'une peine d'emprisonnement lui soit imposée. [...] Au Regroupement des CALACS, nous étions également de cet avis. Nous étions convaincues de la nécessité que le juge donne une sentence d'emprisonnement significative qui reconnaisse clairement la gravité des crimes commis. Surtout, nous voulions qu'il envoie le message que la société refuse ce que Guy Cloutier a fait. [...]

Le juge n'a fait que considérer des éléments essentiels tels: la gravité et la quantité des gestes commis par Guy Cloutier, le caractère répétitif des agressions qui ont eu lieu sur plusieurs années, le nombre de victimes, le fait qu'il s'agisse de personnes mineures, le fait que Guy Cloutier était en position d'autorité, qu'il a abusé de la confiance de personnes mineures et fait usage de manipulation pour arriver à ses fins, les séquelles importantes chez une des victimes et finalement l'absence d'une réelle empathie et compassion.

Notre degré de satisfaction par rapport à la sentence se trouve toutefois amoindri par certains éléments retenus par le juge à titre de «facteurs atténuants».

L'impact des enregistrements

Le juge Sansfaçon attache une importance considérable au fait que Guy Cloutier a plaidé coupable à la première occasion raisonnable. Toutefois, le juge omet de considérer que ce plaidoyer de culpabilité n'a pas été enregistré à la première occasion (au moment de sa comparution), mais après que Guy Cloutier eut constaté que sa défense n'aurait vraisemblablement pas une issue positive vu les enregistrements très incriminants effectués par les services policiers.

Cet homme savait ce qu'il avait fait, la gravité des ses actes et, pourtant, quand la police l'a arrêté, il a quand même plaidé non coupable, laissant encore ses victimes devant l'odieux du doute, les accusations de fraude et la méfiance populaire.

Pendant les six mois qui ont suivi le dépôt des chefs d'accusation, il s'est ainsi donné le temps de régler ses affaires financières, d'engager une compagnie de publicistes pour gérer «la crise d'image» et de préparer sa défense. Pendant ces six mois, les victimes, elles, ont dû passer par toute une autre gamme d'émotions. On nous a souvent demandé pourquoi les victimes avaient mis tant de temps à le dénoncer; personne n'a demandé pourquoi Guy Cloutier a mis tant de temps à se reconnaître coupable, sachant ce qu'il avait fait.

L'absence d'antécédents

La personne qui agresse sexuellement des enfants a très rarement des antécédents judiciaires. Cette situation lui permet d'ailleurs d'agresser plus facilement vu la méfiance inexistante chez les proches. L'agresseur use également d'une violence très insidieuse — celle qui ne laisse pas de marque: l'intimidation, la manipulation, le chantage et les menaces... comme dans le présent dossier. L'agression sexuelle, peu importe la forme, est de la violence en soi.

Le fait pour un juge d'utiliser ces deux facteurs pour atténuer la sentence a un effet marquant pour la plupart des victimes. Pour elles cela implique la négation de ce qu'elles ont vécu. Pour la justice, ces deux facteurs dits «atténuants» servent à «individualiser» la sentence. Pour les victimes, ils représentent les composantes mêmes des crimes subis. C'est en refusant d'utiliser ces composantes comme facteurs atténuants que la justice pourra mieux regagner la confiance des femmes agressées sexuellement dans l'enfance et les amènera à porter plainte.

Parmi les autres facteurs atténuants, le juge retient le fait que le plaidoyer de culpabilité a évité aux victimes de témoigner. Ce point de vue part du précepte, faux à notre avis, qu'aucune victime ne veut témoigner et faire face au contre-interrogatoire dans le cadre d'une procédure criminelle pour agression sexuelle.

En plaidant coupable, Guy Cloutier voulait-il vraiment «épargner» les victimes ou voulait-il se prémunir contre la publicité qu'aurait entraînée la divulgation des détails des agressions? Nous croyons que le fait d'éviter un procès a bien servi Guy Cloutier. Il s'est épargné de voir décrites dans les détails et publiquement les années d'enfer qu'il a fait subir à ses victimes. [...]

Traitement médiatique exceptionnel

Nous croyons que c'est l'agresseur lui-même, par ses crimes, qui a mis en branle le processus judiciaire et la publicité qui en découle. [...] Il serait pour le moins paradoxal que l'atteinte à sa réputation vienne réduire la sévérité de la sentence alors que c'est cette même réputation qui lui a conféré tant de pouvoir, et de crédibilité envers ses victimes, et qui probablement les a longtemps retenues de le dénoncer puisqu'elles devaient se dire: «Personne ne va me croire, c'est Guy Cloutier.»

De fait, bien peu de gens les ont crues. La majorité des personnes qui ont réagi au moment des accusations criaient au coup monté, à la fraude. Rares ont été les voix qui se sont élevées pour dire: «C'est possible, faisons confiance, donnons-lui au moins le bénéfice du doute.» [...]

Quant à la durée (trois ans et demi), nous croyons qu'aucune peine ne peut effacer ce que les victimes ont subi. Aucune peine ne reflétera jamais la gravité de l'atteinte et les conséquence engendrées par cet abus de pouvoir qu'est l'agression sexuelle. Malgré tout, les victimes ont toujours besoin de recevoir un message de désapprobation clair. Dans ce cas-ci, la prison était un minimum.






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