Un super-hôpital, deux projets - Un choix peu lumineux et peu sécuritaire
Gilles Lavigne - Clinicien et chercheur en douleur, traumatologie et trouble du sommeil à l'Hôpital du Sacré-Coeur et à la Faculté de médecine dentaire, Université de Montréal
21 décembre 2004
Le débat sur l'emplacement du CHUM est un chapitre de l'histoire des soins en santé au Québec qui, espérons-le, ne fera pas école. Les décideurs gouvernementaux auront sous peu une décision à prendre, espérons qu'elle ne sera pas encore une fois reportée d'une décennie! La compétitivité nord-américaine de tout le Québec en soins de santé prendrait un retard à haut risque. Devons-nous rappeler les besoins de notre population vieillissante, la vitesse des développements du savoir, les risques associés aux développements technologiques qui sont évalués trop rapidement. Nous devons avoir les outils et les espaces qui permettront au Québec de conserver son statut de leader dans l'émergence de nouvelles façons de faire.
Dans un monde idéal, on aurait un seul hôpital universitaire pour tout le Québec, mais force est de constater que nos grandes distances, notre hiver glacé et nos différences culturelles nous imposent des choix parfois coûteux. Au contraire d'avoir été une contrainte pour le Québec, cela nous a permis de devenir un intervenant majeur en santé, tant du côté des soins que de la recherche.
Tout n'est pas que désorganisation en santé au Québec, il y a des modèles qui font notre fierté. La gestion intégrée des patients en traumatologie, en réadaptation et bientôt en douleur chronique et psychiatrie sont des exemples qui font école. Nos 15 réseaux de recherche thématique du Fonds de la recherche en santé du Québec sont copiés ailleurs en Europe et en Amérique du Nord. Les intervenants en santé de tout le Québec sont nettement moins isolés que nos voisins ontariens, américains ou français.
S'il y a un souhait que je désire partager avec tous mes patients et étudiants pour le nouvel An c'est celui d'un CHUM intégré au développement des soins de santé au Québec. Un CHUM qui soit:
- compétitif au niveau international par sa créativité en qualité et efficacité des soins;
- sécuritaire pour les usagers: une construction en quatre tours stratifiées en six sous-sols et 17 étages n'est plus la norme en Europe et encore moins chez notre voisin du Sud;
- lumineux.
Pays nordique
Nous oublions trop rapidement que le Québec est un pays nordique près de six mois par an. Les patients ont besoin de lumière afin de récupérer une santé physique et mentale à la suite d'une maladie, d'un accident, d'une opération. Le corps se synchronise du côté chimique et de l'humeur avec la lumière du jour: la chronobiologie n'est pas une science ésotérique. [...]
Les patients doivent pouvoir avoir un environnement à bruit réduit; le sommeil ne peut être récupérateur dans un centre-ville avec des ambulances et du transport intense. De plus, un lit de malade qui fait face à un mur de briques ne soulève pas un espoir d'un jour meilleur [...]. Il doit y avoir de la verdure autour d'un hôpital. Faire fi de la qualité de l'environnement dans l'estimation des coûts de santé souligne une méconnaissance de ce que sont les «conditions idéales» à une guérison physiologique et mentale rapide.
Un fait historique
Enfin, le choix de l'emplacement Acadie-Beaumont a été unanime à l'assemblée universitaire de l'Université de Montréal lors de sa réunion du 13 décembre, un fait historique dans notre université «montagnarde et haut perchée» comme plusieurs intervenants nous le rappellent avec une certaine dose d'acidité dans le verbe. [...]
Les débordements et les valses-hésitations réveillent de vieilles luttes dont les victimes sont encore une fois les usagers, les patients et les étudiants. Oui l'investissement est important et «apeurant», mais la valse actuelle est plus coûteuse. La stratégie en courtepointe (les nombreuses rénovations de nos vieilles bâtisses) n'est pas pour le bien des patients et encore moins pour celui d'un Québec en santé.
Dans un monde idéal, on aurait un seul hôpital universitaire pour tout le Québec, mais force est de constater que nos grandes distances, notre hiver glacé et nos différences culturelles nous imposent des choix parfois coûteux. Au contraire d'avoir été une contrainte pour le Québec, cela nous a permis de devenir un intervenant majeur en santé, tant du côté des soins que de la recherche.
Tout n'est pas que désorganisation en santé au Québec, il y a des modèles qui font notre fierté. La gestion intégrée des patients en traumatologie, en réadaptation et bientôt en douleur chronique et psychiatrie sont des exemples qui font école. Nos 15 réseaux de recherche thématique du Fonds de la recherche en santé du Québec sont copiés ailleurs en Europe et en Amérique du Nord. Les intervenants en santé de tout le Québec sont nettement moins isolés que nos voisins ontariens, américains ou français.
S'il y a un souhait que je désire partager avec tous mes patients et étudiants pour le nouvel An c'est celui d'un CHUM intégré au développement des soins de santé au Québec. Un CHUM qui soit:
- compétitif au niveau international par sa créativité en qualité et efficacité des soins;
- sécuritaire pour les usagers: une construction en quatre tours stratifiées en six sous-sols et 17 étages n'est plus la norme en Europe et encore moins chez notre voisin du Sud;
- lumineux.
Pays nordique
Nous oublions trop rapidement que le Québec est un pays nordique près de six mois par an. Les patients ont besoin de lumière afin de récupérer une santé physique et mentale à la suite d'une maladie, d'un accident, d'une opération. Le corps se synchronise du côté chimique et de l'humeur avec la lumière du jour: la chronobiologie n'est pas une science ésotérique. [...]
Les patients doivent pouvoir avoir un environnement à bruit réduit; le sommeil ne peut être récupérateur dans un centre-ville avec des ambulances et du transport intense. De plus, un lit de malade qui fait face à un mur de briques ne soulève pas un espoir d'un jour meilleur [...]. Il doit y avoir de la verdure autour d'un hôpital. Faire fi de la qualité de l'environnement dans l'estimation des coûts de santé souligne une méconnaissance de ce que sont les «conditions idéales» à une guérison physiologique et mentale rapide.
Un fait historique
Enfin, le choix de l'emplacement Acadie-Beaumont a été unanime à l'assemblée universitaire de l'Université de Montréal lors de sa réunion du 13 décembre, un fait historique dans notre université «montagnarde et haut perchée» comme plusieurs intervenants nous le rappellent avec une certaine dose d'acidité dans le verbe. [...]
Les débordements et les valses-hésitations réveillent de vieilles luttes dont les victimes sont encore une fois les usagers, les patients et les étudiants. Oui l'investissement est important et «apeurant», mais la valse actuelle est plus coûteuse. La stratégie en courtepointe (les nombreuses rénovations de nos vieilles bâtisses) n'est pas pour le bien des patients et encore moins pour celui d'un Québec en santé.
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