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Hors-jeu: Silence, on veut voir

Jean Dion   13 août 2002 
Mary Pierce a disputé (et perdu) un long match sous une intense chaleur, hier après-midi, au stade du Maurier.
Photo : Jacques Nadeau
Mary Pierce a disputé (et perdu) un long match sous une intense chaleur, hier après-midi, au stade du Maurier.
Un de ces quatre, avant qu'il ne soit trop tard, il faudra que la communauté scientifique mondiale se penche sur une question fondamentale: la faculté de concentration des joueurs de tennis mise en rapport avec celles d'autres genres de sportifs pris au hasard. Pourquoi, par exemple, un joueur de basket peut se retrouver à tenter un lancer franc avec en fond de toile 2000 mongols qui agitent autant d'artefacts bigarrés et hurlent comme des perdus, alors qu'un tenancier de raquette ne pourra concevoir de mettre la balle en jeu tant que tout le monde n'est pas assis tranquille, les mains sur les genoux, dans un silence rappelant celui qui accueillait les sermons d'Urbain II prêchant la première croisade.

Le résultat de l'enquête serait délicieusement inutile. Et vous savez comme l'inutile est fascinant.

Remarquez, ce décorum n'est pas nécessairement une mauvaise chose, tant s'en faut. Il nous change de la criardise (criardeté?) de tant de sports postmodernes, comme ce volley de plage auquel on jouait il y a quelques semaines dans ce même stade du Maurier et où la musique de poil tonitrue pendant les matchs.

Et puis, ça nous rappelle le bon vieux temps. Comme quand sir Walter Wingfield fit breveter le jeu de tennis, en 1874, lointain descendant du jeu de paume qui coûta la vie au roi Louis X parce qu'il avait joué un gros match sans s'abreuver, l'imprudent. Wingfield, un major à la retraite, avait imaginé un terrain en forme de sablier, plus large aux extrémités qu'au centre, muni d'un concept de gazon tondu bien ras à l'anglaise qu'il avait piqué au croquet. À l'époque, ils jouaient avec des balles faites de cornes d'aurochs pilées et utilisaient des raquettes avec pas de manche, mais on avait bien vu que le tennis, comme son cousin le golf, serait un sport bourgeois dont on n'écoeurerait pas impunément les participants avec des invectives populaires, alors que le baseball, le football et le basket étaient déjà pratiqués par des voyous, tous coups permis.

Mais on s'égare doucement, et avant que vous ne criiez à l'impertinence auprès de mes supérieurs, je vous signale que Mary Pierce, l'une des enfants chéries de Montréal, s'est hélas! inclinée hier après-midi dès le premier tour des Internationaux de tennis du Canada. Pierce, classée 49e au monde, mais ayant été ennuyée par des blessures ces derniers mois et présente au tableau principal grâce à un laissez-passer, a perdu contre la Slovaque Henrieta Nagyova (45e au classement WTA) en trois manches de 7-6 (9-7), 6-7 (4-7) et 7-5.

Et pour une fois, contrairement à ce qu'on ne cesse de vous répéter aux nouvelles du sport, le score final illustre l'allure de la rencontre. Aux nouvelles, on vous le dit toujours quand le score n'illustre pas l'allure de la rencontre, mais jamais quand il l'illustre. C'est une des particularités de l'information sportive. C'est comme ça, et vous devriez cesser de poser des questions embêtantes.

Bref, ce fut long.

Et chaud.

En fait, il faisait tellement chaud qu'il n'aurait pas été étonnant qu'une avance fondît, voire qu'une solide avance se liquéfiât.

Aussi, si ce match fut ponctué d'erreurs et de bris et de toutes ces choses, n'en tenons point rigueur aux protagonistes, puisque le seul fait de tenir et de donner son 110 coup après coup après coup pendant deux heures et cinquante minutes dans cette fournaise relève du considérable exploit.

Oui donc, Mary Pierce est l'une des favorites à Montréal, peut-être parce que, en dépit d'une notice de renseignements personnels indiquant qu'elle réside aux États-Unis et représente la France, elle est née ici par un beau 15 janvier 1975. D'ailleurs, elle l'a dit hier après sa douloureuse défaite, le tournoi de Montréal est spécial pour elle. Elle y a régulièrement bien fait, et elle aime Montréal.

Du reste, si je peux vous faire une confidence à la condition que cela reste entre nous, toutes les joueuses de tennis adorent Montréal. Ah Montréal ah Montréal, ses restaurants, ses boutiques, son côté européen, sa French-Canadian joie de vivre, sa bonhomie, sa devise en papier hygiénique qui ne vaut pas de la chnoute, Montréal, l'aviez-vous déjà remarqué, c'est le nec plus ultra de la quintessence du boutte de toute.

Si seulement, maintenant, on pouvait prendre ces tenniswomen et les faire tenir une petite rencontre informelle d'information en compagnie des joueurs de baseball majeur qui préfèrent aller à Milwaukee ou à Cincinnati, imaginez combien notre avenir sportif de métropole serait radieux.

Ah, c'est parce qu'elles ne mettent le pied ici qu'une semaine par année qu'elles aiment Montréal tant que ça? Ah bon. Scusez.

En attendant que les vrais gros noms ne se mettent de la partie dans ce tournoi, ce qui devrait se produire à compter d'aujourd'hui si le ciel ne nous choit point sur la tête, je tiens à vous souligner que dans l'abondante liste des commanditaires/barre oblique/fournisseurs officiels/barre oblique/noms de produits de consommation que l'on voit partout dans les alentours du parc Jarry, on retrouve notamment l'eau de source Evian et la crème Nivea (pour hommes).

Evian et Nivea.

Des anagrammes, bondance.

Ça doit être la chaleur. Je pense que je vais aller faire un tour dans la piscine du parc Jarry, juste là, derrière l'ancien champ droit, là où Willie Stargell déposait ses circuits, dans le temps où on nageait dans pas d'eau.

jdion@ledevoir.com






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