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Martin ne pavoise pas

Clairandrée Cauchy   13 décembre 2004 
Paul Martin ne pavoisait pas hier à l'occasion du premier anniversaire de son assermentation comme premier ministre. Lors d'une rencontre de presse éclair, en marge d'un brunch dans sa circonscription avec un millier de partisans, le premier ministre a reconnu qu'il avait vécu des «hauts et des bas» cette année et que des «choses auraient pu être faites autrement».

Il s'est néanmoins réjoui d'avoir profité de certains «momentums», notamment en ce qui a trait à «l'entente sur la santé, sur la péréquation et au progrès fait dans le dossier des villes», a-t-il déclaré de façon sibylline au cours d'un point de presse improvisé, qui ne devait être, à l'origine, qu'une séance de prise d'images.

«Si vous me posez la question "est-ce qu'il y a des choses qu'on aurait pu faire autrement", la réponse est oui. Est-ce qu'on a fait beaucoup de progrès maintenant, la réponse est encore oui», a ajouté le premier ministre avant d'aller rejoindre ses convives réunis pour célébrer l'anniversaire de son entrée au pouvoir.

Cette petite fête a été assombrie par la présence de quelques dizaines de manifestants du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) dont les tambours ont fait concurrence à la chorale de Noël qui accueillait les visiteurs dans le hall de la salle de réception de LaSalle, dans la circonscription de M. Martin. Ce comité d'accueil a semblé agacer le premier ministre qui a affiché sa «mauvaise humeur en long et en large» lors de la rencontre avec le FRAPRU, selon le porte-parole de l'organisme, François Saillant.

Aux analyses très négatives parues en fin de semaine dans les médias à propos de cette première année aux commandes de l'État canadien se sont ajoutés hier les commentaires critiques des partis d'opposition, dont dépend M. Martin pour se maintenir au pouvoir.

Pour le leader du Bloc québécois, Michel Gauthier, le premier ministre Martin n'a pas répondu aux attentes au sujet du déficit démocratique, un thème qu'il avait placé au coeur de sa course au leadership. «C'est la grande déception de l'année. Il est en chambre environ une journée sur deux, moins souvent que Jean Chrétien. Quand il est là, il répond beaucoup moins souvent aux questions, alors que Jean Chrétien répondait en général à tous les chefs», a observé M. Gauthier, soulignant que toutes les modifications réglementaires au fonctionnement de la chambre ont été «forcées» par l'alliance des trois partis d'opposition. «Il est même moins respectueux du Parlement que ne l'était Jean Chrétien», tranche-t-il, déplorant le recours systématique à la ligne de parti.

Le bilan n'est pas plus reluisant en ce qui concerne les relations avec le Québec, poursuit le leader du Bloc. «Il laissait croire qu'il y aurait une période plus facile dans les négociations avec Québec. Quand on regarde du côté du déséquilibre fiscal, sur les garderies, sur l'assurance emploi, toutes ces choses ne sont pas encore réglées», a-t-il poursuivi.

Au cours d'un brunch avec quelques centaines de partisans à Toronto, le chef du Parti conservateur Stephen Harper n'a pas été beaucoup plus tendre à l'égard du premier ministre. «Comparé à Paul Martin, Jean Chrétien est un grand visionnaire», a-t-il dit avec sarcasme avant d'ajouter que les 12 premiers mois de Paul Martin se résumaient à «12 mois d'indécision».

Pas plus tendre, le chef du NPD, Jack Layton, pense quant à lui que Paul Martin était «plus désireux de devenir premier ministre, de gagner le pouvoir, que de l'utiliser pour faire des changements». Il énumère les nombreuses hésitations du gouvernement: «Kyoto, on attend toujours le plan; le bouclier antimissile, la décision n'est pas prise; mariage des conjoints de même sexe, il a dirigé le débat vers la Cour suprême; les garderies, il y a eu beaucoup de discussions et pas d'action.»

M. Layton aurait aimé que M. Martin tende davantage la main à son parti, comme l'avait fait Pierre Elliott Trudeau à l'époque. «C'est une série d'occasions manquées.»

Après avoir bataillé pendant des années au sein de son parti pour se hisser au sommet, Paul Martin a connu une première année au poste tant convoité qui n'a pas été de tout repos. Dès les premier mois, le scandale des commandites est venu lui empoisonner la vie, tant et si bien que l'élection d'un gouvernement minoritaire est apparue comme un prix de consolation. D'autres dossiers chauds l'attendent dans les prochains mois, tels que celui du bouclier antimissile ou le projet de loi sur le mariage des conjoints de même sexe.

À ce sujet, M. Martin, à l'instar de son ministre de la Justice, n'a pas retenu la suggestion du premier ministre albertain Ralph Klein à de tenir un référendum pour trancher la question. «La cour a donné son opinion. [...] C'est un enjeu où les parlementaires doivent décider. Le Parlement accepte cette responsabilité», a-t-il affirmé hier, promettant la tenue d'un vote libre.

Logement social

Lors de la rencontre avec les représentants du FRAPRU, M. Martin a par ailleurs refusé de s'engager à injecter des fonds dans le logement social dès le prochain budget. En campagne électorale, le Parti libéral avait promis de réinvestir 1,5 milliard en logement social sur cinq ans. M. Martin aurait même affirmé au FRAPRU qu'il irait de l'avant dès 2005.

«On n'a aucune espèce d'assurance. [...] M. Martin nous a parlé beaucoup de l'argent qu'il investissait en santé, en péréquation. Il nous a parlé des difficultés budgétaires du gouvernement fédéral, ce qui est une chose très surprenante à entendre», a rapporté M. Saillant.

Après avoir invité le FRAPRU à revendiquer du côté du Québec et après avoir reproché au lobby de ne pas reconnaître les efforts déjà faits par le fédéral, M. Martin aurait tout de même ouvert la porte à une plus grande collaboration. «Cela a tout pris avant qu'il nous dise qu'il croyait au logement social et qu'on pourrait travailler ensemble un peu plus», a dénoncé M. Saillant.

Avant d'aller retrouver ses militants, M. Martin a quant à lui soutenu que des «progrès avait été faits» en matière de logement social. «On a déjà investi beaucoup, c'est certainement notre intention de continuer», a-t-il déclaré.

Cette affirmation n'a pas satisfait le porte-parole du FRAPRU: «Cela nous donne juste le signal qu'il va falloir augmenter la pression d'ici au prochain budget. Il [Paul Martin] n'a peut-être pas aimé la manifestation d'aujourd'hui, il nous l'a dit. Mais il peut s'attendre à ce qu'il y en ait d'autres», a promis François Saillant.

De toutes les provinces, le Québec est celle qui a construit le plus de logements sociaux grâce au programme Logement abordable, et la seule à avoir signé l'entente pour la deuxième phase du projet. Mais, selon le FRAPRU, le Québec aura épuisé les fonds du fédéral avant la fin de l'année 2005.

«Ce gouvernement minoritaire, ce serait extrêmement étonnant qu'il dure cinq ans. C'est peut-être son seul budget et, s'il ne respecte pas son engagement, il ne sera peut-être jamais respecté», a plaidé M. Saillant.






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