Ce n'est plus le temps de consulter mais de décider
Pierre Lussier - Saint-Bruno-de-Montarville
11 décembre 2004
L'idiosyncrasie collective qui s'était manifestée à la suite de la mort de Sue Rodriguez et qui venait confirmer le perpétuel consensus de l'opinion publique canadienne en ce qui concerne le suicide assisté laissait présager un changement législatif.
Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, avait alors dynamiquement refilé le dossier à un comité sénatorial, le temps que le temps passe et que les passions populaires s'estompent... comme d'habitude. C'était la meilleure façon de remplir une promesse: celle de soumettre le principe à un vote libre.
À l'été 1995, le comité accouche de sa prévisible souris lorsque quatre sybarites contre trois, épuisés par tant d'efforts, concluent qu'à l'aube du XXIe siècle, une loi de 1892 était encore de mise dans le plus beau pays du monde. Ses raisons: les possibles abus ainsi que la peur de véhiculer un message qui légitimerait le suicide. Thérèse Lavoie-Roux affirmait pour sa part qu'il était techniquement impossible d'établir le consentement libre et volontaire du malade.
Aujourd'hui, on parle de recommencer à consulter. Il serait plutôt temps de décider, action pour laquelle les politiciens sont élus.
Le cadre de réglementation qui suit vise à améliorer «à la marge» la situation actuelle. Il propose un organigramme décisionnel en trois grandes étapes.
Étape 1: le diagnostic médical
Pour avoir droit à un suicide médicalement assisté, il faudrait que deux médecins spécialistes de la maladie du patient, choisis à même une liste mise à jour par l'ordre des médecins de la province concernée, établissent que ce patient:
1. a un cancer qui, s'il n'est pas traité à la demande du patient, deviendra fatal ou
2. est atteint d'une maladie qui le rend dans un état
a. végétatif stable (Nancy B.) ou
b. dégénérescent (Sue Rodriguez).
Seulement si l'un des précédents diagnostics est établi, on passe à l'étape suivante.
Étape 2: la volonté du malade
Si le patient est conscient et demande à son médecin qu'on l'aide à mourir, on passe à l'étape 3.
Si le patient est inconscient et a rédigé au préalable un testament biologique notarié exigeant qu'en cas d'inconscience on l'euthanasie, alors on procède à la technique décrite à l'étape 3.
Étape 3: le suicide assisté
Une équipe volante dont seuls les membres (un médecin et un spécialiste infirmier qualifiés et un juriste délégué par la Cour suprême) seront autorisés par la loi à aider le malade à se suicider. Un journaliste choisi par son association professionnelle devra aussi faire partie de cette équipe qui se rendra au chevet du malade. La famille, si elle le désire, pourra être présente.
Le juriste lit alors le texte suivant: «Vous nous avez demandé à ce que l'on vous aide à mourir. Nous pouvons vous injecter une quantité suffisante de narcotique dans le but de vous endormir et, lorsque vous serez endormi, nous pourrons vous injecter un cocktail chimique qui devrait provoquer la mort en quelques secondes.»
C'est tout ce que l'équipe est autorisée à dire. Elle n'a pas le droit d'aller plus loin. Pas question de dire quelque chose comme: «Voulez-vous que l'on procède?» Elle peut toutefois répondre aux éventuelles questions posées par le malade.
Si, dans les trois minutes qui suivent, le malade n'a pas clairement demandé à ce que l'on procède, à la satisfaction unanime du médecin, du juriste et du journaliste faisant partie de l'équipe, cette dernière plie bagage.
Ce processus pourra être répété une autre fois et seulement à la demande du malade.
De plus, le tout devra être confidentiellement pris sur vidéo, sans coupes, à partir du moment où l'équipe volante pénètre dans la chambre jusqu'à sa sortie afin:
- de protéger les membres de l'équipe contre d'éventuelles poursuites;
- de s'assurer que la volonté du malade a été respectée.
Avantages
1- Il ne peut pas y avoir d'abus puisque chacune des étapes de l'organigramme décisionnel doit être préalablement remplie.
2- On aide ainsi à mourir seulement ceux dont
a. la maladie a été précisément identifiée;
b. la demande a été clairement exprimée à la suite de la lecture d'un texte ne comportant aucun incitatif.
3- Étant donné que seuls les membres spécialistes de l'équipe volante peuvent procéder, on s'assure
a. que la mort soit provoquée dans les conditions les moins difficiles pour le malade. On minimise le nombre des pénibles tentatives désespérées de suicides assistés clandestins qui risquent d'être bâclés comme l'étaient souvent les avortements avant qu'ils ne soient médicalement supervisés;
b. qu'aucun autre médecin puisse euthanasier en affirmant sans preuves que son patient l'avait demandé.
4. Les médecins qui ne voudraient pas faire d'euthanasie ou d'aide au suicide sous différents prétextes (moralité, religion ou serment d'Hippocrate) n'auront pas à le faire puisque ce sera le membre de l'équipe volante qui en sera responsable. [...]
Cette proposition simple a deux objectifs précis: mettre en application un système basé sur l'unique principe du respect intégral de la volonté du mourant tout en améliorant à la marge le système actuel.
Et c'est le temps de le faire tout de suite puisqu'une petite fenêtre est entrouverte. Surtout pas de comités consultatifs interminables qui remettent un rapport consensuel (donc dilué) des mois après que l'opinion publique se fut désintéressée de la chose. Il est temps que les politiciens décident au lieu de consulter. Tout de suite.
Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, avait alors dynamiquement refilé le dossier à un comité sénatorial, le temps que le temps passe et que les passions populaires s'estompent... comme d'habitude. C'était la meilleure façon de remplir une promesse: celle de soumettre le principe à un vote libre.
À l'été 1995, le comité accouche de sa prévisible souris lorsque quatre sybarites contre trois, épuisés par tant d'efforts, concluent qu'à l'aube du XXIe siècle, une loi de 1892 était encore de mise dans le plus beau pays du monde. Ses raisons: les possibles abus ainsi que la peur de véhiculer un message qui légitimerait le suicide. Thérèse Lavoie-Roux affirmait pour sa part qu'il était techniquement impossible d'établir le consentement libre et volontaire du malade.
Aujourd'hui, on parle de recommencer à consulter. Il serait plutôt temps de décider, action pour laquelle les politiciens sont élus.
Le cadre de réglementation qui suit vise à améliorer «à la marge» la situation actuelle. Il propose un organigramme décisionnel en trois grandes étapes.
Étape 1: le diagnostic médical
Pour avoir droit à un suicide médicalement assisté, il faudrait que deux médecins spécialistes de la maladie du patient, choisis à même une liste mise à jour par l'ordre des médecins de la province concernée, établissent que ce patient:
1. a un cancer qui, s'il n'est pas traité à la demande du patient, deviendra fatal ou
2. est atteint d'une maladie qui le rend dans un état
a. végétatif stable (Nancy B.) ou
b. dégénérescent (Sue Rodriguez).
Seulement si l'un des précédents diagnostics est établi, on passe à l'étape suivante.
Étape 2: la volonté du malade
Si le patient est conscient et demande à son médecin qu'on l'aide à mourir, on passe à l'étape 3.
Si le patient est inconscient et a rédigé au préalable un testament biologique notarié exigeant qu'en cas d'inconscience on l'euthanasie, alors on procède à la technique décrite à l'étape 3.
Étape 3: le suicide assisté
Une équipe volante dont seuls les membres (un médecin et un spécialiste infirmier qualifiés et un juriste délégué par la Cour suprême) seront autorisés par la loi à aider le malade à se suicider. Un journaliste choisi par son association professionnelle devra aussi faire partie de cette équipe qui se rendra au chevet du malade. La famille, si elle le désire, pourra être présente.
Le juriste lit alors le texte suivant: «Vous nous avez demandé à ce que l'on vous aide à mourir. Nous pouvons vous injecter une quantité suffisante de narcotique dans le but de vous endormir et, lorsque vous serez endormi, nous pourrons vous injecter un cocktail chimique qui devrait provoquer la mort en quelques secondes.»
C'est tout ce que l'équipe est autorisée à dire. Elle n'a pas le droit d'aller plus loin. Pas question de dire quelque chose comme: «Voulez-vous que l'on procède?» Elle peut toutefois répondre aux éventuelles questions posées par le malade.
Si, dans les trois minutes qui suivent, le malade n'a pas clairement demandé à ce que l'on procède, à la satisfaction unanime du médecin, du juriste et du journaliste faisant partie de l'équipe, cette dernière plie bagage.
Ce processus pourra être répété une autre fois et seulement à la demande du malade.
De plus, le tout devra être confidentiellement pris sur vidéo, sans coupes, à partir du moment où l'équipe volante pénètre dans la chambre jusqu'à sa sortie afin:
- de protéger les membres de l'équipe contre d'éventuelles poursuites;
- de s'assurer que la volonté du malade a été respectée.
Avantages
1- Il ne peut pas y avoir d'abus puisque chacune des étapes de l'organigramme décisionnel doit être préalablement remplie.
2- On aide ainsi à mourir seulement ceux dont
a. la maladie a été précisément identifiée;
b. la demande a été clairement exprimée à la suite de la lecture d'un texte ne comportant aucun incitatif.
3- Étant donné que seuls les membres spécialistes de l'équipe volante peuvent procéder, on s'assure
a. que la mort soit provoquée dans les conditions les moins difficiles pour le malade. On minimise le nombre des pénibles tentatives désespérées de suicides assistés clandestins qui risquent d'être bâclés comme l'étaient souvent les avortements avant qu'ils ne soient médicalement supervisés;
b. qu'aucun autre médecin puisse euthanasier en affirmant sans preuves que son patient l'avait demandé.
4. Les médecins qui ne voudraient pas faire d'euthanasie ou d'aide au suicide sous différents prétextes (moralité, religion ou serment d'Hippocrate) n'auront pas à le faire puisque ce sera le membre de l'équipe volante qui en sera responsable. [...]
Cette proposition simple a deux objectifs précis: mettre en application un système basé sur l'unique principe du respect intégral de la volonté du mourant tout en améliorant à la marge le système actuel.
Et c'est le temps de le faire tout de suite puisqu'une petite fenêtre est entrouverte. Surtout pas de comités consultatifs interminables qui remettent un rapport consensuel (donc dilué) des mois après que l'opinion publique se fut désintéressée de la chose. Il est temps que les politiciens décident au lieu de consulter. Tout de suite.
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