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Toujours plus d'argent à l'école privée

Marie-Andrée Chouinard   7 décembre 2004 
Le réseau scolaire privé prend du galon: alors que le nombre d'élèves qui fréquentent ses écoles primaires et secondaires a augmenté de 14 % depuis 1999, les écoles publiques ont perdu des plumes, et 4 % de leurs protégés. Conséquence de cette augmentation des effectifs, les écoles privées ont reçu 20 % de plus de l'État, qui les finance, comme au public, selon un principe lié au per capita.

Effet inévitable d'une clientèle moins importante, le réseau public n'a pas connu le même sursaut dans son financement, qui n'a augmenté que de 9 % entre 1999 et 2004, selon les données fournies au Devoir par le ministère de l'Éducation. L'analyse de ces chiffres survient au moment où le réseau public demande à Québec de réviser à la baisse son soutien au réseau privé primaire et secondaire. Depuis 1993, le Québec verse à un élève fréquentant une école privée du réseau primaire et secondaire 60 % de ce que ce même élève lui coûte au public.

Le Devoir a appris que la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) de même que l'Association des directeurs généraux de commissions scolaires du Québec (ADIGECS) profiteront ce matin de leur passage devant la Commission de l'éducation pour demander au ministre Pierre Reid d'ouvrir le débat sur cette question délicate. Comme par le passé, celle-ci resurgit en raison de l'assainissement des finances publiques, auquel on ajoute désormais la chute démographique que connaissent les écoles du Québec.

La direction du financement du ministère de l'Éducation (MEQ) indique que les effectifs du primaire et secondaire au privé sont passés de 88 730 élèves en 1999 à 101 523 élèves en 2003-2004, une augmentation de 14 % des troupes. Au même moment, touché par une chute démographique qui cible plus spécifiquement ses écoles primaires, le réseau public a perdu 4 % de ses élèves, aussi de plus en plus séduits par l'attrait du privé au moment de passer au secondaire: ils étaient en effet 996 726 en 1999, pour passer à 961 296 l'an dernier.

«Inévitablement, si on assiste à une augmentation des effectifs au privé, cela a une incidence sur le financement, qui est basé sur le même principe au public et au privé, un principe de financement per capita», explique Jean Bouchard, directeur du financement et de l'équipement au MEQ, qui confirme que les données fournies sont comparables, car elles suivent les mêmes fluctuations et ajustements salariaux année après année.

«Les enveloppes évoluent selon un même modèle», explique M. Bouchard. «Tout ce qui fait la différence, c'est la variation d'effectifs.»

En effet, l'enveloppe versée au privé est passée de 294 millions de dollars il y a cinq ans à 353 millions l'an dernier, pour une hausse de 20 %. En même temps, le public a vu sa contribution gonfler de 9 %, passant de 3, 9 à 4,3 milliards de dollars.

Actuellement, un élève du réseau primaire privé coûte 2518 $ à l'État contre 3464 $ au secondaire. «Au public, le calcul est plus complexe, mais on peut présumer que, à élève égal, c'est environ 5700 $ au secondaire, et 4200 $ au primaire», poursuit Jean Bouchard.

Le ministère explique l'augmentation spectaculaire des effectifs au privé — contre une perte simultanée de 4 % au public — par la baisse démographique, qui a commencé à saigner ses écoles essentiellement au primaire, où les élèves font leur entrée. «Parallèlement à cela, c'est au secondaire que beaucoup de parents passent au privé, ce qui paraît donc encore plus dans les données», nuance M. Bouchard, qui explique aussi l'augmentation notable de l'enveloppe financière des écoles privées par l'ajout, bon an mal an, de quelques nouveaux agréments accordés par le ministre à des écoles privées, pour un montant «à la marge» de deux millions de plus annuellement.

Depuis que l'État a choisi de soutenir financièrement son réseau d'écoles privées, la question resurgit invariablement, et surtout au gré de la santé des finances publiques. Elle prendra le dessus aujourd'hui, devant la Commission de l'éducation, alors que les commissions scolaires commentent le projet de loi 73. Celui-ci veut permettre aux écoles privées et aux commissions scolaires de déroger au régime pédagogique — et à la liste des matières imposées — pour déployer un projet pédagogique particulier.

Les commissions scolaires, qui représentent le réseau primaire et secondaire public, y déposeront un mémoire qui demande à Québec de revoir à la baisse le financement du réseau privé.

«Quand on regarde le financement qui est consacré au réseau privé, on a l'impression que le gouvernement délaisse son réseau public», a expliqué hier le directeur des communications de la FCSQ, Denis Pouliot. «Nous demandons au gouvernement de remettre en question le financement du réseau privé pour atteindre une plus grande équité entre les deux réseaux.»

Interrogé sur les données fournies par le MEQ, le porte-parole des commissions scolaires explique que, «dans un contexte budgétaire difficile pour l'État, cet argent que le réseau public pourrait récupérer lui permettrait de développer des projets particuliers pour attirer le plus d'élèves possible».

L'attrait des écoles privées réside justement, pour certains parents, dans le déploiement de volets particuliers alléchants. «Nous ne demandons pas à Québec d'abolir sa subvention au privé, mais nous souhaitons certainement qu'il remette en question sa hauteur», ajoute M. Pouliot, «surtout dans un contexte où l'argent est de plus en plus rare et où les élèves sont moins nombreux».

Au cabinet du ministre de l'Éducation, Pierre Reid, on indiquait hier qu'aucun projet de réduction de la hauteur du financement privé n'était sur la table à dessin. «Il n'est pas dans l'intention du gouvernement de revoir à la baisse le financement du réseau privé», a indiqué son attachée de presse, Caroline Richard.

Après plusieurs mois d'enquête, la Commission des États généraux sur l'éducation avait conclu, en 1996: «La part du financement privé en provenance des parents doit être augmentée pour compenser la diminution du financement public accordé aux établissements subventionnés de ce réseau.» Depuis 1993, les 60 % du financement n'ont pas changé, ce qui fait du Québec la province qui soutient le plus son réseau d'écoles privées.






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  • Roger Demers
    Inscrit
    mardi 7 décembre 2004 10h37
    L'école publique finance l'école privée à 60% de son budget
    « Je suis complètement estomaqué de constater que depuis 11 ans, l'école privée vit sur le bras de l'école publique jusqu'à hauteur de 60% de son budget. Et pendant ce temps, M. Reid transforme 103 millions de dollars de bourses aux étudiants en prêts, et endette encore davantage ceux qui seront l'avenir de notre société.

    M. Charrette, comment se fait-il que vous n'avez pas profité de cette occasion pour faire payer ceux qui en ont vraiment les moyens, et aller chercher les quelques 350 M que nous dilapidons tous (l'ensemble des payeurs les plus taxés d'Amérique) dans les poches de ceux et celles qui croient que le système publique n'est pas assez bon pour eux? Non, ces gens pourraient ne plus voter pour vous! Laissons plutôt payer ceux qui n'ont pas de voix et qui sont tellement occupés à étudier et préparer leur avenir et le nôtre. ¨Ca passera beaucoup plus facilement!

    J'en ai la nausée, quand je constate de quelle façon nos dirigeants traitent les citoyens en fonction de leur poids politique, leur richesse et leur influence sur les affaires de l'état. Je suis tout à fait contre le financement de l'école privée à quelque niveau que ce soit, autre que l'équivalent des taxes scolaires que ces parents payent et encore...

    Dans les conditions économiques actuelles, toute notre énergie et toutes les ressources disponibles devraient être orientées vers l'amélioration du système de santé et de l'éducation PUBLIQUE. Que ceux et celles qui ne sont pas satisfaits du système d'éducation publique payent à 100% les coûts de l'éducation de leurs enfants au privé point à la ligne.

    RD »

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