Une lenteur inacceptable
Jean-Robert Sansfaçon
4 décembre 2004
Malgré les promesses faites lors de la dernière campagne électorale et les centaines de millions de l'entente fédérale-provinciale qui devaient y être consacrés en priorité, les services de maintien à domicile sont encore et toujours l'enfant pauvre de notre système de santé.
Lors d'une sortie publique largement relayée par les médias, la coalition Solidarité santé vient de dénoncer les dernières mises au point du ministère de la Santé en matière de services à domicile. Selon l'organisme, il s'agirait d'«une violation du droit à la santé».
Heureusement, à la lecture du document, on en vient plutôt à penser que le ministère s'efforce de rappeler aux instances locales du réseau quels sont leurs devoirs en matière d'évaluation des besoins, d'offre de services et de coordination des efforts des uns et des autres.
Cela étant dit, le document impose aussi des normes communes et par le fait même, réduit, dans certains cas, la quantité des services gratuits offerts pour leur substituer le recours systématique aux entreprises d'économie sociale. Ainsi, seules les «clientèles» qui auront besoin de soins de courte durée (moins de trois mois) à la suite d'une hospitalisation par exemple, seront admissibles aux services gratuits d'une auxiliaire familiale formée et payée par le CLSC. Les autres, handicapés chroniques et personnes en perte d'autonomie par exemple, seront toujours dirigés vers des entreprises d'économie sociale à qui elles devront payer un montant horaire calculé en fonction du revenu.
Au cabinet du ministre, on nous jure qu'il n'y a là rien de nouveau, que la «précision» publiée cet été ne vient que confirmer ce qui existait déjà. Peut-être, mais il est difficile de le savoir puisque tous les CLSC n'ont pas les mêmes pratiques. Quoi qu'il en soit, on ne peut que s'inscrire en faux contre la tendance à encourager le recours accru aux entreprises d'économie sociale, y compris pour des services qui exigent l'assistance d'employés un peu plus spécialisés et plus stables. On pense notamment à l'aide pour les soins personnels, pour se lever ou pour s'habiller, qui exige une formation minimale.
De plus, compte tenu des budgets très insuffisants consacrés au maintien à domicile, les personnes handicapées ou en perte d'autonomie doivent payer pour recevoir une aide pourtant essentielle dès que leur revenu dépasse le seuil de 8 450 $. Imaginez: même les personnes seules qui reçoivent le supplément de revenu garanti du fédéral doivent contribuer de leur poche pour obtenir de l'aide pour s'habiller le matin, faire leur toilette, leurs courses ou préparer un repas.
Dans son document électoral intitulé Partenaires pour la santé, l'équipe de Jean Charest évaluait à 15 000 $ par année le coût des soins à domicile (incluant les soins de santé) pour une personne en perte d'autonomie, comparativement à 50 000 $ en institution. «Le soutien à domicile doit être au coeur de l'organisation des services» écrivait-on, et «c'est un moyen concret de freiner l'augmentation des coûts». Or, le Québec ne consacre présentement que 94 $ par habitant à ce poste budgétaire auquel le méchant conservateur Ralph Klein alloue... 228 $! Même Terre-Neuve dépense 50 $ de plus que nous par habitant, soit l'équivalent de la moyenne canadienne.
C'est intolérable qu'un gouvernement qui a tant promis et qui, de surcroît, vient de recevoir plusieurs centaines de millions du fédéral en retour d'un engagement à améliorer les soins à domicile, dépense encore moins que Terre-Neuve à ce chapitre; intolérable aussi qu'on fasse payer les citoyens les plus faibles et les plus démunis malgré les économies considérables qu'ils font économiser à l'État en restant chez eux.
j-rsansfacon@ledevoir.ca
Lors d'une sortie publique largement relayée par les médias, la coalition Solidarité santé vient de dénoncer les dernières mises au point du ministère de la Santé en matière de services à domicile. Selon l'organisme, il s'agirait d'«une violation du droit à la santé».
Heureusement, à la lecture du document, on en vient plutôt à penser que le ministère s'efforce de rappeler aux instances locales du réseau quels sont leurs devoirs en matière d'évaluation des besoins, d'offre de services et de coordination des efforts des uns et des autres.
Cela étant dit, le document impose aussi des normes communes et par le fait même, réduit, dans certains cas, la quantité des services gratuits offerts pour leur substituer le recours systématique aux entreprises d'économie sociale. Ainsi, seules les «clientèles» qui auront besoin de soins de courte durée (moins de trois mois) à la suite d'une hospitalisation par exemple, seront admissibles aux services gratuits d'une auxiliaire familiale formée et payée par le CLSC. Les autres, handicapés chroniques et personnes en perte d'autonomie par exemple, seront toujours dirigés vers des entreprises d'économie sociale à qui elles devront payer un montant horaire calculé en fonction du revenu.
Au cabinet du ministre, on nous jure qu'il n'y a là rien de nouveau, que la «précision» publiée cet été ne vient que confirmer ce qui existait déjà. Peut-être, mais il est difficile de le savoir puisque tous les CLSC n'ont pas les mêmes pratiques. Quoi qu'il en soit, on ne peut que s'inscrire en faux contre la tendance à encourager le recours accru aux entreprises d'économie sociale, y compris pour des services qui exigent l'assistance d'employés un peu plus spécialisés et plus stables. On pense notamment à l'aide pour les soins personnels, pour se lever ou pour s'habiller, qui exige une formation minimale.
De plus, compte tenu des budgets très insuffisants consacrés au maintien à domicile, les personnes handicapées ou en perte d'autonomie doivent payer pour recevoir une aide pourtant essentielle dès que leur revenu dépasse le seuil de 8 450 $. Imaginez: même les personnes seules qui reçoivent le supplément de revenu garanti du fédéral doivent contribuer de leur poche pour obtenir de l'aide pour s'habiller le matin, faire leur toilette, leurs courses ou préparer un repas.
Dans son document électoral intitulé Partenaires pour la santé, l'équipe de Jean Charest évaluait à 15 000 $ par année le coût des soins à domicile (incluant les soins de santé) pour une personne en perte d'autonomie, comparativement à 50 000 $ en institution. «Le soutien à domicile doit être au coeur de l'organisation des services» écrivait-on, et «c'est un moyen concret de freiner l'augmentation des coûts». Or, le Québec ne consacre présentement que 94 $ par habitant à ce poste budgétaire auquel le méchant conservateur Ralph Klein alloue... 228 $! Même Terre-Neuve dépense 50 $ de plus que nous par habitant, soit l'équivalent de la moyenne canadienne.
C'est intolérable qu'un gouvernement qui a tant promis et qui, de surcroît, vient de recevoir plusieurs centaines de millions du fédéral en retour d'un engagement à améliorer les soins à domicile, dépense encore moins que Terre-Neuve à ce chapitre; intolérable aussi qu'on fasse payer les citoyens les plus faibles et les plus démunis malgré les économies considérables qu'ils font économiser à l'État en restant chez eux.
j-rsansfacon@ledevoir.ca
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

